02.04.2008
Le manège de l’enchanteur
Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu.
La vie éternelle ? Plus tard ! Il y a tant à faire ici-bas : tant de cierges à brûler à saint Paletan afin de s’extraire de nos pénombres par les œuvres si prenantes de nos lumières blafardes... Cette destination de lumière est suspecte de fuite en avant (et suspecte tout court : une lumière qui se donne !). Bien sûr… puisque c’est pour plus tard. Le conflit du présent avec l’éternité (cf. LRDLF, p.12) n’est jamais que celui qui se déroule entre les ténèbres et la lumière. Voilà ce qui est remarquable chez le pharisien Nicodème ! De longue date, c’est un servant de la lumière : il pourrait être tenté de la garder pour lui, tant elle lui est précieuse. Plus encore, de par ses fonctions il pourrait être de ceux qui privilégient l’amour de la loi au détriment de la loi de l’amour [1]. Eh bien non : c’est pendant la nuit qu’il vient à Celui qu’il reconnaît comme à l’origine de la lumière. Il vient confronter ses ténèbres (qu’il ne nie pas) à la lumière, prenant le risque d’être bousculé dans ses convictions. Ce risque est lié à la peur que ses œuvres ne lui soient reprochées. Or, Nicodème agit selon la vérité de ses zones d’ombre en venant pendant la nuit à la lumière. Dans l’ombre comme dans la lumière, nous sommes notre juge le plus implacable. La grande question qui motive Nicodème est la suivante : oui ou non, ses œuvres vont-elles être reconnues comme des œuvres de Dieu ? Sage parmi les sages, notre pharisien s’ouvre à tous les possibles ! [2] Il est prêt à tout entendre dans la foi, non dans la crédulité.[3] Lui qui est habilité à parler au nom de l’amour, il s’efface afin de laisser parler l’amour : c’est pendant la nuit que l’amour de la loi vient rencontrer la loi de l’amour ! La nuit de Nicodème n’est pas une nuit d’obscurité mais de charité et d’espérance en l’aurore. Cet homme qui apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres [4] inaugurait là une nuit décisive. À l’autre extrémité de cette nuit-là : Marie Madeleine ! Celle qui avait usé –elle aussi- d’un parfum coûteux[5] destiné lui aussi à l’ensevelissement viendra à son tour à la lumière : « Femme de beauté, vois ton sourire ; Il est lumière dans l’obscurité ! » [6]
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. Elle ne les connaît pas tant que ces raisons la tirent vers le haut, mais elle connaît mieux les autres… (Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ?)Ces raisons que la raison peut connaître est de celles qui appesantissent le cœur. Elles sont des choses de la terre. Officiellement : le "temps", le "devoir", la "prudence", la sacro-sainte "tolérance" (hissée au niveau de vertu cardinale !). Officieusement, toutes se rejoignent à la même source : la PEUR. Peur du regard de l’autre (cf. LRDLF, p.5), mais aussi peur de l’inconnu tout simplement. Ou cette peur est imprimée –c’est-à-dire niée et détournée par les alibis cités plus haut-, ou elle s’exprime et devient un tremplin fournissant le ressort nécessaire à la dépasser pour aller plus loin. Agir au nom de l’amour, c’est encore être en deçà de la peur ; agir dans l’amour, c’est laisser toute peur derrière soi : la peur est non seulement un frein à l’amour, mais une puissante falsificatrice de l’amour. Agir au nom de l’amour ET agir dans l’amour, c’est laisser le champ libre aux possibles et se rire des impossibles. Toujours RIRE : ce n’est pas "sérieux" ! Non, mais c’est amusant : seuls les enfants [8] savent s’amuser… Quand ils s’amusent, ils pêchent beaucoup et ne dédaignent pas les poissons d’avril. Agir au nom de l’amour en apportant la mort au bout du chemin, c’est l’amour falsifié par la peur.

17:06 Publié dans L'Évangile au PRÉSENT | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, christianisme, amour, enfant, évangile, gentil docteur, unpeu de tendresse dans ce monde de brutes épaisses
31.03.2008
Vivement que les nazes arrêtent…
Au sixième mois d'Élisabeth, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l'ange la quitta.
Chez Marie, la porte n’est pas verrouillée. [3] Sa foi n’est pas crédulité : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » Si elle voit l’ange, elle n’en fait pas un magicien. Mais sa foi n’est pas non plus l’incrédulité ponctuelle de Zacharie qui, six mois plus tôt devant le même ange Gabriel, questionnait d’une manière apparemment analogue : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, je suis un veil homme, et ma femme aussi est âgée. » (Lc 1, 18-19) Zacharie deviendra muet jusqu’à la naissance de Jean Baptiste ! Comment vais-je savoir ? n’a pas exactement le même sens que Comment cela va-t-il se faire ? Nous avons d’un côté une jeune fille d’environ seize ans, donc peu expérimentée et ouverte à tous les possibles. Et nous avons de l’autre un PRÊTRE de longue date, donc très expérimenté… et se fermant avec l’âge à tous les possibles. Prêtre, Zacharie est censé savoir qu’ à Dieu rien n'est impossible : pourtant, l’amour de la loi [4](biologique) l’a momentanément emporté sur la loi de l’amour. Comment vais-je savoir ? Dans cette quête de savoir, la connaissance captative précède la naissance. Voici la servante du Seigneur. Chez Marie, c’est la reconnaissance –connaissance oblative- qui précède la naissance. C’est qu’une même parole ne produit pas toujours les mêmes effets : selon l’équilibre du balancier (binôme foi-incroyance d’un côté et crédulité-incrédulité de l’autre), tout devient possible… C’est que selon l’ouverture du cœur, la réception[5] de la parole peut rendre vraisemblable l’invraisemblable comme elle peut rendre invraisemblable le vraisemblable !
La correction fraternelle n’est pas exclusive aux rapports parents-enfants : elle est aussi ancienne que la Bible. La langue nouée de Zacharie, c’est une correction fraternelle. Il est souvent plus aisé de déceler les erreurs des autres que les siennes : c’est un droit –voire un devoir- que de les reprendre si nécessaire dans un contexte de fraternité impliquant donc l’absence d’un jugement dominant-dominé. Durant des générations, cette correction fraternelle a été pratiquée avec des hauts et des bas. Elle était acceptée ou non, mais au moins était-elle effective. Aujourd’hui, on la rend impossible ! Qui, "on" ? L’inénarrable, incontournable et lourdingue « PIA » ! Ce dernier vole au secours de celui qui n’accepte pas la correction fraternelle. LUI NON PLUS ne va pas l’accepter : cela n’appartient pas à ses schémas préconçus. LUI SEUL se veut le correcteur indépassable des travers humains. Gare à celui qui "menace" son client… pardon, son "patient" : "menacer" son protégé, c’est le menacer, LUI. Sans doute le fameux transfert psychanalytique…
L’annonciation est faite pour être annoncée. Surtout en cas de "dangerosité avérée" : on n’est jamais assez "prudent" ! Une certaine "barrière sanitaire" est donc de mise autour du fauve en puissance : il faut faire confiance à la médecine. Au nom de la "maladie" tout est permis, à commencer par le pillage en règle de la vie privée du "souffrant" : priorité à la recherche assidue des "preuves" (!) de sa "pathologie". Multiplions ce "cas" par dizaines de milliers… et organisons ensuite une semaine de la "santé mentale" afin de réfléchir ensemble –entre gens extrêmement sérieux- aux moyens à mettre en œuvre afin d’endiguer ce tsunami fort préoccupant d’abominables souffrances dites "psychiques" qui atomisent la société. C’est fait : le vraisemblable est devenu invraisemblable, et vice-versa. Seuls les enfants –qui sont encore ouverts à tous les possibles- ne sont pas dupes de ces détestables manèges de leurs aînés : c’est pourquoi on ne les a pas oubliés…[6]
17:37 Publié dans L'Évangile au PRÉSENT | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, christianisme, psychologie, santé, politique, société, amour
23.03.2008
Veillée de larmes
Lève-toi, ô femme : pourquoi pleures-tu ?
Éveille-toi, fille de Sion : la mort s’est tue.
Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?
Fille de rien, est-ce que tu le crois ?
Maintenant, tu es fille de roi :
Disparus tristesse et désarroi
À la mesure de ta grande foi.
Femme de grand amour, vois tes larmes :
Chacune fut une perle à mon cœur,
Toutes furent d’impitoyables armes
Terrassant d’innombrables erreurs.
Femme de petite vie, vois ton dépit ;
Il n’est d’égal qu’à ce que tu renies :
Car de l’amour tu avais tout pris,
Voluptés et vanités t’avaient brûlée.
À ces grands incendies de miel,
Ne restaient plus qu’un goût de fiel.
Femme, comme tu t’étais consumée ;
De tes amours il ne t’est rien resté.
Or, de ses cendres tu ne le savais pas,
De la mort l’amour prend le pas.
Réjouis-toi, femme : ce que tu ignorais,
Dans ton grand cœur se cachait.
Femme d’espérance, vois ton chagrin ;
Aura-t-il raison de son coûteux parfum ?
Mère, épouse ou fille, femme est de vertu
Telle qui se fie à l’amour qu’elle a reçu.
Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?
Elles ont tressé la couronne de ta charité,
Dressé un rempart contre la fatalité,
Pressé ton cœur contre le mien.
La passion de tes larmes oppressées
A distillé le mal : ne reste que le bien.
La lie de la mort s’en est allée.
Femme de beauté, vois ton sourire ;
Il est lumière dans l’obscurité !
Alors qu’il fait encore sombre,
De grand matin tu es levée
Car de la nuit tu te fais l’ombre.
C’est que dans ton cœur tu l’as deviné :
La pierre ne saurait garder le pire.
Tu te lèves, ô femme : pourquoi ris-tu ?
Tu as entendu l’appel : tu n’es plus méprisée.
Foi, espérance et charité t’ont pardonnée.
À ta dignité de femme elles t’ont rendue.
Fille de rien, tu es fille de roi ;
Reine de cœur, tu es femme de joie ;
Mère de vie, à la Source tu enfantes
La passion de tes larmes riantes.
(À la femme X…)
19:55 Publié dans Contes, poèmes... humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, spiritualité, amour, tendresse, femme, princesse





