18.07.2008

Salut ! Sabbat ? Ça crie, Fils !


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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 12,1-8. 
En ce temps-là, Jésus passait, un jour de sabbat, à travers les champs de blé, et ses disciples eurent faim ; ils se mirent à arracher des épis et à les manger. En voyant cela, les pharisiens lui dirent : « Voilà que tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire le jour du sabbat ! » Mais il leur répondit : « N'avez-vous pas lu ce que fit David, quand il eut faim, ainsi que ses compagnons ? Il entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l'offrande ; or, cela n'était permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement. Ou bien encore, n'avez-vous pas lu dans la Loi que le jour du sabbat, les prêtres, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute ? Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple. Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices, vous n'auriez pas condamné ceux qui n'ont commis aucune faute. Car le Fils de l'homme est maître du sabbat. »
 
    « Allez apprendre ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. »[1] « Si vous aviez compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices… » Ne nous gaussons pas trop vite des pharisiens : rappelons qu’aujourd’hui encore, cette parole reste à apprendre. Tout jugement –et a fortiori toute condamnation- présuppose la compréhension d’une situation donnée. Mais pour être juste, cette compréhensionse doit d’être impartiale, en trouvant l’équilibre entre le texte et le contexte. Ici, il est clair que les pharisiens brandissent le texte de la Loi relatif au sabbat pour l’opposer au contexte de disciples qui font ce qu'il n'est pas permis de faire : on reconnaît bien entendu cette tentation récurrente de l’amour de la loi à étouffer la loi de l’amour par des barrages d’interdits. [2] Les disciples ne commettent pourtant rien qui compromettent la Loi elle-même : ils ne font jamais qu’arracher quelques épis afin d’apaiser leur faim. Est-il permis de se laisser aller à l’inanition le jour du sabbat ? Si l’homme ne vit pas que de pain, il en vit tout de même un minimum… jour du sabbat compris. Et Loi non comprise, en dépit de la prétention contraire de ses plus fervents défenseurs. Au petit "scandale" dont s’offusquent ces derniers, le Fils de l'homme va leur en opposer un plus grand encore, qu’Il va puiser dans l’ancienne Alliance qui constitue leur Loi : quand il eut faim, ainsi que ses compagnons, David entra dans la maison de Dieu, et ils mangèrent les pains de l'offrande ; or, cela n'était permis ni à lui, ni à ses compagnons, mais aux prêtres seulement ! Ces prêtresqui, eux-mêmes, dans le Temple, manquent au repos du sabbat sans commettre aucune faute : quelqu’un les en a-t-il jamais condamnés ? Comme toujours, les pharisiens « filtrent le moucheron et avalent le chameau ». (Mt 23, 24)Les yeux rivés sur l’amour de la loi, ils la désincarnent en l’idéalisant par une prépondérance aux sacrifices. Soit l’application de la loi à la force du poignet, abstraction faite de toute faiblesse inhérente à une fragilité humaine soumise à ses contingences temporelles : sa misère, porte de la miséricorde. À  moins qu’il ne soit un ange, -et indépendamment de ses revenus !- la misère atteint chaque homme, qu’il soit disciple, compagnon, prêtreou pharisien. Qu’il l’accepte ou non est un autre problème, qui relève de la responsabilité de chacun, mais le fait est que cette misère prévaut sur l’amour de la loi stricto sensu. En conséquence, il y a ici plus grand que le Temple de la loi : celui du cœur de l'homme, où s’exerce la miséricorde par le Fils, maître du sabbat. N’est-il pas venu non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ? [3, note 8] Qui les pharisiens sauvent-ils en imposant un jeûne de l’extérieur afin de ne pas contrister la loi ? Ventre affamé n’a pas d’oreilles…
 
    Si la vraie liberté se trouve moins dans l’anarchie que dans le dépassement de la loi par ce qu’il y a de plus grand qu’elle, c’est précisément à la mesure de ce qu’elle rencontre la miséricorde. Seule cette miséricorde est de nature à faire trouver le repos, à rendre un joug plus facile à porter, et un fardeau, léger.[4] Ce qui ne dissuade nullement d’en rencontrer de pâles succédanés : à présent, il semble suffire de se "sentir bien" pour être convaincu d’être dans le bien et d’y gagner un surcroît de liberté comme de vérité, l’une n’allant pas sans l’autre en dépit de maintes affirmations d’essence positiviste qui n’ont guère été épargnées par l’usure du temps… et de l’expérience sur laquelle elles fondaient pourtant leur praxis. Se sentir "bien" –voire "mieux"- est naturellement la vocation de la santé. Or, il y a ici plus grand que la santé : toujours le désir de la miséricorde. En effet, on se souvient que l’expression de la miséricorde englobe certes la santé, mais n’en constitue que le signe : la partie la plus visible, intégrée dans une réalité plus vaste dénommée salut. [5]
    « Leur fausse conception du monde émousse la conscience de ceux qui se soumettent à leurs traitements, et, même s’ils se sentent « tellement mieux » après, elle les prive de leur vraie liberté. » [6, note 34] Que cette fausse conception soit largement partagée entre le praticien et son patient ne saurait avoir pour vertu de la rendre plus conforme à un réel qui les dépasse tous deux en largeur, en longueur, en hauteur et en profondeur.(Ep 3, 18) Même dans sa pratique traditionnelle, la médecine agit dans l’urgence : le soulagement immédiat de la souffrance. À cet effet, elle dispose de quoi en mesurer la largeur (dans l’étendue de ses symptômes), la longueur (depuis le début de sa manifestation jusqu’à son soulagement effectif) et un peu de sa hauteur quand elle parvient à en déceler l’origine physiologique et discerner le moyen adéquat destiné à prévenir la rechute. La profondeur, elle, n’appartient pas à son champ d’action parce qu’elle pénètre au cœur du salut. C’est là le templeintérieur de l'homme dont -hormis le Fils- il est le seul maître. Même d’origine organique, la douleur induit nécessairement une souffrance morale qui présente l’inconvénient majeur d’affaiblir la conscience du même nom, tant chez celui qui en est affecté que chez ses proches : avec la peur, l’inquiétude voire le sentiment diffus de culpabilité –justifié ou non-, le règne de l’émotion prend le pas sur celui de la raison. Aussi "habitué"puisse-t-il être, le praticien n’en est pas exempt. D’autant moins qu’on le soumet à une forte pression psychologique, celle d’une "obligation de résultat" : s’il y va de la santé de son patient, il ne saurait être totalement indifférent à sa réputation comme à sa carrière. Dans l’immédiateté envahissante des soins à apporter à autrui, c’est là sa seule vision à plus long terme : en cela, il se distingue nettement du prêtre qui, lui, inverse la perspective en se faisant le médiateur d’une vision élargie chez ses ouailles. C’est pourquoi –si la double affiliation « PIA »/ disciple de Jésus est déjà un non sens absolu et définitif [7]- celle de prêtre et de médecin "normal" requiert une vigilance de tous les instants afin que les deux fonctions restent suffisamment distinctes pour ne pas se confondre, risquant ainsi le glissement insidieux vers leur synthèse négative : le gourou. Inversement, cette distinction est aussi d’actualité chez le disciple laïc, médecin ou non ! Quand il réduit sa foi à une sorte de "thérapie" spirituelle, ses expressions comme autant de pieuses "médications" rassurantes, il s’ouvre à sa "santé" spirituelle et non plus au salut : le sien et celui de son prochain. Ce dernier point est particulièrement prégnant quant à ses conséquences sur soi comme sur les autres.
 
    S’ouvrir à sa "santé" spirituelle est le plus court chemin menant au souci [8] de sa "santé mentale". (Du reste, rien n’indique que ce dernier ne soit pas la cause de cette foi devenue crédopathe [9] : éternelle problématique de l’œuf et de la poule…) Parce que si personne n’a songé à inventer un "appareil spirituel" (sic !), il n’en va pas de même pour le modèle "psychique" qui revendique à lui tout seul de désigner l’esprit. [4, note 13] Outre qu’il repose sur un total sabbat de l’esprit à la pharisienne, un tel monopole ne saurait être neutre ni moralement ni spirituellement : d’où cette attention soutenue -qu’il porte depuis sa création- d’entretenir ce mythe puissamment ancré de sa pleine "autonomie" au regard des "autres" domaines de l’esprit ![10] Une telle pérennité du mythe ne saurait s’expliquer seulement par l’infectation[11] des esprits : comme toute idéologie, il ne survit que par la conformité de certains de ses éléments au réel. Ces éléments doivent être assez convaincants pour faire abstraction de la profonde dégénérescence morale et spirituelle qu’entraîne leur intégration dans le tout.
    Ainsi, au fil des décennies, l’étude de la psyché a ouvert des voies nouvelles de spéculations qui ont pu dévoiler certaines interactions commutatives entre l’esprit et le corps, approfondissant la symptomatologie médicale dans une orientation psychosomatique permettant avec succès de traiter certaines pathologies au moyen de méthodes moins agressives et plus efficaces pour l’organisme. La médaille a cependant son revers, l’interprétation psychosomatique pouvant parfois se retourner contre elle-même : prenons par exemple le cas d’une personne affectée d’une pathologie organique lambda… à laquelle s’ajoute une suspicion de "trouble psychique". Qu’on se l’avoue ou non, la vraie maladie va être attribuée à la fausse ! En dépit du simple bon sens, "l’urgence" va donc se porter davantage sur la "maladie" qui ne se voit pas au détriment de celle qui se voit : celle-ci ne va plus être traitée qu’à la manière d’un effet secondaire, la priorité étant accordée à ce qui en est consensuellement tenu pour la "source" ! Ceci est d’ailleurs la manière "thérapeutique" habituelle de procéder au sein de chenils [12] du type Philippe de Labriolle [13, note 18] : dans de tels établissements, les check-up organiques passent pour être superflus. Par ailleurs, et à condition de ne pas céder à l’inclination d’une perpétuelle introspection nombriliste, l’étude de la psyché a permis d’établir des liens réels entre d’anciens nœuds dits psychologiques se formant autour de blessures affectives refoulées et non résolues. La prise de conscience de ces nœuds permet souvent de s’en défaire et recouvrer ainsi une liberté qui était jusqu’alors auto-réfrénée. Ici aussi, la médaille a bien entendu son revers, une recherche égocentrique de ces blessures anciennes se motivant plus que de mesure dans l’esprit de justifier de nouvelles blessures infligées à autrui. C’est le vieil axiome "œil pour œil, dent pour dent" qui refait surface, maquillé sous une forme faussement neutre parce que d’apparence "sanitaire" : "on me fait souffrir, je fais souffrir". On y distingue moralement un esprit de vengeance, et spirituellement un fatalisme axé sur un déterminisme renfermant l’âme sur elle-même, lui brisant toute espérance de rédemption et d’ouverture à une situation plus positive. Ce déterminisme peut s’auto-alimenter… comme il peut émaner d’une ou plusieurs influences extérieures, peu encourageantes à l’éliminer. Dans tous les cas de figure, si l’on déniche en creux une explication cohérente à une situation comportementale fermée, ce n’est jamais là que l’explication d’un mécanisme psychologique et de rien d’autre. Rien n’atteste notamment que cette explication ne sera pas reçue comme ce qu’elle n’est pas : à savoir, la justification morale d’une attitude fondamentalement peccamineuse. Rien non plus n’attestera que le praticien lui-même ne sera pas enclin à entretenir cette ambiguïté, consciemment ou non, se faisant ainsi l’instrument d’une sorte d’absolution laïque figeant son patient dans son déterminisme au lieu de l’en extraire. Ce en quoi ce dernier montre d’ailleurs quelques prédispositions, cette demande "d’absolution" –formulée ou non- étant le signe d’un relâchement moral peu propice à un désir de redressement. L’alibi de la "santé" peut aussi fournir le prétexte à déserter tout combat spirituel… voire à le transférer sur un autre.
 
    Car s’ouvrir à sa "santé" spirituelle est le plus court chemin menant également au souci de la "santé mentale" de l’autre. Ici, le vernis moral est particulièrement soigné parce que nous atteignons un degré rare de forfaiture. S’il se sent « tellement mieux » après avoir chargé le "gentil docteur" de procéder à son insultation [4, note 5]sur un tiers, c’est au prix de trahisons en chaîne : le besoin impérieux de l’"autonomie" du "psychique" par rapport au spirituel est ici la carte maîtresse qui permet de faire passer en douceur des attitudes si profondément délictueuses qu’elle révulseraient instantanément en-dehors d’un contexte autre que "sanitaire". Il y a ici plus grand que le Temple de la santé : le temple intérieur du client spontané, pour commencer. Ce dernier abdique d’emblée sa liberté en faisant de sa vie intérieure elle-même un problème de "santé". Il en ouvre ainsi le parvis à un marchand du même ordre, faux professionnel de l’intérieur de l’autre et véritable berger mercenaire [14] lui-même introduit dans sa bergerie. La trahison s’opère donc en premier lieu à l’encontre de soi-même, ce qui est déjà moralement répréhensible. Ici nous ne sommes plus face à une souffrance organique, mais face à une souffrance morale. L’immédiateté envahissante des soins à apporter à autrui s’applique également ici, le « PIA » étant médecin. Face à lui s’exprime une souffrance résultant d’un relâchement moral et d’une désertion spirituelle inavouée : un joug difficile à porter, un fardeau lourd. C’est dire que toutes les conditions sont réunies pour que la cause désignée soit extérieure, afin de ne pas ajouter de la charge à un fardeau déjà pesant. Il y a là-bas plus grand que le Temple de la santé : le temple intérieur du tiers incriminé, pour continuer. La trahison s’extériorise en s’aggravant considérablement : elle s’opère cette fois à l’encontre d’un absent qui, lui, n’est pas demandeur mais dont on pille néanmoins la vie intérieure à son insu : c’est en quelque sorte lui imposer par la violence le berger mercenaire dans sa bergerie, après avoir émis des doutes appuyés quant à sa "santé mentale". C’est là un "argument" auquel ne saurait résister un "gentil docteur" prompt à soulager la souffrance qui se présente à lui. Plus cette souffrance semble intolérable, plus il va s’avérer indispensable de la tolérer… chez un autre. C’est ainsi que l’on met au monde les dahus "psychiques" [15, note 28] ! La violence à l’égard du candidat malgré lui se multiplie ici de façon exponentielle, l’objectif étant alors de resserrer progressivement l’étau "sanitaire" 350px-Attestation_de_Conformit%C3%A9_Sanitaire_(ACS)_ISB_Water%C2%A9.jpgautour de lui. Dans cette optique, le "secret médical" est aussi "secret" que Le "Dr" de Labriolle guérit ses patients, l’usage d’une très ancienne méthode –aussi incontrôlable qu’efficace- étant de mise pour établir le cordon ad hoc : la bonne vieille rumeur. « Bzzz, bzzz, bzzz : vous savez quoi ? Il paraît qu’Un(e) Tel(le) –qui semblait pourtant si gentil(le)- est un(e) épouvantable psychomachinchose. C’est Philippe qui l’a décelé(e), l’a dit à X qui l’a répété à Y qui a préféré m’en avertir sous le sceau du secret : on n’est jamais assez prudent… Surtout vous gardez ça pour vous, hein ?… » Dans une bonne ville moyenne, et avec les moyens de communication modernes, voilà un "secret médical" qui est de notoriété publique en moins d’une semaine ! Surtout quand le "gentil docteur" est une sommité locale aux entrées assurées dans les cercles bien-pensants…
 
    On parvient ainsi à des situations étonnantes : le "dahu" se trouve singulièrement seul et isolé au moment où se presse sur le parvis de son temple intérieur une foule impressionnante de pilleurs –brebis en-dehors et loups voraces au-dedans… assez reconnaissables à leurs fruits détestables [15]- prêts à se précipiter au premier signe de faiblesse. Lui, c’est la miséricorde qu’il désire ; eux penchent manifestement pour la procédure sacrificielle ! S’ils avaient compris ce que veut dire cette parole : C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices… » Ne nous gaussons pas trop vite des pharisiens : rappelons qu’aujourd’hui encore, cette parole reste à apprendre. Car l'homme –fût-il "psychiquement" diffamé- est maître de son esprit, sabbat et jours fériés compris. C’est dire qu’il ne saurait confondre "psychique" et spirituel d’une part, et d’autre part se laisser gentiment condamner par ceux qui croulent sous le gigantesque joug de fautes qu’ils ont commises contre lui. Depuis leur contribution personnelle à l’entretien du mythe de la "santé mentale", il semble que leur salut soit devenu le cadet de leurs soucis…
    Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples [4]… oui mais, les disciples de qui ? Ou de quoi ?
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17.07.2008

Dis bon joug au gentil doux cœur


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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11,28-30. 
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
 
    « Leur fausse conception du monde émousse la conscience de ceux qui se soumettent à leurs traitements, et, même s’ils se sentent « tellement mieux » après, elle les prive de leur vraie liberté. » [1, note 34] "Leurs traitements" sont bien entendu ceux des « PIA » "gentils docteurs" qui sont justement "gentils" à la mesure de ce que leurs clients spontanés se sentent "tellement mieux" après ! Ceux-là sont venus à lui, qui peinaient sous le poids du fardeau, et lui, il leur a procuré le repos. On conçoit qu’ils n’aient pas eu trop de difficulté à infiltrer l’Église, tant ils semblent incarner l’Évangile à la lettre avec une redoutable efficacité : comment imaginer un instant contredire ce qu’on incarne ? À condition, bien entendu, de ne voir dans l’Évangile qu’un gentillet code moral et strictement personnel, sorte de thérapie spirituelle destinée à se faire du bien à dessein de se consoler des malheurs du temps présent. Certes, au détour d’une phrase on peut y lire : tu aimeras ton prochain comme toi-même. [2] Ce qui tranche à peine avec notre sortie de "consultation". En effet, comme le repos procuré s’est effectué au prix de la privation de la liberté -démontrant un amour de soi fort relatif- aimer son prochain comme soi-même [3] va naturellement conduire à en réduire la liberté comme on en a réduit la sienne. L’intention n’est pas maligne puisqu’on désire au contraire lui en faire partager le fruit apparent : le repos procuré. [4] Ce qui tombe bien : on le trouve "fatigué" ces derniers temps… Le caractère scandaleux du mal objectif commis dans le cadre de l’insultation [5] –qui révulserait à juste titre hors de ce cadre- s’efface par auto-amnistie d’un contexte de "santé". Le mensonge est pourtant déjà présent à la racine, puisqu’une difficulté relationnelle n’a strictement rien de "médical" en soi. Qu’elle aie en aval des incidences de cet ordre est plausible, mais ne justifie en rien que l’amont en soit touché : ce n’est pas parce qu’une rivière est polluée que sa source l’est également. La justification "sanitaire"apporte simplement l’illusion de rendre le joug facile à porter, et le fardeau, léger.Ce, en recouvrant une situation radicalement irrationnelle –parce que reposant sur des émotions négatives telles que la peur et l’inquiétude- d’une fausse rationalité rassurante parce que se revêtant d’une sémantique d’ordre médical. Il est déjà naïf –et dangereux- de croire que l’on puisse résorber une situation conflictuelle au moyen de médicaments sur soi ; on devient dangereux pour le prochain en le contraignant à épouser cette logique sophistique jusque dans son corps, le fardeau étant léger chez soi parce que transféré chez lui.[6] C’est ainsi que l’on parvient à ce sommet inégalable d’aberration "médicale" : je souffre et c’est l’autre que l’on prétend  "soigner" ; je demande de l’aide, et on vole au secours… de l’autre ! Cette attitude n’a rien de médical -sinon un "traitement" qui ne pourra qu’être iatrogène- et tout de magique [7] : ce qui fonde la caractéristique essentielle de comportements superstitieux.[1, note 32]
 
    La Vérité vous rendra libres ! Or, toute vérité –en tout domaine- fait progresser la liberté. Il n’y a pas de santé qui tienne : quand bien même serait-elle le bien supérieur, elle se contredit elle-même en faisant régresser avec violence les libertés partout où elle s’immisce, et particulièrement dans les domaines qui ne la concernent pas. Quand c’est la santé qui dicte la loi [8] et compense l’abdication de sa liberté de pensée par un déluge de paroles et de slogans creux [9], les régimes totalitaires du XXe siècle finiront par passer pour "libéraux"… Dans l’esprit comme dans l’étymologie, nous sommes d’ailleurs face à un véritable fascisme médical, (dont les faisceaux se diffusent dans tous les corps, physiques comme intermédiaires) imposant son ordre, faisant l’unanimité parce que rimant avec santé, mot sidérant et magique qui se substitue à l’État tel que le concevait un Mussolini. Devenir ses disciples, c’est très exactement déraciner par la violence toute douceur et humilité de cœur dans les esprits comme dans les corps. Ce n’est plus même de la décadence morale, mais l’impitoyable éradication d’un bon grain auquel on substitue une culture intensive d’ivraie.
 
    Que la santé soit un instrument de pouvoir n’a rien de bouleversant en soi : c’est là une tentation qui saisit de tout temps celui qui en possède le savoir. Un Molière, par exemple, a assez tourné en dérision les médecins pontifiants de son époque. Ce pouvoir a cependant toujours trouvé ses limites dès lors qu’il se trouvait lui-même confronté à celles du corps : au pire parvenait-on à des erreurs parfois fatales de diagnostics, invitant les praticiens à plus de modestie sur leur savoir et leur pouvoir. Ces erreurs se limitent elles-mêmes à la personne concernée et son proche entourage par rebondissement. On se souvient de la guérison de l’hémorroïsse : elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état s’était empiré. (Mc 5, 21-43) [10] En dépit des fabuleux progrès de la VRAIE médecine, il n’est pas rare d’être encore confronté aujourd’hui à des situations analogues concernant d’autres pathologies organiques dont on n’a pas encore identifié de remède efficace : on connaît notamment l’étonnante faculté d’adaptation et de mutation de certains virus qui savent évoluer plus rapidement que la recherche, dont les servants jouent souvent la course contre la montre. Ici encore, les éclatantes victoires de la médecine sont tempérées par ses relatifs échecs.
 
    Tout s’inverse avec la "santé mentale". Cette invention offre une formidable revanche à tous ceux qui n’acceptent pas l’échec, tant à titre personnel que sur le plan social et médical. Bernard-l’ermite de la médecine, ils y sont d’autant plus aisément intégrés qu’ils sont du sérail, en connaissant la sémantique comme les modes opératoires. Ils sont donc insoupçonnables, de l’intérieur comme de l’extérieur… y compris de l’intérieur d’eux-mêmes ! La plupart ont en effet suivi cette orientation sans intention réllement maligne, soit qu’ils l’aient choisi par goût soit que d’autres filières ne leur aient pas été accessibles pour diverses raisons. Mais un soldat aussi peut s’engager dans une armée avec les meilleures intentions du monde, à commencer par la défense de la paix de la nation qu’il sert : il ne répond pas nécessairement à titre individuel de la politique offensive –voire dictatoriale- suivie par cette nation. Il n’en demeure pas moins que dans sa globalité, qu’il serve ou non une cause juste, un soldat suisse31193732844.jpgreste un soldat, son théâtre d’opérations étant extérieur, dans les limites géographiques de son pays ou non. Un médecin, lui, répond personnellement de la cause qu’il défend, son théâtre d’opérations étant à l’intérieur… de l’autre. C’est dire que s’il induit dans cet intérieur un désordre plus grand que celui qu’il a trouvé en arrivant (toujours Mc 5, 21-43 ou "ainsi l’état de cet homme est pire à la fin qu’au début" (Lc 11, 26)), il commet un acte qui trahit la déontologie médicale la plus élémentaire. Bien sûr, l’erreur est humaine et parfois irréparable ; au moins entretient-elle une certaine humilité tant qu’elle n’excède pas les limites de l’accidentel et permet au contraire d’envisager des corrections thérapeutiques plus constructives sur la base d’observations pragmatiques et vérifiables par les outils scientifiques appropriés : d’un mal, peut toujours surgir un plus grand bien tant que ce mal est reconnu comme tel.
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