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Saint Augustin : Sermon 63, 1-3

"Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne." (Matt. 10:28)


« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme. Mt 10,28 »

On dit, mes frères, que l’âme est immortelle ; elle l’est, en effet, sous un certain rapport. Elle est un principe de vie par sa présence, peut vivifier le corps ; car c’est par l’âme que le corps a la vie ; cette vie de l’âme est indestructible, elle est donc immortelle. Alors pourquoi ai-je dit : « Sous un certain rapport » ? En voici la raison : il y a une immortalité véritable, une immortalité qui n’est autre que l’immutabilité ; c’est d’elle que parle l’Apôtre lorsqu’il dit de Dieu : Lui seul possède l’immortalité et habite une lumière inaccessible. Si donc Dieu seul a l’immortalité, l’âme sans nul doute peut mourir. Si donc l’âme ne pouvait mourir, comment le Seigneur lui-même déclaré pour nous inspirer une terreur salutaire : Craignez celui qui peut tuer le corps et l’âme dans la géhenne ?

Je n’ai fait qu’appuyer sur la difficulté, je ne l’ai pas résolue. De quelle manière l’âme est-elle immortelle ? C’est parce qu’il y a toujours en elle un principe de vie qui est indestructible. Comment meurt-elle ? Ce n’est pas en cessant d’être un principe de vie, mais en perdant elle-même ce qui fait sa vie ; car si l’âme est la vie d’une autre substance, elle a elle-même sa vie ; et voici l’ordre auquel sont soumises les créatures : la vie du corps, c’est l’âme ; la vie de l’âme, c’est Dieu. De même que pour ne pas mourir il faut au corps un principe de vie qui s’appelle l’âme, de même il faut à l’âme sa vie, c’est-à-dire Dieu, pour qu’elle échappe à la mort.

Quand le corps meurt-il ? Quand l’âme l’abandonne ; oui, si l’âme vient à l’abandonner, le corps meurt aussitôt, et nous n’avons plus devant nous qu’un cadavre ; il n’y a qu’un instant tout attirait en lui ; maintenant, tout nous repousse. Les membres, les yeux, les oreilles sont encore là ; ce sont les fenêtres de la maison ; l’hôte s’en est allé. Quand on pleure un mort, c’est en vain qu’on crie aux fenêtres de l’habitation : il n’y a plus personne à l’intérieur pour répondre.

Les âmes mortes sont celles de l’impie, de l’infidèle, rebelle à la foi, dur comme fer à se corriger : le corps vit, et l’âme est morte ; et pourtant c’est par elle que le corps vit. L’âme est une si grande chose que, toute morte qu’elle soit, elle est apte à donner la vie au corps. On se lamente sur un mort ; pleure plutôt sur le pécheur, sur l’impie, sur l’infidèle. Il est écrit : Le deuil d’un mort dure sept jours ; pour le sot et pour l’impie, il doit durer tous les jours de sa vie. Es-tu à ce point dépourvu de pitié fraternelle, que tu pleures sur un corps dont l’âme s’est éloignée et que tu ne pleures pas sur une âme dont Dieu s’est retiré ?


Lectionnaire monastique de l’Abbaye de Solesmes, p. 181 ss. Editions Solesmes/Cerf, 1995

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