Rechercher : projectionniste

L’interlude du jour… est permanent !

Montage film en pause.jpg

[*][*]

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 5,17-26. (*)(*)(*)(*)|(*)(*)(*)(*)(*)/(*)
Un jour que Jésus enseignait, il y avait dans l'assistance des pharisiens et des docteurs de la Loi, venus de tous les villages de Galilée et de Judée, ainsi que de Jérusalem ; et la puissance du Seigneur était à l'œuvre pour lui faire opérer des guérisons.
 Arrivent des gens, portant sur une civière [*] un homme qui était paralysé ; ils cherchaient à le faire entrer pour le placer devant Jésus. Mais, ne voyant pas comment faire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et, en écartant les tuiles, ils le firent descendre avec sa civière en plein milieu devant Jésus. Voyant leur foi, il dit : « Tes péchés te sont  pardonnés. » Les scribes et les pharisiens se mirent à penser : « Quel est cet homme qui dit des  blasphèmes ? Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Mais Jésus, saisissant leurs raisonnements, leur répondit : « Pourquoi tenir ces raisonnements ? Qu'est-ce qui est le plus facile ? de dire : 'Tes péchés te sont pardonnés', ou bien de dire : 'Lève-toi et marche' ? Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l'ordonne, dit-il au paralysé : lève-toi, prends ta civière et retourne chez toi  (*)(*)(*)[*]. » À l'instant même, celui-ci se leva devant eux, il prit ce qui lui servait de lit et s'en alla chez lui en rendant gloire à Dieu. Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Aujourd'hui nous avons vu des choses  extraordinaires ! »

            Qu'est-ce qui est le plus facile ? de dire : 'Tes péchés te sont pardonnés', ou bien de dire : 'Lève-toi et marche' ? Eh bien ! en soi, n’est-ce pas aussi facile de dire l’un ou l’autre ? Maintenant, s’adressant à un paralysé, ce ne serait encore qu’un effet d’annonce tant qu’il ne se sera pas levé et aura marché. Ce qu’il fit à l’instant même, comme a pu le voir toute l’assistance. Aujourd'hui elle a vu des choses extraordinaires. Il est vrai qu’un homme paralysé arrivant par le toit, ce n’est déjà pas banal. Mais cela n’a rien d’extraordinaire : il suffit d’être entouré de gens serviables et vigoureux, de monter sur le toit et d’en écarter les tuiles. On le descend avec sa civière en plein milieu devant Jésus, et le tour est joué :

« Que veux-tu que je fasses pour toi ?
- Seigneur, que je me lève et que je marche !
Et Jésus lui dit :
- Marche. Ta foi t’a sauvé. »

À
l'instant même, l'homme se mit à marcher, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa ses louanges à Dieu.[1] Aïe : un cri se fait entendre dans la salle. Un spectateur attentif –et sans doute désireux de ne pas s’enfuir avant la fin du film [2]- est saisi de stupeur : ce qui est en train de passer à l’écran ne correspond pas exactement au scénario qui lui avait été indiqué ! Certes, la fin y est comparable, mais le résumé dont il avait pris connaissance est formel : l’action ne se déroule pas à Jéricho, en extérieurs mais à Capharnaüm, en intérieur.
« En intérieur ?
demande le projectionniste : le malheureux est comme insensé, s’étant égaré dans l’étiquetage de ses bobines. Voyant les gens qui s’affolent, il leur dit :
- Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre film. »
Alors s'ouvrent les yeux des aveugles et les oreilles des sourds :
Quand il fut dans la maison, un homme qui était paralysé l'aborda, et Jésus lui dit :
« Crois-tu que je peux faire cela ?
Il répondit :
- Oui, Seigneur. »
 
Alors il lui toucha les jambes, en disant : « Que tout se fasse pour toi selon ta foi ! »
 Ses muscles répondirent, et Jésus lui dit sévèrement : « Attention ! que personne ne le sache ! » [3]

______Alors le spectateur attentif bondit de son siège comme un cerf, et jaillit dans la loge du projectionniste. D’accord, c’est bien en intérieur (quoique dans la véritable version, avec toutes ces tuiles écartées, cet intérieur a été quelque peu mis à mal…), on voit bien des choses extraordinaires, mais le reste ! Cette fois, même la fin n’est pas comparable. Où va-t-on si le cinéma ne respecte pas un minimum de cohérence ? Comment ce film serait-il crédible si Jésus dit : « Attention ! que personne ne le sache ! » alors que la mise en scène stipule clairement l’assistance nombreuse d’enseignés, de pharisiens et de docteurs de la Loi, venus de tous les villages de Galilée et de Judée, ainsi que de Jérusalem ? Bien que rempli de crainte, les mains défaillantes et les genoux fléchissant sous la clameur, le projectionniste ne s’enfuit pas devant tant de douleur et de plainte. À l'instant même, il se lève et va rejoindre la salle. Et là, il explique enfin la difficulté particulière [4] qui se pose à l’homme de l’art :
«  Remplis de crainte, ils disaient : « Aujourd'hui nous avons vu des choses extraordinaires ! »
______Or, cette difficulté consiste précisément à traduire ces chose216664670.jpgs extraordinaires à l’écran ! Les visages se ferment, incrédules. Allons donc : aujourd’hui où le septième art se glorifie d’effets spéciaux à couper le souffle, plus vrais que nature, il se couvrirait de honte en ne sachant pas film er un homme paralysé descendre avec sa civière en plein milieu devant Jésus ? Pas même besoin d’effets spéciaux ! De plus, chacun sait qu’on ne demande pas à un mort, un aveugle ou un paralysé de cinéma de l’être pour de vrai. Et si l’acteur incarnant le paralysé craint quelque accident en se faisant descendre sur sa civière, qu’un cascadeur vienne lui-même le doubler 198603038.jpget il va le sauver : rien d’insurmontable. Et pourquoi pas y ajouter un plaisant brin de fantaisie ? Sur le sujet d’un homme venant du ciel, le grand écran n’est guère avare d’inspiration ! En fait de fantaisie, l’atmosphère de la salle s’échauffe, devenant torride : une bête féroce y surgirait que notre malheureux projectionniste n’y rencontrerait pas là davantage d’hostilité à son égard. Et soudain, avant que ne revienne un nouvel assaut, son visage s’illumine. S’affermissant la voix, il s’écrie :
«  Dans un réel qui est là, pour tous [5, AV note 41] 
Le brouhaha devient
aussi feutré que des roseaux et des joncs ployant sous une légère brise.
- …Quelqu’un d’entre vous a-t-il eu l’occasion de parvenir à fixer sur sa pellicule…

Douleur et plainte se sont enfuies
pour un temps : le suspense est à son comble.
- …un… comment dire ? Un… un…
"appareil psychique"©[6] ?
______Allons comprendre ce qui se passe alors : de torride, la salle passe instantanément au glacial [7][8][9! Les genoux commençant à fléchir, les rôles s’inversent ; non sans une cruelle allégresse, tenant sa revanche, le projectionniste porte le coup de grâce :
- …ou bien quelqu’un sait-il isoler le virus
[10, note 1] de la "psychose paranoïaque"©[11, notes 5,6] ? »
______Tous furent saisis de stupeur et ils rendirent les armes. Alors s'ouvrent les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. La difficulté ne venait nullement de la transcription de cette guérison : elle n’était ni la première ni la dernière (et la puissance du Seigneur était à l'œuvre pour lui faire opérer des guérisons), encore que dans un tel contexte, celle-ci avait sans doute de quoi être spectaculaire : un homme réputé paralysé –mais n’étaient-ce pas eux qui l’étaient, il y a encore un instant ?- ne va pas a priori surgir d’un toit puis bondir comme un cerf. Mais que celui qui a pu crier de joie à la capture d’un "appareil psychique"© (ou d’un dahu [12] de la même collection) ou de la "psychose paranoïaque"© en éprouvette jette la première pierre [13] au projectionniste. Eh bien ! Ne lui sera-t-il pas aussi facile de saisir sur le vif des péchés qui sont pardonnés ? À condition toutefois qu’il sache un peu à quoi cela peut ressembler [14, APR note 28] : sinon, ce serait comme confier une caméra de conception inconnue à un cadreur… sans son mode d’emploi.

Livre d'Isaïe 35,1-10. (*)/(*) 
Le désert et la terre de la soif, qu'ils se réjouissent ! Le pays aride, qu'il exulte et fleurisse,
 qu'il se couvre de fleurs des champs, qu'il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et de Sarône. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui  s'affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors s'ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. L'eau jaillira dans le désert, des torrents dans les terres arides. Le pays torride se changera en lac, la terre de la soif en eaux jaillissantes. Dans le repaire des  chacals, les broussailles deviendront des roseaux et des joncs. Il y aura là une chaussée, on l'appellera : Voie sacrée. L'homme impur n'y passera pas et les  insensés ne viendront pas s'y égarer. On n'y rencontrera pas de lion, aucune bête féroce n'y surgira ; seuls les rachetés y marcheront. Ils reviendront, les captifs rachetés par le Seigneur, ils arriveront à Jérusalem dans une clameur de joie, un bonheur sans fin illuminera leur visage ; allégresse et joie les rejoindront, douleur et plainte s'enfuiront.

Mode d'emploi le chat.jpg

Lire la suite

lundi, 06 décembre 2010 | Lien permanent | Commentaires (4)

CRITIQUABLES ?

... ou le cri-qui-tue : que le grand cric croque le criant qui tique !

Fin au samedi 4 février 2012

foi,évangile,christianisme,philosophie,politique,littérature,société

[*][!!!] - [*>*]

2327630680.jpg

      « Ah NON, alors ! Non, non et CENT FOIS NON ! »
      De mémoire de
réalisateur de film [1], jamais n’avait-il observé autant d’effervescence au fond de la salle : qu’arrivait-il donc aux spectateurs [2] ? Quelle est cette rébellion qui couve ? Irait-elle jusqu’à le renvoyer, lui [3, note 6] ? Dans une moindre mesure, il ne va tout de même pas se prosterner [4] aux pieds des factieux : dans les deux cas, ce serait vraiment le monde à l’envers [5] ! Aussi commande-t-il instamment au projectionniste [6] de suspendre la séance avant qu’il ne se fasse déborder par ce qu’il faut bien CONSTATER [7, note 133]  comme étant une vague de fond. Avant que celle-ci ne vire au tsunami, il lui fallait faire barrage : aller prendre la température –fiévreuse [4,Mc(3)], apparemment !- de ces disciples décidément fort indisciplinés [8]. On a beau être spectateur du fond de la salle : il y a néanmoins un minimum de savoir-vivre à respecter [9, APR note 12] sans enredéfinir le concept [10,6][11,6]à tout bout de champ : surtout lorsque celui-là se décline sur un écran large !

« Mais enfin , mes enfants : que vous arrive-t-il aujourd’hui  ?
- Aujourd’hui ? Nous ne vous le faisons pas dire ! Quel
"aujourd’hui", d’abord ? Avec vous, nous ne savons même plus quel jour nous sommes…
- Mardi, non ?…
- Oui, bon : ça, c’est dans notre réel qui est là, pour tous
[12, AV note 41]. Mais là n’est pas la question !
- Alors, quelle est-elle, votre question ? Vous n’allez tout de même me faire croire que vous n’avez pas eu votre part de méchants
[13, APR note 8] !…
- Comme s’il s’agissait de cela… ou que de cela !…

- Alors, de quoi s’agit-il ?
- Il s’agit que vous n’arrêtez pas de nous balader, tout simplement. Un coup, nous sommes à Jérusalem. La scène suivante, on nous plonge à Capharnaüm
(la bien nommée, en l’occurrence !). Entre les deux, on ne sait trop comment : vous nous expédiez à Rama [4], et…
- Allons bon : vous n’aimez plus la machine extraordinaire de l’oncle Bernhard
[14, note 52] ? Elle vous fait mal au cœur ? C’est ça ?
- Ben non, c’est pas ça. Au contraire, ça c’est l’une de vos meilleures trouvailles.
- Alors ?…
- Alors, c’est bien gentil de votre part de nous offrir une telle quantité de méchants (à travers différentes époques) que nous ne savons plus où en donner de la tête, mais…
- Mais ?
- Mais justement ! Vos méchants, là : vous nous les avez fait défiler la dernière fois à l’écran sans beaucoup plus de détails ! Autant dire que votre film nous a produit l’effet d’une suite de bandes-annonces. Mais ce n’est pas tout…
- Oui ?…
- Eh bien, là où nous crions au scandale
[15, APR note 8], c’est que vous êtes en train [16] de nous proposer manifestement un remake, alors même que l’original est resté inachevé. Et vous croyiez peut-être que vous alliez vous en tirer à si bon compte [17?] ? »

         A

Lire la suite

mardi, 24 janvier 2012 | Lien permanent

Ainsi est secrétée la pensée voilée du malPolic…onsensuel (II).

1262877816.jpg

(*)(*)(*) – [*][*][*][*]

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,36-40. (*)(*)(*)/(*)(*)
Quand les parents de Jésus vinrent le présenter au Temple, il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S'approchant d'eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l'enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L'enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

         Trêve momentanée de méchants : voilà que nous arrive une nouvelle actrice chez les gentils du film ! Nouvelle : le mot est un peu surfait puisqu’elle avait atteint l'âge de quatre-vingt-quatre ans. C’est d’ailleurs pourquoi le réalisateur a commencé de tourner sans elle : il savait qu’elle viendrait à son heure, mais qu’il ne fallait pas l’attendre. Depuis le commencement, il sait également que parvenu à un âge aussi respectable, le pas n’est plus aussi alerte qu’à vingt ans. Enfin, ce ne sera pas non plus celle-ci qui perturbera outre-mesure nos méchants, là-bas au fond du Temple : déjà qu’à leurs yeux, ce n’était pas ce vieux schnock de Siméon qui les intéressait, ce n’est pas cette vieille folle –ne faut-il pas l’être pour ne pas s’éloigner de ce lieu (où eux rongent tant leur frein depuis des jours et des jours où ils épient en vain), et y servir Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière, par dessus le marché ?- qui correspondra davantage à leur portrait-robot ! Et puis une femme prophète, hein : pourquoi pas un éléphant rose, de nouveau [1, notes 49,50] ? Transposée à notre époque, sa situation est claire comme de l’eau de roche : demeurée veuve après sept ans de mariage, elle ne s’en est jamais vraiment consolée, et "soigne"© comme elle peut son "traumatisme"© en se réfugiant dans une religion compensatoire [2][3,com.6,7] et réconfortante, sans que le problème de fond n’aie jamais été réglé chez elle. Mais nos méchants n’étant évidemment pas versés dans les "grâces" de la "médecine"© moderne, ils se contentent de pousser des soupirs et de hausser les épaules, contenant à grand peine leur agacement. Déjà tout à l’heure, ils ont dû supporter le vieux gâteux et tous ses "délires mystiques"©[4] moins que ce ne fusse une manifestation d’Alzheimer ?…). « Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple. » Remarquons toutefois que cela leur aura fourni un bon moment de détente. Parce que s’ils ne sont pas là pour rigoler -servant Hérode jour et nuit-, cette diatribe aura néanmoins eu le mérite de les faire pouffer [5] entre eux, depuis chacun de leurs divers postes d’observation disséminés dans le Temple. Car leurs yeux à eux ont également vu à quoi ressemblait "salut, lumière et gloire" à la sauce de ce vieillard qui, à son âge, entreprend de jouer à la poupée [6] ! Bah : tant qu’il aura ensuite rendu aussitôt l’enfant à sa mère, face à toute cette foule, celui-là n’aura eu ni le temps ni le loisir de satisfaire "les désirs égoïstes de sa nature humaine, les désirs du regard", ce fils qui est là n’aura pas provoqué sa chute "pédophile"©.(Il est vrai que c’est Hérode qui règne alors : non ces nouveaux "magistères moraux"©[7, APR note 3] auto-proclamés agissant comme si eux avaient vaincu le Mauvais [8], alors qu’ils n’ont fait que se placer opportunément du "bon" côté de la barrière afin d’apparaître comme les forts de ce monde…) La première fois donc, c’était amusant : mais les meilleures plaisanteries ne sont-elles pas les plus courtes ? Et voilà la vieille qui entre à son tour dans la danse ! Et que je te proclame les louanges de Dieu aux uns, que je te parle du mouflet aux autres. Ceux-là attendent la délivrance de Jérusalem ? Cela tombe bien : nous aussi ! Et de pied ferme, avec cela. Tous ces gens sont décidément d’un pénible avec ce fichu môme : ils finiraient par nous relâcher de cette attention soutenue qui fait notre gloire et notre honneur de sbires du roi Hérode…
         À ce propos, les affreux sbires : oui, vous, les méchants du film ! Avez-vous lu1660420311.jpg l’avant-dernière phrase du scénario du jour [9] ? Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. Ne jurerait-on pas du Lucky Luke à la mode "eastern" [1, APR note 27][10,im.4] ? Et les Dalton, alors ? Où étiez-vous ? Où en étiez-vous de votre accomplissement de tout ce que vous avait prescrit Hérode ? Tous les spectateurs ont vaincu leur mauvais sommeil ? Parfait : alors, au moyen du classique flash back, revenons en des temps plus anciens. Non, non, rassurez-vous : ni à la Genèse ni à la préhistoire ! (Le retour à celle-ci [11][12][13][14][15][16][17][18][19][20][21,com.7] devra encore attendre environ deux mille ans…) Simplement il y a quelques instants : que faisiez-vous pendant que vous riiez sous cape durant l’intervention du vieux Syméon ? Vous étiez en train de vous passer discrètement une tablette d’argile. Et dans la salle, les spectateurs ont été littéralement saisis par l’image leur apparaissant en gros plan : il y avait un commandement nouveau ! Et pourtant, il n’y avait rien d’écrit dessus [1, APR note 69]Ce qu’il y avait dessus ? Projectionniste, s’il vous plaît ? Seriez-vous assez gentil pour… [ NB : aussi étrange [22] que cela puisse paraître, le réalisateur a en effet déniché la perle rare : un projectionniste [23, APR note 16] authentiquement gentil ! ] Dites, l’auteur : si vous m’interrompez constamment, nous y serons encore l’année prochaine ! [ NB : ce en quoi le réalisateur n’a pas tout à fait tort… ] Je peux continuer, oui ? À la bonne heure. Projectionniste, donc, seriez-vous assez gentil pour nous faire un léger retour en arrière, puis un arrêt sur image ? Il semble que tout le monde n’aie pas pu profiter de euh… du commandement nouveau ! Et là-dessus, voilà que le réalisateur pouffe à son tour ! Ce que c’est de fréquenter des méchants : aurait-il viré de bord ? Nenni : ce qui l’amuse tant, c’est ce qui existe depuis le commencement et dont le souvenir a disparu de nos jours. En effet, qui soupçonnerait aujourd’hui que le peuple Juif puisse ici revendiquer la paternité du "téléphone… arabe" [24] ? Récapitulons les sources du portrait-robot dont disposent nos méchants : les chefs des prêtres et les scribes d’Israël [1, note 68][25, APR note 17], eux-mêmes servant jour et nuit un Hérode dont la sérénité n’est pas vraiment le trait le plus dominant : un Hérode que ne laissent pas indifférents les désirs égoïstes de la nature humaine, les désirs du regard, l'orgueil de la richesse : tout cela lui donnant plutôt envie d’y demeurer… et lui rendant impossible le consentement [26] à partager la galette du pouvoir [27][28]. Aussi n’agrée-t-il point la perspective de tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem : ceux-là n’étant d’ailleurs pas les derniers à projeter [23, APR note 16]pas méchamment (!)… mais pas davantage selon la vérité [29, APR note 55]- la lumière pour éclairer les nations païennes, et la gloire d'Israël [1] annoncée par leurs prophètes dans une incarnation moins spirituelle que politique. Accessoirement, cette attente de la "délivrance de Jérusalem" n’est pas dans le monde sans stigmatiser Hérode comme le tyran du moment ! C’est dire que des plus jeunes aux plus anciens, la cause de béatification [30] du roi de Judée n’est pas à l’ordre du jour. Les ordres, c’est lui qui les donne, et lui seul. Les ordres, c’est d’éteindre [31][32] la lumière : sans doute est-il également soucieux que les nations païennes ne soient pas éblouies [33, APR note 15] ? Aussi convient-il de ne pas s’étonner (les sbires de Hérode eux-mêmes n’étant pas coupés du peuple, pris en sandwiches entre ses aspirations, celles du roi et leurs siennes propres) "de tout ce qu’on dit de lui" [1]lorsque ce n’est pas Syméon qui le dit ! Voici donc, en exclusivité mondiale, le résultat final : c’est-à-dire, la "lumière pour éclairer les nations païennes, et la gloire d'Israël"… version méchants du film :

Montage film en pause2.jpg

[*][*]-[*][*][*][*][*]

         Et voilà ! Vous connaissez ce qui existe depuis le commencement : quand il s’agit de motiver les troupes en leur pardonnant d’avance de ce qu’elles s’en prennent au gentil de l’histoire, on n’a jamais trouvé mieux que de leur faire passer celui-ci pour le méchant, voire le super-méchant lorsque entrent en jeu des questions de pouvoir. De la sorte, pouf pouf [34] ! à leurs propres yeux, les méchants du film se passent entre eux pour des "gentils". Certes -et Jean nous le rappelle-, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde avec ses désirs est en train de disparaître. Mais… ce train n’étant toujours pas un TGV [1, notes 7,8], le voyage continue : intersidérant [35], non ?  

Jésus ? Trop facile : il n’a absolument aucun texte à apprendre : le beurre, et l’argent du beurre [1, APR note 39] ! Ce que nos spectateurs grognons avaient alors omis –et les méchants du film avec eux-, c’est que notre guest star est non seulement gentille mais… Super-Gentil en personne ! Depuis, nous en connaissons d’autres, il est brai [36][37][38]. Eux également sont très forts pour la chasse [39][40] au super-méchant. Cependant, ils ne sont pas sans présenter une ou deux difficultés particulières [41]. Tout d’abord, il arrive à nos spectateurs –grognons ou pas- de quitter la salle de temps en temps. Parce qu’il faut bien l’avouer, quel que soit leur amour du monde, le fait est qu’ils sont dedans : ce que des spécialistes bien informés –et s’enorgueillissant de riches et longues années d’études [42,im.2, APR note  32] à cet effet- nomment un réel qui est là pour tous [43, AV note 41]. Tous ? Oui, oui : tous. Sauf les nouveaux collègues de Super-Gentil : pas de chance… Tant et si bien que si quelqu'un connaît de gros problèmes avec un super-méchant, il ne lui reste plus qu’à se rabattre sur ce qu’on lui propose du monde : les pompiers [44][

Lire la suite

jeudi, 30 décembre 2010 | Lien permanent

En Galilée, la tête est ronde… même sur un plat.

06-12-07%20-%20Malte%20-%20Co-cath%C3%A9drale%20Saint%20Jean-Baptiste%20-%20M.%20Caravaggio%20-%20La%20d%C3%A9capitation%20de%20Jean-Baptiste.jpg?imgmax=576

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 14,1-12.

En ce temps-là, Hérode, prince de Galilée, apprit la renommée de Jésus et dit à ses serviteurs : « Cet homme, c'est Jean le Baptiste, il est ressuscité d'entre les morts, et voilà pourquoi il a le pouvoir de faire des miracles. » Car Hérode avait fait arrêter Jean, l'avait fait enchaîner et mettre en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe. En effet, Jean lui avait dit : « Tu n'as pas le droit de vivre avec elle. » Hérode cherchait à le mettre à mort, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète. Lorsque arriva l'anniversaire d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa devant tout le monde, et elle plut à Hérode. Aussi s'engagea-t-il par serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait. Poussée par sa mère, elle dit : « Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste. » Le roi fut contrarié, mais à cause de son serment et des convives, il commanda de la lui donner. Il envoya décapiter Jean dans la prison. La tête de celui-ci fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui l'apporta à sa mère. Les disciples de Jean arrivèrent pour prendre son corps, l'ensevelirent et allèrent en informer Jésus.

_____Si l’Évangile ne s’en tenait qu’aux apparences, il serait facile de répondre à la question suivante : de Hérode ou de Jean le Baptiste, lequel a perdu la tête ? Si la réponse est apportée sur un plat, c’est aussi parce qu’elle est d’une platitude affligeante ! Hérode cherchait à mettre à mort Jean, la qualité de prophète de ce dernier l’ayant conduit à lui formuler des révélations peu démagogiques sur sa relation coupable avec Hérodiade, la femme de son frère Philippe. Se voir stigmatiser le mal que l’on commet est toujours fort désagréable : la tentation est grande de projeter ce mal sur celui qui le dénonce. Le mécanisme dit de projection [1, note 18] n’a pas attendu sa formalisation par les "sciences humaines" pour se manifester dès l’aube de l’humanité : n’est-il pas déjà présent dans la Genèse ? [2, p.5] Et de même y a-t-il infiniment plus de confort et de sièges dans une salle de cinéma que dans le local du projectionniste qui la surplombe, est-il infiniment plus aisé de trouver des complicités au mal que des résistances. Le résistant est justement le prophète ! Lui se montre extrêmement critique sur le film qu’on lui projette, et le fait savoir. Hier encore, Jérémie n’était pas à la fête [3] : lui aussi, on cherchait à le mettre à mort ! Autour de lui, les complicités au mal étaient unanimes : les prêtres, les prophètes et tout le peuple criaient haro sur le baudet. Visiblement, son "scénario" n’a pas plu. Dieu merci, de nos jours les mauvais scripts sont traités de façon moins radicale sur leurs auteurs : le boycott suffit.

_____On pourrait d’ailleurs s’étonner que les prophètes eux-mêmes s’opposent à Jérémie : n’est-il pas des leurs ? C’est oublier que là encore, Jésus n’abolit en rien l’ancienne Alliance que la nouvelle vient accomplir [4]. Quand Il met en garde contre les faux prophètes [5], ceux-là ne viennent pas d’apparaître dans le paysage ! Ils en sont au contraire partie intégrante de toute l’ancienne Alliance. Ce sont bien entendu ceux qui sont à la solde des pouvoirs temporels en place… plus prompts à la flagornerie qu’à la dénonciation du mal chez leurs employeurs du moment : toutes proportions gardées, des météorologues avant l’heure de la popularité du souverain en place. Ceux-là aussi, c’est à leurs fruits qu’on les reconnaissait. C’est dire qu’ils étaient loin de reconnaître un confrère chez un Jérémie qui, lui, n’avait aucun intérêt personnel à défendre… D’ailleurs, que devient celui qui, à rebours des autres, a prophétisé contre la ville ?

Livre de Jérémie 26,11-16.24.
À la porte du Temple, les prêtres et les prophètes dirent aux chefs et à tout le peuple à propos de Jérémie : « Cet homme mérite la mort, car il a prophétisé contre cette ville ; vous l'avez entendu de vos oreilles. » Jérémie répondit, en s'adressant à tous les chefs et à tout le peuple : « C'est le Seigneur qui m'a envoyé prophétiser contre ce Temple et contre cette ville, et dire toutes les paroles que vous avez entendues. Et maintenant, changez de route, conduisez-vous bien, écoutez l'appel du Seigneur votre Dieu ; alors il renoncera au malheur qu'il a décrété contre vous. Quant à moi, me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. Mais sachez-le bien : si vous me faites mourir, c'est d'un sang innocent que vous allez vous charger, vous-mêmes et cette ville et tous ses habitants. Car c'est vraiment le Seigneur qui m'a envoyé prononcer toutes ces paroles pour que vous les entendiez. » Alors les chefs et tout le peuple dirent aux prêtres et aux prophètes : « Cet homme ne mérite pas la mort, car c'est au nom du Seigneur notre Dieu qu'il nous a parlé. »

_____Retournement inattendu de situation pour Jérémie ! « Cet homme ne mérite pas la mort, car c'est au nom du Seigneur notre Dieu qu'il nous a parlé. » Il est tout à coup reconnu comme prophète… mais nullement par les prêtres et les prophètes officiels ! Ce sont les chefs et tout le peuple qui contraignent ces derniers à mettre de l’eau dans leur vin en infléchissant leur position. « Vox populi, vox Dei » : à raison, les chefs et tout le peuplecraignent davantage le Seigneur que Ses représentants attitrés. La perspective de verser le sang innocent d’un envoyé du Seigneur les émeut encore assez pour les amener à s’interroger sur le bien-fondé de cette condamnation.
_____Beaucoup plus tard, on observe une attitude très similaire chez un prince de Galilée. Chef d’un peuple, lui est confronté au prophète Jean. Hérode cherchait à le mettre à mort, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète. À n’en pas douter, pour cette foule : « cet homme ne mérite pas la mort, car c'est au nom du Seigneur notre Dieu qu'il nous a parlé. » Dans un premier temps, cette peur de la foule est salvatrice puisqu’elle évite à Hérode de poser un acte malheureux qui lui attirerait l’opprobre de tout le peuple. Gageons que déjà le simple fait d’avoir fait arrêter Jean, l'avoir fait enchaîner et mettre en prison n’a pas dû beaucoup améliorer sa cote de popularité : heureusement pour lui, les instituts de sondage n’existaient pas encore !… En revanche, la peur du regard de l’autre [2, p.8] est ici flagrante. Chez un chef de peuple, elle est exponentielle puisqu’il ne saurait être indifférent par fonction au regard de tout son peuple. Par inclination, il ne l’est pas non plus à celui de la fille d'Hérodiade. Et voilà qu’il s'engage par serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait, autrement dit à se plier à sa volonté du moment ! Quelle est cette volonté ? « Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste. » Or, ce n’est pas là la volonté de la fille d'Hérodiade, mais de sa mère qui l’a poussée en ce sens : Hérode n’aurait donc pas failli à son serment s’il n’avait pas donné suite, abstraction faite de la disproportion inconséquente de ce serment. Hérodiade, elle, était dégagée des scrupules politiques qui étaient ceux d’Hérode. On devine qu’elle ne portait pas Jean le Baptiste dans son cœur, le prophète étant un reproche vivant pour eux deux : « Tu n'as pas le droit de vivre avec elle. » Puisque qu’Hérode lui fournit sur un plat l’occasion d’obtenir sa revanche en éliminant définitivement le reproche vivant, elle ne rate pas le coche, le prenant au piège en manipulant sa fille. En soi, ce serment d’Hérode n’a aucune valeur : du reste, rien n’indique qu’il n’aie pas été engagé sous l’emprise d’une conscience altérée par l’abus d’alcool qu’on ne savait pas encore officiellement consommer avec modération !… Cette conscience n’est cependant pas assez éteinte pour que le roi ne fusse pas contrarié par la demande inattendue de la fille d'Hérodiade. Il aurait pu encore ne pas la satisfaire, arguer à juste titre de la légèreté de son serment comme de l’incongruïté monstrueuse d’une tête sur un plat pour récompenser quelques moments de plaisir. Comment un tel acte de cruauté pourrait-il répondre à un instant de bonheur ? C’est absurde.

_____Mais il y a aussi les convives, témoins directs du serment ! Quelle image [2, p.6] d’Hérode auront-ils s’il se dédit ? Il a peur d’être pris pour un roi inconstant et parjure : c’est ici son imaginaire qui le travaille, ses émotions non sa raison… fût-elle d’État. (Cette dernière ne commande-t-elle pas d’ailleurs de laisser les émotions de côté ?) Ajoutons à cela qu’Hérode cherchait à mettre à mort Jean le Baptiste : en dépit de la légèreté du serment engagé, cela fournissait au roi un alibi lui permettant de concrétiser cette mise à mort sans avoir à subir les foudres de la foule qui tenait le condamné pour un prophète. Tous ces convives sont donc autant de témoins qui pourront atténuer la colère du peuple si elle se manifeste : la mort du prophète passe ainsi pour un acte qui n’est plus de la responsabilité directe d’Hérode, voire un acte héroïque de fidélité à un serment tenu, que le roi a respecté contre sa volonté ! Bien avant l’apogée de la "santé mentale", on savait fort bien maquiller le vice en vertu… De même savait-on s’enferrer dans des logiques de mort où l’on préférait faire perdre la tête à l’autre plutôt que de perdre la face.

_____Aujourd’hui, sous nos latitudes occidentales, l’élimination du reproche vivant est devenue plus difficile à mettre en œuvre pour cause d’abolition de la peine capitale. [3] Aucun serment au monde ne justifierait plus d’apporter la tête de quiconque sur un plat. En attendant que la guillotine révèle ses vertus "thérapeutiques" cachées [6] (telles un trésor ? [7]), elle reste confinée aux livres d’Histoire. À défaut de pouvoir se mouiller dans un serment, demeure la possibilité de se préoccuper des sarments secs [8] : pratique pour lesatpvefv0.gif barbecues, ou pour agir à la barbe du prophète… donc par derrière lui. Il s’agit là du barbe-cul spirituel : on s’y brûle aussi quand on l’approche de trop près. Ne pouvant plus tuer directement le prophète, on commence par tuer son nom [9]. On ne lui lance plus de pierres : on s’apitoie sur lui. Le pauvre : il "souffre". Apporter la tête du prophète sur un plat est nettement passé de mode : aujourd’hui, on préfère largement faire un plat de ce qui se passe dans la tête du prophète. Il existe à cet égard tout un "art culinaire" [10] dont les goûts et les couleurs [11] s’apparentent à n’en pas douter à la cuisine nouvelle : assiette aux dimensions d’un plat, un pois chiche [12, note 17] au beau milieu qui empêche de savoir lire l’inscription imprimée sur la serviette : « Tu ne feras pas de faux serments, mais tu t'acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien moi, je vous dis de ne faire aucun serment, ni par le ciel, car c'est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Cité du grand Roi. » (Dommage qu’Hérode n’aie pas eu le loisir d’apprécier ces nouvelles saveurs : il est vrai que l’usage de serviettes de table n’était pas nécessairement inscrit dans les mœurs de la Galilée…)
DSC09881.JPG
_____Cette étrange "cuisine nouvelle" répugne aux condiments. Le régime sans sel est de rigueur : on est prié de la monter à cru. [13] Il convient en effet de ne pas voir pour y croire [14] : en conséquence, fermons les yeux si d’aventure nous croisons un cheval de bois muni de somptueuses roulettes [15]. Malheur à l’inconditionnel de la cuisine traditionnelle : reproche vivant à la nouvelle, il sera privé de dessert… mais pas de désert : son assiette trop richement garnie risquant de déclencher des indigestions psychosomatiques, il devient un "danger pour lui-même et pour les autres". Ne pouvant pas décemment le faire arrêter, enchaîner et mettre en prison faute de délit avéré, on va tout simplement remplacer le "mal commis" par "l’atteint-par-le-mal"… ou latin remplacé par le grec : longue vie à Pathos [16, note 16] ! Mieux encore, on va faire le prophète à la place du prophète. (En tant que spécialiste diplômé de la déprophétisation [17], c’est bien normal…) Il n’a pas commis de mal ? Au nom du dieu tout-puissant de la "santé", il va le commettre ! Étant donnée la teneur de ses condiments, on va lui retourner après traitement. Finis sel, poivre, cumin et fines herbes ; place aux piments "diagnostiques" plus effarouchants les uns que les autres : "délires", "hallucinations", "infatuations" et autres contorsions sémantiques vont se charger de le faire arrêter, en prétextant que sa raison est enchaînée. La mettre en prison [18] –avec tout ce qu’il y a autour- devient alors un jeu d’enfant, puisque c’est naturellement une question de salubrité publique ! Au nom de "l’amour", on retire au gourmet tout ce qui pique : une nouvelle version de love épice
_____ À défaut de convives d’anniversaire, la première invitée reste invariablement la même : la peur du regard de l’autre. Cette peur va être méthodiquement distillée chez ceux qui vivent avec l’horrible-monstre-qui-n’a-pas-commis-de-mal-mais-qui-va-le-commettre. Dotée d’un tel "nouveau nom" [19], la bête immonde va se voir faire sa fête à défaut de lui fêter son anniversaire. Notons que cette situation d’enfermement n’a rien à envier à celle d’un Hérode qui se retrouvre prisonnier de son serment : ici, ce sont les "convives" de la bête immonde qui se voient entraînés dans une logique de mort aussi sûrement que la mouche se trouve prise dans la toile de l’araignée [18]. araignee.gifIl est aisé de prononcer un serment. Il est aisé pour l’insecte de se faire une toile. Il est tout aussi aisé de prononcer un "diagnostic" comme de l’écouter et le diffuser. « C’est grave, Docteur » : de fait, la loi de la gravitation universelle semble opérer des merveilles même en ce domaine ! "Descendre" quelqu’un par voie d’insultation [20] rencontre d’autant plus aisément des complicités actives que le masque pseudo-scientifique typé "cuisine nouvelle" trouvera toujours des émules prêts à se donner bonne conscience en soupçonnant un autre d’avoir altéré la sienne. Dès lors que ce soupçon se voit "confirmer" par le "gentil docteur" (dont on préfère ne pas voir le côté commercial [21]…), nous ne sommes plus chez Hérode, mais chez Pilate : par ici le lavabo… La raison n’a plus son mot à dire quand c’est la peur qui l’emporte, y compris chez son spécialiste attitré. La mise en chenil [22] a aussi sans doute la vertu d’écarter le juste "psychique" [23, notes 36] du terrible regard du cocker malgré lui…
HS011_cocker.jpg
_____Quelle image d’Hérode auront ses convives s’il se dédit ? Il a peur d’être pris pour un roi inconstant et parjure : c’est ici son imaginaire qui le travaille, ses émotions non sa raison… De la même façon, quelle image de l’insultant premier auront ses complices et relais s’il se dédit en s’apercevant du désastre social qu’a entraîné sa manœuvre de diversion sur un tiers devenu bête immonde contre toute évidence pour qui sait regarder ? Si la "santé mentale" ne dispose pas de marche arrière [17, note 8], c’est aussi parce que la disproportion monstrueuse de ses "traitements" au regard du "mal" originel est si effarante qu’elle interdit à ceux qui les ont initiés de les remettre en question sans se remettre en question sur leur responsabilité par leur complicité. On peut même se demander si la disproportion entre un serment et une tête sur un plat n’est pas plus modeste, ne concernant somme toute "que" Jean Le Baptiste : on voudrait pouvoir en dire autant des sacrifiés de la "santé mentale" qui, eux, se comptent par dizaines de millions… Combien de vrais prophètes parmi eux ?

Livre de Jér’imite -26,11-16.24°
À la porte du Temple de la Santé, les psychologues et les pharmaciens dirent aux chefs et à tout le peuple à propos de Jér’imite : « Cet homme mérite la compassion, car il a déliré contre cette ville ; vous l'avez entendu de vos oreilles. » Jér’imite répondit, en s'adressant à tous les chefs et à tout le peuple : « C'est le Docteur qui m'a envoyé délirer contre ce Temple et contre cette ville, et dire toutes les fariboles que vous avez entendues. Et maintenant, changez de route, conduisez bien n’importe où [24], écoutez l'appel du Docteur votre dieu de la santé ; alors il renoncera au diagnostic qu'il a décrété contre vous. Quant à moi, me voici entre vos mains, faites de moi ce qui vous semblera bon et juste. Mais sachez-le bien : si vous me faites guérir, c'est d'un sang coupable que vous allez me charger, vous-mêmes et cette ville et tous ses habitants. Car c'est vraiment le Docteur qui m'a envoyé prononcer toutes ces fariboles pour que vous les entendiez. »
Alors les chefs et tout le peuple dirent aux psychologues et aux pharmaciens : « Cet homme ne mérite pas la compassion, car c'est au nom du Docteur notre dieu de la
santé qu'il nous a parlé. »
20060409105408_t1.jpg

Lire la suite

samedi, 02 août 2008 | Lien permanent | Commentaires (5)

Page : 1