10.04.2008

Attention : le pain de vie est SANS devis

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,44-51.
« Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
 
    L’amour de la loi [1], lui, est parfaitement assimilé… et il n’est pas perdu pour tout le monde. Et de citer à nouveau l'Écriture et la loi de Moïse. Moins que jamais cette loi n’est-elle abolie : plus que jamais est-elle réorientée en fonction de la loi de l’amour, cette seule loi donnant le pain venu du ciel. C'est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel : Sa Boulangerie est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre… même le dimanche (et pas… QUE le dimanche). Elle est ouverte au PRÉSENT.[2]
    Un rappel de commentaire n’est jamais que l’écho de ce pain de vie qui se rappelle à nous depuis quelques jours. Le rappel ? Les disciples s’y sont bien essayés, avec force loi de Moïse. Le pain de vie ? Leurs aïeux l’ont bien connu, avec la manne du désert. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts. En somme, ils ne sont plus là pour en parler : ce sont eux qui ont été rappelés ! Un "pain de vie" qui concerne des morts manque un peu de crédibilité : non qu’il les aient tués, mais cela date un peu. Surtout, cette manne ne pouvait pas déclarer : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Certes, elle était un produit du Boulanger. Mais elle N’ÉTAIT PAS le Boulanger.[3]
 
    Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. En un mot, si l’on attend de voir le Père pour y croire [4], on peut d’ores et déjà prendre son billet pour l’orphelinat. Il existe heureusement une alternative plus réjouissante : l’incarnation du Père. Cette incarnation ne saurait cependant contredire la foi, ce qui serait le cas si le Père se voyait : personne n'a jamais vu le Père, ni autrefois ni aujourd’hui. Un Père sans Fils n’a aucun sens : s’Il implique ce Fils, le Fils explique le Père. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient au Fils. Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Le Fils étant Un avec le Père, l’instruction prolonge l’écoute en l’approfondissant. L’écoute ne se voit pas (!), l’instruction si. Cette dernière structure la chair. Par l’Esprit, l’écoute oriente l’esprit en fonction de cette Unité entre Père et Fils.
    Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi. C’est dire qu’inversement, la foi ne saurait se satisfaire des SEULES joies de l’esprit : elles ne nourrissent guère leur homme ! C’est dire également que la foi est moins un acte volontaire (intérieur par la seule raison, extérieur par des contraintes de tous ordres : familiale, sociologique, culturelle etc.) qu’une attirance par ce qui ne se voit pas. Qui dit attirance dit attraction. Qui dit attraction dit… distractions. Ce qu’on voit contribue grandement à nous distraire de ce qu’on ne voit pas. D’où l’immixtion discrète de ce qui ne se voit pas dans ce qui se voit.
 
    Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Si le pain vivant est descendu du ciel, il devient donc à notre portée tout en demeurant du ciel. Un peu comme le chèque que l’on signe : ce n’est qu’un morceau de papier à notre portée représentant une somme d’argent qui, elle, est "du ciel"… de notre banquier. L’analogie s’arrête là : le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. Par deux fois, il est question de don. Même s’il se fait désagréable en gratifiant le client de quelques agios, il ne viendra à l’esprit d’aucun d’aller dévorer son banquier. (Surtout s’il porte l’emblème du lion : ce serait le monde à l’envers…) C’est que lui ne donne pas… et sa chair encore moins ! Lui n’a pas la prétention de descendre du ciel, et n’est pas très favorable à l’échelonnement éternel de mensualités de remboursements.
    Pour que le monde ait la vie, il lui faut être nourri. Si la foi ne saurait être ingérence, elle est nonobstant ingestion : le pain qu’on laisse de côté finit par se rassir… et retourner d’une certaine façon au ciel : seuls les oiseaux en veulent encore.
    Si le Boulanger est Unique, le monde ne l’est pas ! Afin de nourrir toute cette foule qui cherche Jésus [5], il convient de ne pas se satisfaire d’une seule Boulangerie. La proximité est aussi un facteur de fidélisation : il n’est pas très enthousiasmant d’effectuer des kilomètres pour aller chercher son pain. De même que celui-ci se multiplie [6], il faut bien multiplier les succursales. Mais toutes sont de la même enseigne : celle du Boulanger qui se donne [3]. Certes, toutes subissent la concurrence d’autres enseignes proposant un "produit" similaire… voire un "produit" complémentaire. Ce qui tombe bien : pour celles-ci, il faut en effet cotiser à une bonne mutuelle si l’on ne veut pas finir sur la paille. Certains de ces faux boulangers ont même tendance à trouver cette paille trop propre : on les reconnaît [7] à ce qu’ils ne laissent derrière eux que du fumier. Or, la demande du client ne consistait pas nécessairement à rechercher de l’engrais : au moins contribue-t-il à engraisser cet étrange "boulanger" qui se fait une spécialité dans la culture des mauvaises herbes…
 
    Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. Quand le Boulanger prend ainsi la peine de se donner en s’incarnant, Il sollicite autant nos sens charnels que notre esprit. Celui qui ne sollicite QUE notre esprit -ou inversement QUE notre chair- n’est qu’un pâle imitateur. Il est vrai que le "docteur" es fumier a trouvé la parade : il agit sur l’esprit par le corps. Il donne à la chair de son client tout ce qu’il faut pour qu’il n’ait plus la vie de l’esprit. Cette parade est d’autant plus insoupçonnable qu’elle s’accompagne parfois d’une amélioration notable –quoique très ponctuelle- de la vie de la chair. La "santé" est toujours très consensuelle, et ne choque personne : choque davantage celui qui émettrait quelques soupçons Pour cette peu recommandable personne (« ennemie de la santé » comme nous avons connu les « ennemis du peuple »), existe heureusement aussi la parade qui s’impose : un tel déni de la "santé" ne peut que "prouver" un déficit du même ordre. Haro sur le baudet ! À défaut de multiplier les pains et les poissons, une situation de ce genre contribue beaucoup à une étonnante multiplication d’ânes : avec le Dictionnaire de Sottises Monstrueuses [8], ils ont de quoi brouter… On peut ainsi vérifier les étonnantes vertus fertilisantes du fumier, cet ouvrage devenant inexorablement de plus en plus obèse à chacune de ses nouvelles éditions.
 
    Or, le BON pain ne fait pas grossir…