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Vous AVIEZ dit Carême ?

Ah, enfin ! Fini le Carême, temps de la désolation et de la contrition : le thorax est enfoncé à force de coulpes battues, l’abdomen s’est creusé à proportion des privations. Déjà que la chair était faible, voilà qu’elle s’est davantage affaiblie : sus aux chocolats ! La crise de foie va-t-elle se substituer à la crise de foi ?
Au sujet de cette indépassable ligne d’horizon de la conversion à marche un peu forcée, où en sommes-nous ? La chair s’est-elle affaiblie au profit de la croissance de l’esprit ? Sommes-nous d’ailleurs bien certains que cette croissance aille automatiquement de pair avec la flagellation charnelle ? Si oui, laissons nos chocolats : d’autres sauront en profiter avantageusement !…

Vous avez dit Pâques ? Sommes-nous bien passés ? Certes, nous avons survécu à quarante jours de mortifications plus ou moins prononcées. La question n’est cependant pas de survivre, voire de vivre : elle est de REVIVRE. Les fêtes pascales ne signent-elles pas le passage de la mort à la résurrection, de la maladie à la guérison ? Avons-nous regardé la fin du film ? Ou sommes-nous partis au début du générique, pressés de nous gaver de pop-corn ou d’esquimaux glacés ? Drôle de cinéma : il présente les bandes-annonces en fin de séance. Drôles de bandes-annonces : elles présentent le film suivant, dont le scénario appartient au spectateur. Drôle de spectateur : il est appelé à être acteur ! Drôle d’acteur : il est invité à tourner un remake du film qu’il vient de voir, à l’inculturer dans sa propre vie. Question de talent ? Non : question de foi, d’espérance et de charité. Muni de tels outils, l’esprit peut suppléer à la lettre.
Foin de la géhenne : avons-nous allumé un feu qui ne s’éteint pas ? Celui de la résurrection qui s’attache à consumer les germes de maladies plombantes, crucifiantes et injustes. Ou nous attachons-nous au contraire à cerner certaines « maladies » de guillemets ignifuges ?… Le Christ Ressuscité a tout absorbé au cours de Sa passion, absolument TOUT : le vrai comme le faux, sans exception ni privilège. C’est même au nom du faux qu’Il a vraiment connu la mort, afin de pouvoir l’écraser elle-même de l’intérieur. C’est surtout au nom de l’amour qu’Il a été jusqu’au bout de la vie dans Son humanité : à Sa suite, nul ne saurait prétendre être l’instrument de Sa miséricorde sans être Sien : qui n’est pas avec Lui est contre Lui.

L’amour est un feu qui ne s’éteint pas : la souffrance ne serait-elle pas un feu qui cherche à éteindre l’inextinguible ? Elle court, elle court la maladie d’amour : elle court, telle une flamme qui se propage de cœur en cœur. Cet incendie est de nature à générer la panique, à dresser des barrières anti-feu par d’impressionnantes nomenclatures de « pathologies » qui ont toutes en commun de ne voir dans l’amour qu’une dangereuse maladie. L’amour n’est « bien » que lorsqu’il est domestiqué à la façon du brûleur à gaz qui chauffe sagement la casserole : toute fuite est décrétée impossible. Gazé, éthéré, l’amour est réputé explosif en-dehors des limites qu’on daigne lui conférer ! Moteur de tous les possibles, il est élevé sous serre façon bonsaï : ce qui n’entre pas dans cette catégorie étant relégué au champ d’horreur des amours impossibles. Ce n’est plus de la culture sous abri, c’est de la greffe contre-nature ! Il n’y a que l’amour qui puisse reculer toute limite : c’est pourtant lui qu’on limite, de crainte qu’il ne vienne bousculer des repères que l’on veut solidement établis. C’est encore l’amour qui se venge ensuite, brisant tous les barrages et emportant tout sur son passage, sans discernement. Aveugle, cet amour impétueux ? Moins que tous ces remparts qui lui bouchaient l’horizon : murailles de la mort qui se sont ébréchées au matin de Pâques. Elle court, la maladie d’amour : elle fait courir vers le bien-aimé comme les disciples couraient en direction d’un tombeau vide.

L’aurore de Pâques achève le Carême ; avec lui, elle achève la plus fatale des maladies : la mort elle-même. Si l’amour vide les tombeaux, comment ose-t-on encore le réduire à une maladie ? Comment peut-on chanter la Résurrection tant que l’amour n’est pas aimé ? Là est le vrai mal, là est la souffrance : l’amour pèche par défaut, jamais par excès…
Ah, enfin ! Fini le Carême : rien ne sera jamais plus comme avant la Résurrection. C’est pas formidable, ça ?

Lundi de Pâques 24 mars 2008

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