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mardi, 27 mai 2008

1+1=100… sinon, c’est sans.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,28-31.
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre, sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »

_____« Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Le suivre, c’est avant tout quitter ses richesses : non point tant le foyer, la télé couleur (voire l’écran de l’ordinateur !) ou la bagnole que le conformisme ambiant qui se rattache à tant de grands biens [1]. Le suivre n’oblige en rien à se retirer en ermite dans le fond d’une grotte, vêtu d’une peau de bête et sustenté de fruits sauvages ! À chacun sa voie, qui diffère d’une personne à l’autre. Ce que déteste précisément tout conformisme appelant moins à être vêtu d’une peau de bête que de se mettre DANS la peau d’une bête… le mouton étant assez tendance.
_____Quitter à cause de Lui et de l’Évangile une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père n’est certes pas troquer un conformisme contre un autre ! (Cependant, la tentation en reste permanente tant le goût du risque se partage moins communément que la peur et la lâcheté….) Si tel est le cas, c’est assez simple à vérifier : en ce temps déjà, on ne reçoit pas le centuple pour la bonne raison qu’on n’a pas réellement quitté maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres. Cerise sur le gâteau : on est bien avec des persécutions. Et quand on est avec, on n’est pas contre. Et pour cause, puisque –quoiqu'on s'en défende- on devient acteur de la persécution intérieure.[2] Dans le monde à venir, la vie éternelle est décidément pour plus tard : pas pressés d’être les derniers quand on se voulait les premiers!… Ne pas quitter son confort moral procède en effet non plus à contribuer à ce que vienne ce monde mais à le chasser du présent, soit en niant son existence soit en le projetant dans l’avenir : le plus loin possible. Si par définition nul avenir n’est écrit tant qu’il n’est pas accompli, [3] cet avenir n’est cependant plus celui qui s’inscrit dans les pensées de Dieu, mais dans celles des hommes. [4]

_____En ce temps déjà, on reçoit le centuple en fonction de ce qu’on a quitté. Des beaux discours pétris de bonnes intentions, il ne reste pas pierre sur pierre tant qu’ils masquent l’attachement obstiné et faussement rassurant à une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre. Terre d’une rive, dissuadant de toute traversée en direction de l’autre rive.[5] Sans doute faut-il avoir le pied marin pour accepter de tout quitter pour Le suivre… ou plus à portée de cœur : passer de la peur à l’amour,[6] de la tristesse stérile à la fécondité de la joie. Ce n’est pas pas tant sur notre conformité à l’amour de la loi que nous sommes jugés -que nous réglons NOS comptes ! [7]- mais à notre fidélité à la loi de l’amour qui l’éclaire de l’intérieur. Le degré de cette fidélité est le véritable baromètre de ce qu’on a quitté ou non. C’est la fidélité à Son nom qu’Il a donné en partage, pour qu’ils soient un, comme Eux-mêmes. [8] Là où le ciment de l’unité se révèle être du sable (granulat de précédentes constructions), les pierres de tout bâtiment –fusse-t-il des plus prestigieux- se disjoignent et menacent de s’écrouler : ce sable n’est-il pas aussi celui de la berge qu’on n’a pas quittée ? On reste ainsi rivé à la rive du risque zéro : question de degré, toujours… [9] Les premiers sont uns ; les derniers sont toujours les plus nuls… Un plus un font uns… sinon, c’est zéro [10] et l’on tourne en rond. [11] Même avec la renaissance [12] d’un très grand esprit d’enfance, une queue de Mickey au centuple finit par lasser !
_____Tout quitter pour Le suivre, ce n’est jamais que libérer la mouche qui s’est engluée dans la toile [13], qui se croit libre parce qu’elle peut encore s’y déplacer, mais qui ne peut plus se servir de ce que n’a pas le prédateur qui s’annonce dans l’ombre : des ailes. En ce temps déjà, la mouche libérée reçoit le centuple de la toile qu’elle quitte : n’apprécie-t-elle pas cent fois mieux sa liberté reconquise, s’éloignant de liens artificiels au profit de ceux –plus vastes- que lui offre la nature ?