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Le visiteur du soir...

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       Voici que, fidèlement guidé par la signalisation routière, un étrange visiteur parvient candidement dans le hall d’accueil d’un non moins étrange établissement, en vue de planifier quelque anodine intervention médicale prévue de longue date, pour lui-même ou pour un tiers. À cet effet, pensait-il, l’hôtesse lui serait fort obligeante de lemettre en relation avec un spécialiste : du lieu, comme -évidemment- de ce qui motive la dite intervention médicale future. Las : en dépit du sourire contrit de l’hôtesse d’accueil, en dépit de toutes ces blouses blanches, en dépit de cette avalanche d’inscriptions à haute teneur médicale, en dépit d’un incessant ballet d’ambulances [1], en dépit donc de cette surabondance de signes extérieurs confirmant assez massivement la vocation "hospitalière"© (voire "spécialisée"© : ce qui est encore plus rassurant [2, note 3] !) du lieu, le visiteur se voit quelque peu désarçonné. Mais écoutons-le plutôt :

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« Bonjour, Monsieur. Je peux vous renseigner  ? 
- Bonjour, Mademoiselle. Sûrement, vous le pouvez : je suis bien dans un "hôpital"© "spécialisé"©, n’est-ce pas ?
- Tout à fait !
- Bien. Sûrement aussi, vous devez avoir des tas de spécialistes-sur-tout ?…
- Mais bien sûr !
- Parfait. Alors, que je vous demande [3]...
- À propos : c’est pour vous, ou c’est contre  pour un tiers [4][5][6,com.3] ?
- Non, non : c’est pour moi.
- Ah ? Dommage…
- Dommage ? Pourquoi donc ?
- Oh, tout simplement parce que le tiers aurait été vraiment ravi_[7][8] vous auriez été vraiment ravi : cette option fait partie de nos prestations "spécialisées"©[9, note 15][10][11les plus pointues [12, note 88][13]… Mais ce n’est pas grave : je vous écoute. en son for interne : ne suis-je pas "formée"©[14,p.6] pour, moi aussi [15, APR note 10][16][17] ?…
- Ouf, Dieu merci ! [18,(vidéo*)] Parce qu’en gros, voici ce qui m’arrive :
(*) NB au 30/01/2013 : la vidéo en lien est à présent inaccessible au public...


[*][Paroles]

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« Ouf, en effet ! Eh bien dites donc, ça ne va pas très fort, vous !
- À qui le dites-vous. C’est pourquoi je suis rudement content de vous avoir trouvé. Il s’appelle comment, votre spécialiste de la rate, dans votre "hôpital"© "spécialisé"© ?
- De la rate ? Ah, désolé : malheureusement [18, APR note 30], ici nous ne le conjuguons pas au féminin [19][20][21]
 - Zut alors : de ce côté-là, c’est raté. Bon… mais vous avez forcément un spécialiste du foie !…
- DU foie ? Navré : celui-là, nous ne le conjuguons qu’au féminin pluriel [22].
- Ah mon Dieu qu’c’est embêtant ! Mais vous allez bien avoir quelqu’un à me proposer : qui soit un spécialiste du ventre, du pylore, du gosier, de l’estomac, des hanches, de l’épigastre, de l’abdomen , du thorax, de la poitrine, des épaules, des reins ou des boyaux ?…
- Bravo : vous aussi, vous conjuguez plutôt bien au pluriel ! Mais voilà qui est singulier : je crains devoir vous répondre également par la négative…
- Eh bien dites donc : vous devez être hyper-"spécialisés"© pour ne pas déborder le moins du monde sur la spécialité  des autres… Il y a comme un os. Ah mais oui, j’y suis !
- Oui ?
- Eh bien c’est là qu’est l’os, non ? Les côtes, le sternum, le sacrum, le coccyx, les genoux, le fémur, les cuisses et les guiboles, les chevilles, les rotules, les tibias, les mollets et les orteils, l’occiput , les coudes ou le bassin : rien de tout ceci ne doit vous échapper, pas vrai ?
- Euh… à vrai dire, ce sont parfois les porteurs de tout ceci qui nous échappent [23, AV note 10][24][25][26][27][28]. Pour le reste, je crains de vous décevoir encore : eh si, cela échappe à nos attributions…
- Ah mon Dieu qu’c’est de plus en plus embêtant ! (Et vous, de plus en plus hyper-"spécialisés"©…) Les poumons ?
- Cela ne nous inspire pas non plus.
- Allons bon : les seins, la luette, l’œsophage, les gencives, le palais, les dents…
- Les dents ? Oui, oui : nous faisons dans les dents !
- Ah, tout de même ! Alors, à qui vais-je chez vous pouvoir confier les p’tites qui s’irritent et les grosses qui s’déchaussent ?
- Je crains qu’il y ait un léger malentendu, cher Monsieur.  Je me suis mal exprimé :  je voulais dire que nous sommes plutôt "spécialisés"© dans l’exploitation d’un contexte au cours duquel quelqu’un a une dent contre un autre [9, note 15][10][11]. Symboliquement [18, note 4/2], nous lui soignons cette dent en "soignant"© l’autre, vous comprenez ? 
- Ah non, pas du tout : j’avoue qu’ici, c’est le sens qui m’échappe…
- Comment ? Le sens vous échappe ? 
- Oui, mais… pourquoi me regardez-vous ainsi, tout à coup ?
- Mais parce que c’est là notre "spécialité"©, justement ! 
- Comment cela, votre "spécialité"© ? [Il fronce le sourcil, et lève le menton…] Mon œil, oui ! D’ailleurs, je suppose que vous ne faites rien à l’œil, n’est-ce pas ?
- Ah, ça : sûrement pas, en effet [29][30][31][32] ! 
- … ni aux artères, au nez ou au trou du c…
- Ah mais si, pardon :  au trou que vous dites !
- Ah bon ? Au trou du cou ? 
- Du cou ? Oups : je vous prie de m’excuser : non, en effet. J’ai cru un instant que vous alliez me suggérer autre chose [33>34] 

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- Mais enfin, Mademoiselle, j’ai fait bien plus que suggérer ! Je viens de vous énumérer des bobos de toutes sortes [35, Mc(2), APR note 318], vous vous dites "hôpital"© "spécialisé"© alors que vous ne soignez rien de rien de tout cela : pas même un cil !!! Enfin quoi, qu’est-ce que cela veut dire, toutes ces blouses blanches, cette avalanche d’inscriptions à haute teneur médicale, cet incessant ballet d’ambulances chez vous ? Voilà un renseignement nouveau [36] ! 
- D’une part, cela veut dire que nous devons donner l’impression, l’illusion [18, APR note 44] d’être un "hôpital"© : non pour ceux qui y entrent, bien sûr. Mais au contraire pour ceux qui n’y entrent pas : vu que ce sont nos fournisseurs privilégiés [37][38][39], nous nous devons auprès d’eux de cultiver à leurs yeux une image honorable et convenable [40]. D’autre part, cette image, il nous faut la cultiver également auprès de nous-mêmes, surtout que… 
- … que quoi ?
- Eh bien, ne fallait-il pas prévoir un lieu à peu près sûr de stockage [41, note 73][42, APR note 1] de toute la marchandise qu’il nous a été demandés d’avarier [43, notes 53 à 56][44][45][46][47][48][49][50] ? D’où les blouses blanches de notre personnel magasinier, ainsi que toute la structure qui l’accompagne. 
- Attendez : si je comprends bien, vous privilégiez fournisseur externe -et personnel interne !- au client [51], c’est ça ?
- Oui, c’est ça !
- Mais vous faites tout à l’envers [52][53, note 30][54][55][56][57][58], ici !
- Oui, c’est ça !
- Quelle maison de fous !!!
- Oui, c’est ça ! 
- Comment cela, c’est ça ? Il n’empêche que vous m’avez dupé avec votre signalisation : "hôpital"© "spécialisé"©. Tu parles d’un soi-disant hôpital : on n’y soigne rien ! Il n’est finalement spécialisé en rien !
- Non, c’est pas ça. En fait, c’est de la faute du Sinistère (I) de Lamentez (II)
- Ah ? qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans, celui-là ?

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- Eh bien, il nous a tout bonnement refusé de nous allouer le budget…
- Le budget ? Vous n’avez pourtant pas l’air de manquer de moyens, ici ! 
- Ici ? Pour cela, il n’a y pas à se plaindre, en effet. Mais c’est le budget du dehors qui nous a été refusé.
- Du dehors ? Quel dehors ?
- Celui qui mène à dedans : les panneaux qui, justement, vous ont indiqué "hôpital"© "spécialisé"©.
- Ils sont mensongers, vos panneaux, oui !
- Non : ils sont trop courts. Ce qui crée une certaine ambiguïté, n’est-ce pas ?
- Trop courts ? Vous voulez rire ? Pour ce qu’ils indiquent, ils sont encore trop longs !
- C’est vous qui le dites ! Car il leur manque l’essentiel. Ce sans quoi ils étiolent [12, APR note 30] l’information qu’ils sont censés délivrer.
- L’information ? Quelle info [59][60] ?
- L’info sur tout le reste, évidemment !
- Quel reste ?
- C’est tout simple : vous venez de constater que, de toutes ces pathologies terriblement concrètes qui vous affectent, nous n’en traitons aucune… ni de près ni de loin.
- Ça oui : pour constater, j’ai constaté !
- Par conséquent, vous ne pouvez les faire traiter que dans un hôpital non"spécialisé"©. Vous êtes bien d’accord ? 
- Certes… ce qui, entre nous, n’est pas le moindre des paradoxes !
- Je vous le concède. C’est d’ailleurs bien pourquoi nous sommes par ailleurs abondamment pourvus d’unités dites  "spécialisées"©  au sein d’établissements non  "spécialisés"©  : nous y gagnons ainsi en frais de transports "sanitaires"©. De plus, pour tout vous avouer… cette formule est plutôt plus discrète que chez nous autres les  "spécialisés"©  exclusifs : puisque nécessitant moins de nous donner en spectacle auprès de la population des fournisseurs. De plus, je ne vous cacherai pas que cela nous perturbe un peu…
- Pourquoi cela ?
- Tout simplement que mon Dieu c’est bien embêtant, comme vous disiez. Dès que l’un de nos clients est affligé d’un bobo quelque part -un  vrai bobo, je veux dire : sérieux, et tout-, vu que nous ne savons rien y faire dans un "hôpital"© "spécialisé"© , il faut donc parfois nous résoudre à le faire transporter chez les non  "spécialisés"©  qui nous le réparent, puis nous le rendent. Dans ce dernier sens, tout va bien : c’est dans l’autre que c’est un peu plus embêtant.
- Ah bon ?
- Ben oui, mettez-vous à notre place [61, note 1][62, APR note 131] : une ambulance chargée, toutes sirène hurlantes, non entrante mais sortante : je peux vous assurer que, pour nous, c’est franchement déroutant. Nous voulons bien tout faire à l’envers. Mais tout de même : il y a des limites !
- Je comprends. Surtout que ça ne doit pas non plus faire très sérieux auprès de votre population de fournisseurs…
- Pour ça, non. C’est bien pour cela que moins la presse audiovisuelle aura vent de ce genre de transfert conte-nature, mieux nous nous bien-porterons.
- Mauvaise publicité, pas vrai ?
- Certes. Mais c’est surtout parce qu’aux yeux de nos fournisseurs, n’existe que ce qui est labellisé "vu à la télé"©[35,  APR note 369]
- Oui, et alors ?
- Alors, c’est ce qui nous avait déjà permis, à une certaine époque, de substituer sur notre signalisation extérieure l’adjectif "spécialisé"© à celui de… enfin, de la formule magique [63] :  celle-ci avait en effet la fâcheuse tendance à l’effaroucher aux entournures. Ce qui, à la longue, n’était plus très vendeur. Tandis que "spécialisé"©, c’est rassurant [2, note 3] ! Donc, plus vendeur : vous me suivez toujours ?
- Oui. Mais où voulez-vous en venir ?
- À ce budget qui nous a été refusé, précisément. Pas même pour des raisons de trésorerie, mais -à ce qu’il paraît- de sécurité routière. Cependant, il se murmure que ces raisons eussent malgré tout entraîné des coûts de fonctionnement imprévus chez nos collègues non "spécialisés"©
- Ah bon ? Pourquoi ça ?
- Je vous le donne en mille : à cause des accidents que nos nouveaux panneaux auraient soi-disant provoqué s’ils avaient été homologués par notre Sinistère de tutelle ! Trop longs, qu’ils nous ont dit : fixés transversalement aux voies, ils risquaient d’éborgner les piétons, les cyclistes… voire de faire voler les pare-brises en éclats !
- Bigre : ils devaient être longs, ces panneaux, en effet ! Vous projetiez de jouer la carte de la transparence :  d’y rajouter la formule magique, après réflexion ?…
- Pas fou, non ? Non : c’est… "tout le reste" que nous nous destinions à leur ajouter.

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 - Mais enfin, QUEL reste, encore une fois ? Objectivement, s’il ne me reste, à moi, qu’à me confier aux bons soins de vos collègues non "spécialisés"©, à vous il ne reste rien. Nada. À part sur les courants d’air, je ne vois pas bien ce qu’il vous reste, à vous, de "spécialisation"©
- Et voilà : vous avez mis le doigt dessus !
- Dessus ? Sur quoi, au juste ? 
- Pas compliqué : à nos collègues non "spécialisés"©, revient de soigner ce qui existe. À nous "tout le reste" : donc, tout ce qui n’existait pas jusqu’alors ! Or, comme nous sommes équipés, ici, pour faire exister [44][45][47][50] ce qui n’existait pas [43, notes 53 à 56], tout le monde [64, APR note 12] y gagne [46][48][49] (en dehors des clients eux-mêmes [65][66][67][68], bien sûr) : puisque nous fournissons ainsi -à terme- de l’ouvrage supplémentaire : soit à nos collègues non "spécialisés"©, soit à ceux qui héritent de leurs éventuels échecs [69][70][71][72][73][74][75][76][77][78][79]. Mais point trop n’en faut : tel devait être, en substance, le message plus ou moins crypté de cette fin de non-recevoir émise par le Sinistère. Il n’empêche que vous êtes bien placé pour savoir qu’ils ont eu bien tort, là-haut… 
- Ah ? Pourquoi suis-je si bien placé, comme vous dites ?
- Parce que, mon pauvre Monsieur, vous auriez été mieux renseigné, avant même d’arriver jusqu’ici ! Vous auriez vu le panneau "hôpital"© "spécialisé et tout le reste"©… que vous en saviez alors assez pour éviter de venir perdre votre temps ici.
- Ah, détrompez-vous, Mademoiselle ! De deux choses l’une, soit je voyais votre panneau… et j’accourais encore plus vite qu’aujourd’hui…
- Ah oui ? Pourquoi donc ?
- Parce qu’avec une pareille indication j’eusse pu contracter un virus inconnu sur la planète Mars que vous vous engagiez là à présumer de votre compétence à l’éradiquer, non ?
- Holà, cher Monsieur : éradiquer, nous savons faire [80][81]. Mais restons sous sur terre [82], je vous prie !
- Soit. De toute manière, virus ou pas virus, j’arrivais… ne serait-ce que par curiosité. C’est bien simple : la seule façon pour que je ne vinsse pas, c’est que j’eusse raté votre panneau…
- Ah ça, évidemment !
- Attendez, je n’ai pas fini !… mais que le panneau, lui, ne m’eusse pas raté. Là, oui je ne serais pas venu perdre mon temps ici. Et vous savez quoi ?
- Quoi donc ? 
- Que le trouble que j’eusse alors subi eût vraisemblablement rendu impossible mon consentement [83] !
- Nooooon ? Alors ?…
- …ne vous réjouissez pas : c’est précisément parce que mon état eût rendu impossible mon consentement qu’on m’eût alors conduit dare-dare… chez vos collègues non  "spécialisés"©  : pas chez vous !
- Ça alors : tout fiche le camp…
- À commencer par votre serviteur, d’ailleurs. Je sens que si je reste une minute de plus dans cet établissement, je vais devenir f…
- Ouiiiiii ?…
- Euh… je voulais dire frigorifié. Oui, c’est ça : frigorifié ! Parce que c’est mal chauffé chez vous [84][85][86], dites donc : vous ne fermez pas les portes ?
- Si, si : au contraire [87] !
- Hem… oui, eh bien alors, au revoir Mademoiselle !… »

         Et le visiteur quelque peu désarçonné eût alors tôt fait de retrouver ses arçons. Au grand galop il s’en fut au soleil couchant : dans son état, vraisemblablement vers un hôpital non "spécialisé"© 

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(I)->[>27][>1/2][>33][71][71][83][65][18][22][34][18]

(II)->[5][*][>41][26/2]

CRITIQUABLES ? ( ou le cri-qui-tue : que le grand cric croque le criant qui tique ! ) 

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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