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« Muchas gracias, "Papa" ! »

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Déclaration du 11 février 2013

« Frères très chers,

(§1) Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière.

(§2) Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié.

(§3) C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire. »[1][2][3]

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Homélie du 6 janvier 2013 (extraits) [*] (Solennité de l’Épiphanie du Seigneur) [Ép.]

(§5) [...] «  En ce pèlerinage, l’évêque a la mission non seulement de marcher avec les autres, mais de précéder et d’indiquer la route. Dans cette liturgie, je voudrais toutefois réfléchir encore avec vous sur une question plus concrète. À partir de l’histoire racontée par Matthieu, nous pouvons certainement nous faire une certaine idée du type d’hommes qu’ont dû être ceux qui, en suivant le signe de l’étoile, se sont mis en route pour aller trouver ce Roi qui aurait fondé un nouveau type de royauté, non seulement pour Israël, mais aussi pour l’humanité entière. Quel genre d’hommes ceux-ci étaient-ils donc ? Et, à partir d’eux, demandons-nous aussi si, malgré la différence d’époque et de missions, on peut percevoir quelque chose de ce qu’est l’évêque et sur la façon dont il doit accomplir sa mission.

(§6) Les hommes qui partirent alors vers l’inconnu étaient, en tout cas, des hommes au cœur inquiet. Des hommes poussés par la recherche inquiète de Dieu et du salut du monde. Des hommes en attente qui ne se contentaient pas de leur revenu assuré et de leur position sociale peut-être reconnue. Ils étaient à la recherche de la réalité la plus grande. Ils étaient peut-être des hommes instruits qui avaient une grande connaissance des astres et qui probablement disposaient aussi d’une formation philosophique. Mais, ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses. Ils voulaient savoir surtout l’essentiel. Ils voulaient savoir comment on peut réussir à être une personne humaine. Et c’est pourquoi, ils voulaient savoir si Dieu existe, où et comment il est. S’il prenait soin de nous et comment nous pouvons le rencontrer. Ils voulaient non seulement savoir. Ils voulaient reconnaître la vérité* sur nous, sur Dieu et sur le monde. Leur pèlerinage extérieur était une expression de leur cheminement intérieur, du pèlerinage intérieur de leur cœur. Ils étaient des hommes qui cherchaient Dieu et, en définitive, ils étaient en marche vers lui. Ils étaient des chercheurs de Dieu.

(*) cf. (entre autres, et pour s’en tenir au même auteur) homélies du 27/05 [4,(§11)] et du 02/09/2012 [5,(§8>10)]

(§7) Mais avec cela, nous arrivons à la question : comment doit être un homme à qui on impose les mains pour l’ordination épiscopale dans l’Église de Jésus Christ ? Nous pouvons dire : il doit être avant tout un homme dont l’intérêt est tourné vers Dieu, car c’est seulement alors qu’il s’intéresse vraiment aussi aux hommes. Nous pourrions aussi le dire en sens inverse : un évêque doit être un homme à qui les hommes tiennent à cœur, un homme qui est touché par les situations des hommes. Il doit être un homme pour les autres. Toutefois, il peut l’être vraiment seulement s’il est un homme conquis par Dieu. Si pour lui, l’inquiétude pour Dieu est devenu une inquiétude pour sa créature, l’homme. Comme les Mages d’Orient, un évêque ne doit pas aussi être quelqu’un qui exerce seulement son métier et ne veut rien d’autre. Non, il doit être pris par l’inquiétude de Dieu pour les hommes. Il doit, pour ainsi dire, penser et sentir avec Dieu. Il n’est pas seulement l’homme qui porte en lui l’inquiétude innée pour Dieu, mais cette inquiétude est une participation à l’inquiétude de Dieu pour nous. Puisque Dieu est inquiet de nous, il nous suit jusque dans la mangeoire, jusqu’à la Croix. « En me cherchant, tu as peiné ; tu m’as sauvé par ta passion : qu’un tel effort ne soit pas vain », prie l’Église dans le Dies irae. L’inquiétude de l’homme pour Dieu et, à partir d’elle, l’inquiétude de Dieu pour l’homme ne doivent pas donner de repos à l’évêque. C’est cela que nous comprenons quand nous disons que l’évêque doit être d’abord un homme de foi. Car la foi n’est pas autre chose que le fait d’être intérieurement touché par Dieu, une condition qui nous conduit sur le chemin de la vie. La foi nous introduit dans un état où nous sommes pris par l’inquiétude de Dieu et fait de nous des pèlerins qui sont intérieurement en marche vers le vrai Roi du monde et vers sa promesse de justice, de vérité et d’amour. Dans ce pèlerinage, l’évêque doit précéder, il doit être celui qui indique aux hommes le chemin vers la foi, l’espérance et l’amour.

(§8) Le pèlerinage intérieur de la foi vers Dieu s’effectue surtout dans la prière. Saint Augustin a dit un jour que la prière, en dernière analyse, ne serait autre chose que l’actualisation et la radicalisation de notre désir de Dieu. À la place de la parole “désir”, nous pourrions mettre aussi la parole “inquiétude” et dire que la prière veut nous arracher à notre fausse commodité, à notre enfermement dans les réalités matérielles, visibles et nous transmettre l’inquiétude pour Dieu, nous rendant ainsi ouverts et inquiets aussi les uns des autres. Comme pèlerin de Dieu, l’évêque doit être d’abord un homme qui prie. Il doit être en contact intérieur permanent avec Dieu ; son âme doit être largement ouverte vers Dieu. Il doit porter à Dieu ses difficultés et celles des autres, comme aussi ses joies et celles des autres, et établir ainsi, à sa manière, le contact entre Dieu et le monde dans la communion avec le Christ, afin que la lumière du Christ resplendisse dans le monde.

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Déclaration du 11 février 2013 (conclusion)

[(§4) Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Pères Cardinaux dans l’élection du Souverain Pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière. [3]]

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Homélie du 6 janvier 2013 [*] (retour)

(§9) Revenons aux Mages d’Orient. Ceux-ci étaient aussi et surtout des hommes qui avaient du courage, le courage et l’humilité de la foi. Il fallait du courage pour accueillir le signe de l’étoile comme un ordre de partir, pour sortir – vers l’inconnu, l’incertain, sur des chemins où il y avait de multiples dangers en embuscade. Nous pouvons imaginer que la décision de ces hommes a suscité la dérision : la plaisanterie des réalistes qui pouvaient seulement se moquer des rêveries de ces hommes. Celui qui partait sur des promesses aussi incertaines, risquant tout, ne pouvait apparaître que ridicule. Mais pour ces hommes touchés intérieurement par Dieu, le chemin selon les indications divines était plus important que l’opinion des gens. La recherche de la vérité était pour eux plus importante que la dérision du monde, apparemment intelligent.

(§10) Comment ne pas penser, dans une telle situation, à la mission d’un évêque à notre époque ? L’humilité de la foi, du fait de croire ensemble avec la foi de l’Église de tous les temps, se trouvera à maintes reprises en conflit avec l’intelligence dominante de ceux qui s’en tiennent à ce qui apparemment est sûr. Celui qui vit et annonce la foi de l’Église, sur de nombreux points n’est pas conforme aux opinions dominantes justement aussi à notre époque. L’agnosticisme aujourd’hui largement dominant a ses dogmes et est extrêmement intolérant à l’égard de tout ce qui le met en question et met en question ses critères. Par conséquent, le courage de contredire les orientations dominantes est aujourd’hui particulièrement urgent pour un évêque. Il doit être valeureux. Et cette vaillance ou ce courage ne consiste pas à frapper avec violence, à être agressif, mais à se laisser frapper et à tenir tête aux critères des opinions dominantes. Le courage de demeurer fermement dans la vérité est inévitablement demandé à ceux que le Seigneur envoie comme des agneaux au milieu des loups. « Celui qui craint le Seigneur n’a peur de rien » dit le Siracide (34, 16). La crainte de Dieu libère de la crainte des hommes. Elle rend libres ! […] »

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       Pourquoi avoir placé ainsi en parallèle ces deux textes ? Hors de leur communauté de plume, le premier est relativement bref, a effectué le tour du monde en un temps record ; le deuxième est plus étoffé, plus "confidentiel" –si l’on ose dire- en ce que, par définition, une homélie s’inscrit formellement dans le cadre de l’explicitation des textes liturgiques de l’Écriture du jour. Elle s’adresse donc en premier chef aux participants d’une célébration de cet ordre. Ce qui n’interdit nullement, en fonction de la thématique exposée (et de ses traces écrites), de lui conférer ensuite une portée plus large : au gré de participants seconds… voire de non-participants.
      Notons déjà cet étonnant premier paradoxe : le premier texte s’adresse en premier chef à un Consistoire épiscopal, soit à un public infiniment plus restreint qu’une foule de laïques, fidèles ou non. Un public si averti que la prononciation dudit texte lui aura été diligentée dans une langue morte, qu’il est bien sûr censé maîtriser : le latin ! Deux éléments qui, sur le seul aspect humain, devraient conférer au discours tenu une "confidentialité" encore plus accrue qu’à l’occasion d’une homélie.
       Pourtant, premier constat : en l’espace de seulement vingt-quatre heures, combien de fois le visiteur de céans aura-t-il eu l’occasion de parcourir la déclaration de ce onze février ? Jusque chez les médias les moins "cathosphériques", elle a été largement retransmise dans son intégralité… et non moins commentée en tous sens. Cela ne tient-il qu’à sa brièveté et à l’immédiateté technique de sa traduction dans la plupart des langues vernaculaires de la planète ?
       Prolongeons à présent la première question à propos du deuxième texte, prononcé dans un langage plus immédiatement compréhensible à ses auditeurs directs : depuis le six janvier, combien de fois le visiteur de céans aura-t-il eu l’occasion… de seulement s’aviser de son existence ? Le chiffre plus réduit ne résulte-t-il que de sa longueur, ou de son intérêt a priori plus limité ?
       Ceci valait naturellement pour l’anecdote : il va de soi que nous entreprenons là de comparer deux textes différant dans leur objectif respectif comme dans leur contenu propre. Ce qui renforce donc la toute première interrogation : pourquoi les avoir placés en parallèle ? Tout simplement afin de ne pas s’arrêter à leurs différences, mais au contraire à utiliser ces dernières comme des tremplins de premier choix… en suggérant que l’un puisse éclairer l’autre
: "et, à partir d’eux, demandons-nous aussi si, malgré la différence d’époque et de missions, on peut percevoir quelque chose de ce qu’est l’évêque, sur la façon dont il doit accomplir sa mission"(§5)… et naturellement, sur la façon dont celui de Rome s’apprête à restituer la charge de la sienne.
       Sur ce seul aspect, les interprétations divergent déjà : à quelle définition courante de la démission convient-il de ranger une telle restitution : la 1. ? la 2. ? la 3. ?

Démission :
- emprunté du latin dimissio (« congé, licenciement »), pour servir de nom abstrait à « démettre ».
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1. (Travail) Acte par lequel on se démet d’une dignité, d’un emploi, etc.
2. Manquement durable à sa mission, à son devoir.
3. (Figuré) Renoncement ; reniement.


       D’emblée s’est faite jour une levée consistante de boucliers, semant une joyeuse confusion chez la plupart des médias, titrant "démission" (ce qui correspond peu ou prou à la déf.1.)… mais évoquant une "renonciation" : ce qui rapproche plus volontiers du sens figuré, en déf.3. Ces deux définitions restent cependant peu satisfaisantes, même à les entremêler. Que le mot "démission" ne trouve pas ici sa juste résonance ne l’invalide cependant pas absolument : à s’en tenir à un plan purement sémantique, jusque dans l’exercice même de l’acte posé il est difficile de contourner la déf.1 et la déf.3celle-ci dans son premier élément. Sur un plan davantage passionnel, des esprits plus rigides [6, APR note 3] (mais moins rigoureux) lorgneront de surcroît sur la déf.2, et encore sur la 3… mais cette fois, dans son deuxième élément.
      
Concernant la première définition, tout a été dit à propos de l’évidente singularité d’une fonction interdisant par essence de s’en
démettre auprès d’une autorité supérieure visible : un acte ordinaire par lequel le titulaire de la dite fonction la remet à l’échelon supérieur de sa hiérarchie… et par lequel le mot "démission" trouve habituellement son entière validité. Or, nous sommes ici face à une situation inhabituelle.
       Concernant la deuxième, nous observons le voisinage du "renoncement" avec un autre nom… dont la connotation morale négative se fait particulièrement aiguë lorsqu’il s’agit du ministère pétrinien : le "reniement"[7][8,Jn(7)/{2}] ! Sens figuré ou non, l’ambiguïté d’un tel voisinage se fait choquante dans ce cas inédit d’espèce. Non pas tant en ce qu’elle reflèterait une "mauvaise image" à l’extérieur ("ouverture et inquiétude les uns des autres"(§8) n’appartiennent pas exactement au même registre que "l’opinion des gens"(§9) !) qu’en ce qu’elle ouvrirait inutilement à une injustice dans les termes, attendu que tout reniement est ici hors sujet : s’il ne l’était pas, nous aurions déjà remarqué que le discours du onze février semble "renier" celui du six janvier… et nous serions soigneusement abstenu de les comparer afin de ne pas enfoncer le clou. De fait, il y a renoncement à l’exercice adéquat du ministère pétrinien : mais le titre demeure, ne fût-il plus qu’honorifique puisque privé de son exercice concret. Demeure également –surtout !- celui d’évêque ; ne fût-il également qu’auxiliaire, attendu que le siège de Rome est traditionnellement réservé au "gouvernail de la barque de saint Pierre"(§2) ; c’est ici que la comparaison entre les deux textes prend tout son sens : à l’opposé du moindre reniement, leur unique auteur s’applique -sur sa propre personne- à poser le onze février un acte concordant mot pour mot avec ce qu’il énonçait [9, note<414>] un mois plus tôt. Ce qui, "dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de plus ou moins [10, notes 23][11] grande importance"(§2), tend également à devenir très inhabituel [12, notes 70 à 73]. Le "reniement" se fait alors si exclu qu’il devient évident que le premier discours avait pour discrète mission de préparer les esprits au coup de tonnerre du second.

Eclair dôme Vatican.jpg

       "Je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien"(§1). "La vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié"(§2). À l’échelle horizontale –celle du monde d’aujourd’hui-, de telles "raisons" aspirent à donner du repos à l’évêque (§7), sont conformes à une réalité matérielle, visible (§8) ainsi qu’aux opinions dominantes (§10). C’est pourquoi, bien que nous faisant reconnaître en soi la vérité sur la "vigueur du corps et de l’esprit" du premier concerné, si ces "raisons" sont "éminemment respectables"[13] [sic], elles n’en relèvent pas moins de la "raison diplomatique". C’est-à-dire qu’elles sont aussi éminemment suspectes : non pas tant par cet aspect "diplomatique" en lui-même (avec le double langage qui le caractérise le plus souvent) que par le surgissement inopiné d’un apparent "reniement" là où on ne l’attendait pas ; soit entre le discours du six janvier et celui du onze février, comme nous venons de le constater avec les dernières citations des §7, 8 et 10.
       Cette vérité matérielle sur la baisse de "vigueur du corps et de l’esprit" n’était-elle pas autrement plus visible… sur le précédent évêque de Rome ? "L’avancement desonâge" –mais surtout "l’amoindrissement en lui"- ne suggérait-il pas alors une "incapacité à bien administrer" autrement plus prononcée ? Devrait-on en déduire que l’un s’oppose à l’autre ? À s’en tenir de nouveau au seul visible, l’un "s’accrochait" coûte que coûte, ne voulant pas "reconnaître" sa relative "incapacité à bien administrer; l’autre adopte l’attitude inverse, et en tire les conséquences que nous savons. C’est là un argument sur lequel s’appuieront les esprits les plus rigides pour lorgner sur les définitions négatives de la "démission", succinctement examinées plus haut : des esprits qui, soit dit en passant, "s’en tiennent à ce qui apparemment est sûr"(§10)mais n’appartiennent pas nécessairement aux "orientations dominantes de l’agnosticisme d’aujourd’hui"(§10). En somme, nous parvenons en bout de piste… et l’avion n’a pas décollé.
       Pour autant, la question n’est nullement de prendre parti avec (ou contre) ceux-là plutôt qu’avec (ou contre) d’autres, peut-être plus mesurés. Il n’y a PAS de parti à prendre… à la place de l’intéressé lui-même ; "ayant examiné SA conscience devant Dieu, à diverses reprises"(§1), la décision qu’il a prise est bien celle que lui a dictée SA conscience : non celle de quiconque [14, AV note 46], évêque, cardinal ou laïque surabondant d’une empathie [14, notes 51 à 55][15] dont plus personne ne songe curieusement à "examiner la conscience". Il en va de même au sujet de la "certitude des forces"(§1) restantes : si "la nécessaire vigueur du corps et de l’esprit"(§2) était interchangeable d’un individu à l’autre –ou si elle était indéfiniment rechargeable façon batterie-, cela se saurait. Ce qui se sait mieux, c’est une déclaration programmée à la date même de la désormais fameuse journée consacrée aux malades [16][17] (entendons : aux vrais malades [18][19][20, notes 143,144]…) : on sait également que l’intéressé n’étant coutumier ni du hasard ni des coïncidences, sa seule dévotion à ND de Lourdes n’épuise pas ses raisons personnelles d’avoir attendu jusqu’à ce jour pour annoncer une décision difficilement imputable à un coup de tête. On se souvient que son acceptation même de la charge du ministère d’Évêque de Rome au 19 avril 2005 devait beaucoup moins à des "raisons personnelles" (celles-ci aspirant déjà pleinement à sa conclusion du §4) qu’à son "inquiétude" pour la vie de l’Église : en des conditions si contraires, il n’est permis que de saluer la performance accomplie (et d’en rendre muchas gracias) d’un pontificat de près de huit ans. Soit pas moins d’un quinquennat et demi si l’on compare avec quelque pouvoir séculaire : pas si mal ;) pour un "gouvernement de la barque de saint Pierre" longtemps réputé "transitoire"… y compris de l’intérieur.


       "Communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église"(§1), voici qui axe nonobstant le discours sur "la vie de l’Église" : non sur la sienne propre. "L’évêque ayant la mission non seulement de marcher avec les autres, mais de précéder et d’indiquer la route"(§5), "la vie de l’Église" le précède lui-même, comme elle lui succède : "Successeur de saint Pierre"(§3) inclus. La route indiquée ici est bien que la décision prise est de plus grande importance pour la vie de l’Église que pour celle du Souverain Pontife en personne, raisons de santé également incluses. Des raisons "officielles" qui, tout en étant effet incluses d’une main, se voient formellement court-circuitées de l’autre : comprenne qui pourra…
       Le fusible qui les court-circuite ? Prière de ne pas le confondre avec le modèle [21, note 306] dont sont friands les "décideurs"© de "maladies"© externes [14, AV note 46] ! En effet, celui-là se détache ostensiblement à l’issue de la dernière phrase, dès le §1 : "je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres [22,Jc(1>7)][23,Dt+Jc] et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière". Or, aussi larges, extraordinairement vagues [24, APR note 30/2][25] (et ô combien discutables [26][27]) que puissent être les acceptions que l’on range parmi les critères de ce que l’on désigne habituellement comme étant censés manifester des signes de "santé", il n’apparaît nulle part que la souffrance aie jamais satisfait de près ou de loin à de tels critères ! Ce qui signifie que si les "raisons de santé" invoquées ensuite ont assurément toute leur légitimité, ont-elles toute leur vérité ? Parce qu’en aval, il faut bien convenir que s’il n’est pas désagréable que cette vérité-là soit assez unanimement reconnue –tant au sein même de l’Église que dans le monde-, elle se fait extrêmement suspecte si nous la recoupons avec ce que le principal concerné nous énonce un mois plus tôt. De fait, en quoi cette belle unanimité "nous arrache-t-elle à notre fausse commodité, à notre enfermement dans les réalités matérielles, visibles"(§8)? En quoi n’est-elle pas "conforme aux opinions dominantes"(§10) ? En quoi se trouve-t-elle "en conflit avec l’intelligence dominante de ceux qui s’en tiennent à ce qui apparemment est sûr"(§10) ? En quoi "faudrait-il du courage pour accueillir" une vérité si communément admise que tout le monde la salue comme telle… et que finalement, personne n’aie à fournir le moindre effort à l’accueillir ? S’y greffe inévitablement la question supplémentaire en amont : toujours sans rien en démentir (personne ne pouvant mesurer mieux que l’intéressé l’état de ses propres forces), si une telle vérité suffisait cependant en soi à justifier pleinement l’acte posé, comment se fait-il que celui-ci ne l’aie pas été plus souvent en l’espace de six siècles ? Durant cette longue période, le ministère pétrinien n’aurait-il donc été exercé que par des Souverains Pontifes supermen, toujours en pleine possession de leurs capacités de corps et d’esprit, du début jusqu’à la fin de leur pontificat respectif ? Le souvenir -encore prégnant- du prédécesseur immédiat est là, qui atteste bien sûr du contraire. Les tempéraments diffèrent évidemment en fonction des personnes et de leur histoire, ce qui est heureux ; mais l’argument se fait néanmoins léger : notamment lorsque a posteriori, il contribue plutôt à opposer deux hommes qu’à les rapprocher… tels qu’ils l’étaient en vérité du vivant dudit prédécesseur.

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       En somme, cette
vérité-là n’est pas suspecte en ce qu’elle soit fausse : elle l’est en ce qu’elle ne ressemble ni à celui qui l’énonce (cf. -entre autres- son homélie du six janvier), ni à l’époque où il l’énonce. En revanche, celle-ci ressemble comme deux gouttes d’eau à celle que Paul décrivait à Timothée : « Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide ; mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau. Ils refuseront d'entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. [28,2Tm(3), APR note 97] » Cette vérité-là semble pourtant s’inscrire en contrepoint : hors quelques esprits chagrins, qui refuse de l’entendre, encore une fois ? Mais qu’entend-on exactement au-delà de l’immédiateté de cette vérité ? De l’inquiétude des hommes pour l’évêque des évêques, pour sa "santé" et tutti quanti ? S’il n’est pas vraiment le lieu d’en disserter au cours de cette page, les habitués de céans savent depuis longtemps que "l’inquiétude pour la santé" d’autrui n’offre pas exactement –loin s’en faut- la garantie du déploiement des plus grandes vertus ! Du reste, là n’est pas la question : celle-ci trouvera plus vraisemblablement un élément de réponse au travers de la première phrase de Paul. Là où "l'on ne supporte plus l'enseignement solide", on ne supporte pas davantage l’enseignant solide. Là où "l'on ne supporte plus l'enseignement solide", si l’enseignant solide tire sa révérence, il se fait déjà un peu plus supportable. S’il tire sa révérence en fournissant comme "raison" une plus grande "fragilité" de sa personne, il se fait beaucoup plus supportable… et tout le monde d’applaudir à tout rompre pour plusieurs raisons :
123.jpg- chez "l’agnosticisme largement dominant" -qui "a ses dogmes et est extrêmement intolérant à l’égard de tout ce qui le met en question et met en question ses critères"(§10)-, c’est une autorité "intolérante"© (selon ses critères [29, APR note 129][30!) et sévèrement "metteuse en question"[31, note 2][32, notes 273,274] qui s’en va : dès lors, ne comptons pas trop sur lui pour en verser une larme… sinon de crocodile [33, note 230][34, note 230]
- chez qui ne supporte plus l’enseignement solide, refuse habituellement d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques, on se reconnaît plus spontanément dans tout ce qui manifeste de la fragilité : notons que si l’agnosticisme est largement dominant, cela lui est si peu exclusif que parmi ces récits mythologiques [29, note 171][35][36, notes 23>37] s’y glisse volontiers celui de… "la fragilité"[38] –ersatz d’"humilité"© de contrebande, fort peu conforme à la ligne indiquée plus haut par le partant, puisque redéfinie [39, APR note 129][40,6] de manière à "donner du repos"[22, note 402/2][41], à ne surtout pas "nous arracher à notre fausse commodité, à notre enfermement dans les réalités matérielles, visibles", etc.- ; à l’occasion, s’y glisse également quelque récit –s’apparentant plutôt au conte [42][43][44]- d’une étrange, merveilleuse [45] et abondante "charité"© par la parole [32, notes<171>] (beaucoup plus aride par les œuvres [12, notes 70 à 73] et la prière, mais "se rattrapant" sur la souffrance [46][47, note 58][48, note 24/3(>37)][49, note 15]) qui se propose (quand elle ne l’impose pas) de transformer le mensonge [50, notes 228>240] qu’elle TOUCHe [51] en une "vérité"© plus acceptable que celle d’un enseignement solide ; ainsi, celui qui refusera de l’entendre deviendra-t-il alors suspect de manquer sinon à la "santé"© du moins à la "charité"©… et de vertu [52] dans tous les cas : autant d’incommodités qui, bien que se déclarant a priori étrangères à "l’agnosticisme largement dominant", ne le sont pas moins avec l’intelligence, par exemple (entre nombre d’autres [53][54]), de l’ultime message pour le Carême [55][56][57] que nous a délivré le partant.
- enfin, "les gens allant chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau"… quoi de plus "calmant"[58, note 257?] qu’un événement si "nouveau" qu’il aura fallu attendre six siècles pour qu’il surprenne tout le monde ?

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       "Il fallait du courage pour accueillir le signe de l’étoile comme un ordre de partir, pour sortir – vers l’inconnu, l’incertain, sur des chemins où il y avait de multiples dangers en embuscade."(§9) Cette phrase évoque bien sûr les Mages d’Orient : soit des hommes qui, aujourd’hui encore, symbolisent les représentants d’un monde extérieur à "la vie de l’Église" : le monde de "l’intelligence dominante" de cette époque, de ses "opinions dominantes", de ses "réalités matérielles et visibles". C’est bien ce monde-là qui abrite l’inconnu et l’incertain, sur les chemins de ce monde-là que sont tendus "de multiples dangers en embuscade". Si les "réalités matérielles et visibles" ont assurément bien changé depuis deux mille ans, cette évolution concerne-t-elle les "multiples dangers en embuscade" ? À une époque où, non seulement ils n’ont pas disparu d’un iota… mais où l’on se plaît volontiers à prêter le flanc aux "débusquements"©[58, note 223] de multiples "dangereux"©[59, APR note 142][60, notes 79 à 84] là où ils ne sont pas (goût prononcé pour les récits mythologiques [28,2Tm(3)] oblige…), c’est peu de constater que  les dangers se font omniprésents jusqu’à la nausée. Or, comme son nom l’indique, l’omniprésence c’est partout. Et partout, c’est absolument partout : dans le vaste monde extérieur à "la vie de l’Église"ET dans le monde intérieur –plus feutré- à "la vie d’une Église". Lorsque son chef prend la peine de rappeler ce que devrait être la ligne de conduite intérieure de l’évêque (et au-delà, de tout membre : quelle que soit sa hiérarchie ou ses engagements (§12)), c’est bien qu’il signifie qu’un tel rappel n’est pas superflu. Il l’est si peu qu’il est même question d’une "particulière urgence"(§10).
       "Il fallait du courage"… l’imparfait du verbe évoquant en l’espèce les Mages d’Orient. N’en faut-il pas plus que jamais, jusque dans le monde intérieur à "la vie de l’Église" ? À quoi s’attendre [61,Jn(2)] si l’on suit cette ligne de conduite intérieure récemment rappelée ?

[*] (§11) Dans ce contexte [NB : celui de "la crainte de Dieu libérant de la crainte des hommes"(§10)], un épisode des débuts du christianisme que saint Luc rapporte dans les Actes des Apôtres me vient à l’esprit. Après le discours de Gamaliel [62], qui déconseillait la violence envers la communauté naissante des croyants en Jésus, le sanhédrin convoqua les Apôtres et les fit flageller. Ensuite il leur interdit de parler au nom de Jésus et il les remit en liberté. Saint Luc continue : « Mais eux, en sortant du sanhédrin, repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus [63,Ac][64,Ac]. Et chaque jour … ils ne cessaient d’enseigner et d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ Jésus »[65,Ac] (Ac 5, 40ss.). Les successeurs des Apôtres doivent aussi s’attendre à être à maintes reprises frappés, de manière moderne, s’ils ne cessent pas d’annoncer de façon audible et compréhensible l’Évangile de Jésus Christ. Et alors ils peuvent être heureux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour lui.


(§12) Naturellement, nous voulons, comme les apôtres, convaincre les gens et, en ce sens, obtenir leur approbation. Naturellement, nous ne provoquons pas, mais bien au contraire nous invitons chacun à entrer dans la joie [5] de la vérité qui indique la route. L’approbation des opinions dominantes, toutefois, n’est pas le critère auquel nous nous soumettons. Le critère c’est Lui seul : le Seigneur. Si nous défendons sa cause, grâce à Dieu, nous gagnerons toujours de nouveau des personnes pour le chemin de l’Évangile. Mais inévitablement nous serons aussi frappés par ceux qui, par leur vie, sont en opposition avec l’Évangile, et alors nous pouvons être reconnaissants d’être jugés dignes de participer à la Passion du Christ. […] Chers amis, ceci nous concerne aussi […].


 À suivre...
[>Dernière M.A.J. : samedi 16 février 2013]

Lundi 11 février 2013

Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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