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"Mieux vaut prévenir que ne pas guérir"

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La psychiatrie, maladie française

[1] « Des dizaines de milliers de personnes internées contre leur gré chaque année, séparées de leur famille et de leurs enfants, forcées de se soigner à domicile ou dans un établissement fermé, avec la complicité passive et souvent active de la loi, de la police et du système judiciaire, dans la quasi indifférence d’une société entretenue dans la peur de l’autre et de l’étrange [1], où chacun peut être suspect et, à son tour, interné contre sa volonté. On pense à 1984 de George Orwell, bien sûr, mais aussi aux sinistres méthodes de l’ex-Union soviétique et de ses satellites et parfois, dit-on, de la Russie de Poutine. Eh bien non, c’est en France et en 2010 que cela se passe. 

[2] Les chiffres sont difficiles à réunir, tant l’opacité règne sur la planète psychiatrique : il y aurait 1,5 millions de personnes (en 2000) prises en charge par la médecine psychiatrique chaque année en France, dont 70 000 internées [2], à comparer aux 65 000 personnes incarcérées pour des faits de justice. Par ailleurs, la chose est connue : les Français sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes [3] dans le monde et parmi les mieux encadrés par la profession de psychiatre, quatre fois plus nombreuse en France qu’en Italie par exemple. Ceci explique peut-être cela, mais le tableau n’en est pas plus acceptable au pays des droits de l’homme et de la liberté.

[3] Comment en est-on arrivé là ? Quelques lignes ne suffiront sans doute pas pour faire le tour de la question. Pourtant, la cause essentielle de cette sinistre exception française est probablement à rechercher dans l’aura dont bénéficie injustement la discipline psychiatrique dans notre pays. C’est en France depuis le XVIIIe siècle, et aussi en Allemagne, qu’est né et a prospéré le concept moderne de santé mentale et de son recours, la médecine psychiatrique. Avec Pinel, Esquirol, Charcot, Laborit et Delay, pour ne citer que les plus connus, a été inventée une nouvelle pathologie, la maladie mentale. Depuis, les Américains ont largement pris le relais, avec notamment leur immense industrie pharmaceutique – mais les Européens ne sont pas à la traîne dans ce domaine – et leur fameux DSM (Diagnostic and Statistical Manual) [4][5][6§3], qui classe et stigmatise avec minutie troubles du comportement et pathologies mentales, véritable bible de tout ce qui porte « psy » dans le monde occidental.

[4] Le syllogisme de l’argumentation psychiatrique est finalement assez facile à démonter : les comportements étranges sont des maladies mentales. Or, les maladies relèvent de la médecine. De ce fait, c’est aux médecins spécialisés en psychiatrie que revient le droit de qualifier et de traiter les maladies mentales, tout comme un médecin au sens traditionnel le fait lors d’un diagnostic pathologique somatique. C’est malheureusement grâce à cette imposture pseudo-scientifique que la France enferme physiquement et chimiquement des milliers de citoyens dont le seul tort est de ne pas correspondre aux canons comportementaux de la majorité de la population. Les concepts de névroses, de psychoses et des troubles du comportement sont éloquents.

[5] Précisément – et les théoriciens de la psychiatrie ne s’y sont pas trompés – c’est chacun d’entre nous, citoyen, qui peut « tomber » dans la maladie mentale, c’est votre conjoint, votre enfant ou vos proches pour lesquels il est légitime que vous les signaliez afin de les faire soigner, contre leur volonté si nécessaire. C’est le sens qu’il faut comprendre aux récentes campagnes de communication, par exemple sur le thème de la dépression nerveuse [7][8][9] , où on apprend qu’au moins 15 % de la population en sont potentiellement victimes. Il en est aussi de cette subtile et efficace entreprise de désinformation ou de formation des esprits, comme on voudra, en matière de vraie-fausse alarme sur la surconsommation de médicaments psychotropes. Mais pour quoi faire finalement ? Pour en prendre moins ou plus ? Pour aller consulter un psychiatre plutôt que les généralistes, grands prescripteurs de psychotropes ? On ne sait pas vraiment… À ce point de gravité de la prise en charge du mal-être français, on peut aussi s’interroger sur l’inquiétant rapprochement de la justice et de la psychiatrie [10][11][12][13]  pour traiter de la délinquance et des déviances en général. Si en réalité les deux ont partie liée depuis plusieurs siècles – on se souvient notamment de la loi de 1838 sur l’internement d’office, revisitée en 1990 et en 2002 –, tout semble prêt pour légitimer plus encore la psychiatrie dans sa toute-puissance, malgré les artifices de l’inopérante loi sur la dignité et l’accès à l’information des « patients », notamment.

[6] La psychiatrie est un pouvoir. [14] Elle peut dire le bien et le mal [15, AV note 30] ; elle qualifie le sain et le malsain d’esprit ; elle nie tout discernement personnel [16, APR note 48] à travers le fameux « déni de la pathologie [10, notes 17,18][17] face auquel le désormais « malade » ne peut être que sans voix, sans voie et impuissant [18, AV note 880] ; elle met un terme à la liberté des individus, avec la complicité trop facilement crédule [19] des autorités administratives et judiciaires, sans jugement, à discrétion et arbitrairement [20,(§3)] malgré les apparences du contradictoire [18, AV note 877] en matière d’internement sans consentement de l’intéressé ; elle peut enfin obliger à se soigner, en clair prendre des médicaments abêtissants [21], véritable camisole et addiction chimique [22], à travers l’injonction thérapeutique et sous la menace de l’enfermement [23, note<32>], au besoin dans une chambre d’isolement ou avec d’inacceptables électrochocs [24][25][26][27][28], aussi durablement que le psychiatre le décidera [29>30, AV note 46][31], pouvoir exorbitant qu’aucun magistrat ou personnel pénitentiaire ne détient à lui seul.

[7] De nombreux Français éprouvent des difficultés à vivre, à travailler et à trouver le bonheur seul, en couple ou en famille. Notre société occidentale – des psychiatres français ou européens ont cependant réussi à trouver quelques pathologies en Afrique, grâce à l’ethnopsychiatrie… – génère bien des maux séculaires ou contemporains. Loin l’idée selon laquelle tout va bien dans le meilleur des mondes, sans déprime, sans accès de violence contre soi-même ou contre autrui, tout cela sans cause ou incidence psychique dans la vie de nos concitoyens. Pour autant, on ne saurait accepter qu’une pseudoscience exerce un tel magistère sur l’existence de nombreux d’entre nous et dans l’organisation de la Nation, d’autant qu’elle n’a jamais rien démontré ni expliqué du malaise humain sur un plan formel [32, notes 5,6], qu’il en aille de la biologie, de la génétique [33] ou de l’imagerie médicale notamment.

[8] Plus grave encore, la psychiatrie n’a jamais guéri qui que ce soit [34]. Si guérir signifie « se défendre » contre une agression bactérienne par exemple, pour se rétablir, les psychiatres en vérité ne font que soigner au sens de « s’occuper de », sans jamais libérer des soi-disant symptômes dont ils affublent leurs malades. D’ailleurs, comment pourraient-ils guérir à coups de médicaments l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils ignorent la plupart du temps ? Il est vrai qu’il y faut du temps, de la patience et de l’humilité, dans le respect de la liberté du sujet, toutes choses souvent étrangères à l’arrogance et aux certitudes de leur discipline.

[9] Nous avons le droit de refuser et de réfuter ce pouvoir, qui a su s’imposer dans les mécanismes de la politique nationale de santé publique. Souvenons-nous qu’au XIXe siècle, une autre discipline toute aussi médicalement incontestable alors voyait le jour avec l’hygiénisme. Fort heureusement, les forces politiques mais aussi littéraires et artistiques – on pense bien sûr à Zola – et bien d’autres acteurs de la société civile et universitaire ont démontré magistralement que de pathologies hygiénistes il y avait surtout des conditions matérielles et sociales épouvantables. Depuis, exit l’hygiénisme. Les mécanismes du système mis à jour, puissions-nous espérer qu’il en soit ainsi de la psychiatrie. »

Christophe Nagyos, journaliste indépendant.

Qui sera digne de défaire un scandale à la Cour du roi ?

Addenda au 22 septembre 2013 :


C’est en France depuis le XVIIIe siècle, et aussi en Allemagne, qu’est né et a prospéré le concept moderne de santé mentale et de son recours, la médecine psychiatrique. Avec Pinel, Esquirol, Charcot, Laborit et Delay, pour ne citer que les plus connus, a été inventée une nouvelle pathologie, la maladie mentale. [3]

Comment pourraient-ils guérir à coups de médicaments l’histoire tragique de chacun, itinéraire si personnel et si intime qu’ils ignorent la plupart du temps ? [8]

Depuis le XVIIIe siècle, et à ajouter une majuscule à l’Histoire, comment ne pas prolonger le syllogisme de l’argumentation psychiatrique [4] -tel que l’auteur ci-dessus nous l’énonce- par une argumentation plus large : notamment via le syllogisme historique au sein duquel ilne saurait échapper ? Un syllogisme (lumineux ?) que nous suggère à présent une historienne indépendante : notamment lorsqu’elle nous décrit l’entrée en scène du système capitaliste. Un système qui n’est évidemment pas étranger -loin s’en faut [3][35][36][37][38][39][40][41][42]-à la prospérité dudit « concept moderne » comme de son « recours » 

 

Marion Sigaut [43], historienne essayiste, nous parle du XVIIIème...


Quels sont les dessous de la révolution française ? Les intérêts et les enjeux de l'époque ?


Tiens donc, le fameux siècle des lumières ne serait-il pas si lumineux que cela ?...[44?]


Révolution populaire, comme appris à l'école, ou révolution bourgeoise instaurant les bases d'un capitalisme effréné ?


Quelques pistes de recherche ainsi qu'un point de vue alternatif sur la vision de notre société nous sont proposés ici.


Merci à Marion d'avoir partagé avec nous [45] les résultats de ses recherches et son analyse de la situation de l'époque et, par extension, son point de vue sur la situation actuelle de notre société.


Pour tout commentaire, argument ou contre-argument, il existe un fil de discussion dédié ici.


Trouvé sur : Le Blog des Enculuminatis©


Entrée en scène du système
capitaliste, nous dit-on, mais également substitution d’un concept contre un autre : celui du multiséculaire "bien commun" (en matière d’organisation de la cité [46]) contre ce qui ressort en définitive de la poursuite du "bien individuel". Instaurer les bases d'un capitalisme effréné, c’est d’évidence porter l’accent sur le "bien-posséder" au détriment du "bien-être" ; imposer en quelque sorte la croissance du deuxième à l’aune exclusive du premier, jusqu’à réinventer l’aphorisme de Descartes : « je possède, donc je suis. »[47][48] Avec le surgissement de l’inverse en filigrane : le "mal-possédant" générant le "mal-être". N’est-ce pas là faire prospérer le concept moderne de santé mentale -et son recours- sur d’autres critères que ceux du capitalisme immédiat ? En effet, à défaut de savoir fournir autre chose que des produits avariés lorsqu’elle se promeut "marchande de bonheur"©[49, note 63][50][51][52][53], la prétendue médecine psychiatrique [54, notes 9,10] ne se plaît-elle pas à se positionner comme exclusive "marchande de bien-être" ? Quitte à confondre, in fine, sa propre définition de la santé mentale avec le "bien-être" lui-même : grâce au flou subjectif du concept -moins exigeant en termes de résultats que le "bonheur" (ce qui économise avantageusement de se livrer à l’exercice de démonstration et explication du malaise humain sur un plan formel [7])-, certains de ses mécanismes sont déjà en germe : qui vont mener insidieusement au glissement sémantique "non-santé mentale"© => "mal-être" (et vice-versa [55>56]) à la "non-santé mentale"© => "moins-être"… voire "sous-être"[18, AV note 880][57][58][59][60][61! (Plus bas, c’est l’enfer [62, notes 406 à 410]…) L’option prétendument "thérapeutique"© se joue alors sur une seule alternative… dont les deux volets ne sont pas si opposés puisque se rejoignant en pratique (indifféremment à leur ordre d’apparition) : le "non-être"©[63] et l’"être-toxique"©[64][65][66]. Le seul moyen de les disjoindre est fatalement [67, note 9] celui de "l’accident thérapeutique"©[68, note 20>69][70, notes 256>260] conférant au non-être une touche indubitablement irréversible. Avantage : la "toxicité"© se voit éliminée avec le "toxique"©. Inconvénient d’ordre capitaliste : le concept moderne perd de sa prospérité en y perdant un client [71]. Il n’est cependant pas sans recours, loin s’en faut : avec l’ersatz de "bien commun" que représente la communauté de "bien-portants"©[72, notes 69 à 73] éclatants
de santé mentale [73, note 537][74], on sait qu’un client chasse [75, APR note 295] aisément l’autre.


Si d’aventure on l’ignore encore, on se heurte immanquablement à quelques paradoxes : on les réfute à juste titre… mais sans véritablement pouvoir les résoudre. Extrait :
« […] Fondamentalement, il y a un biais à s’en remettre à la scientificité pour une question qui relève en dernier ressort de choix éthiques et anthropologiques. Les enjeux de […] la notion de santé ou de bien-être ne relèvent pas seulement du constat ; ils relèvent de l’éthique, c’est-à-dire du souci de croissance de l’humain [cf.76, notes 311>314]. Il est tout de même paradoxal d’appliquer des méthodes médicales à des questions fondamentales. Se réfugier derrière l’apparente objectivité du quantitatif, c’est éviter de poser les questions de sens et de valeur. Il y a là une option délibérée selon laquelle toute évaluation morale, tout jugement normatif paraissent littéralement insupportables. »

 

Xavier Lacroix, La Confusion des genres, p.117, Bayard, 150 p., 9,80

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Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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