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jeudi, 06 mars 2008

Blanche-Neige et les Certains


BN pomme empoisonnée.jpg
Il était une fois une très belle reine qui désirait avoir un enfant. Un jour froid d´hiver, elle était assise à une fenêtre dont le cadre était en bois noir d´ébène et cousait. En regardant tomber les flocons de neige, elle se piqua le doigt et quelques gouttes de sang tombèrent sur la neige. En voyant cela, elle se dit: "Ah ! Si j´avais un enfant, blanc comme la neige, rouge comme le sang et noir comme le bois d´ébène !"
Peu de temps après, elle accoucha d´une fille mais la reine ne survécut pas. Le roi faillit choir dans un profond trouble bipolaire, sans doute influencé par la température qui régnait dehors. Il se reprit et reprit simultanément une nouvelle épouse. Celle-ci était également très belle, mais elle était fière de sa santé et jalouse de celle de sa belle-fille surnommée Blanche-Neige. Elle possédait un miroir magique qui affirmait que c´était elle la femme du royaume qui affichait la santé la plus insolente.
Mais un jour funeste, le miroir affirma que c´était Blanche-Neige qui pétait le plus la forme. Elle demanda alors à un docteur de diagnostiquer l'enfant et de lui trouver une souffrance qu’elle ignorait. Le docteur n’eut pas besoin d’emmener l'adolescente dans les bois (contrairement à son prédécesseur chasseur). Car lui disposait d’une étonnante boule de cristal encore plus magique que le miroir de la reine : il lui permettait en effet de voir à l’intérieur de la tête de sa patiente ! Il n’eut donc pas besoin non plus de la laisser s'enfuir et de tromper la méchante reine en lui rapportant, par exemple, les poumons et le foie d'un marcassin. C’est que son diagnostic se suffisait à lui-même, attestant formellement de la dangerosité de la jeune princesse. Pour des raisons éminemment sanitaires, il devenait donc urgent qu’elle quitte dare-dare le château familial.
Alors qu'elle errait dans la forêt, Blanche-Neige découvrit une petite maison et y entra pour s'y reposer. Elle fit bientôt la connaissance des Certains, propriétaires des lieux. Après qu'elle leur eut expliqué son histoire, ceux-ci la prirent en compassion. Si le docteur a dit qu’elle était malade, c’est qu’elle l’est : ils en sont Certains. Elle put rester avec eux mais en échange, elle dut s´occuper de tenir la maison, de faire la cuisine… bref, tout ce qui ne sollicite pas trop ses fonctions cognitives de crainte qu’elle ne pétasse les plombs, ce qui serait un comble pour une princesse !
La méchante reine, apprenant grâce au miroir que Blanche-Neige était toujours en pleine forme, fomenta une nouvelle ruse afin de nuire à sa réputation sanitaire. Elle se déguisa en diseuse de bonne aventure : le pendant féminin du docteur. Frappant à la porte de la petite maison des Certains, c’est Blanche-Neige en personne qui lui ouvrit. Ses hôtes étaient partis chez l’apothicaire afin de lui trouver quelque concoction hallucinogène destinée à parer toute éventualité en ce sens. Il vaut mieux prévenir que guérir : ils en sont Certains. Blanche-Neige ouvrit donc l’huis et se trouva nez à nez avec une somptueuse pomme, appétissante à souhait. Coquine, la reine déguisée lui assura que ce fruit était non seulement délectable mais qu’il avait pour vertu de déclencher l’amour, voire de renouer avec les amours perdues. Quand on est une princesse esseulée, jolie comme un cœur et en pleine santé, voilà un argument qui porte ! Naturellement, elle n’a pas reconnu la reine, et elle ignorait que la belle pomme avait été évidée : en son cœur avait été logée une infâme pâte à base de champignons psychotropes, dont le secret de fabrication était transmis de docteur à docteur… et les dividendes d’apothicaire en apothicaire.
Pauvre Blanche-Neige : comment aurait-elle pu deviner que la pomme était empoisonnée ? Elle ne l’eût pas sitôt croquée qu’elle perdit tout à coup le contact avec le réel. Tout devint triste et glauque, elle n’eût plus goût à rien et n’aspirait qu’à mourir.
Bons princes (si l’on peut dire), les Certains se montrèrent compréhensifs : comme tous les habitants du royaume, ils savaient que ces malades sont comme les autres et doivent être soutenus. Par conséquent, afin de ne point contrister davantage leur charmante -mais déconcertante- invitée, ils suivirent ses aspirations : Ils la placèrent dans un cercueil en verre et l´exposèrent en haut d´une colline afin que toutes les créatures de la forêt puissent l´admirer.
Un prince passa par là, sans doute égaré au cours d’une chasse. Mais quelle étrange châsse trouva-t-il là ! Une très belle princesse -quoiqu’un tantinet tristounette- gisant dans un cercueil de verre. Avec l´autorisation des Certains, il décida de faire porter le cercueil dans son château. Mais en chemin, les porteurs trébuchèrent. Le cercueil tomba, et le choc fit sauter le morceau de pomme hors de la gorge de Blanche-Neige. Elle se réconcilia avec le réel, retrouva le sourire et la bonne humeur. Définitivement conquis, le prince décida de l´épouser. C’était donc vrai : la pomme avait bien la vertu de déclencher l’amour ! À condition de la recracher, bien sûr…
Loin de toute méchante reine et de tout docteur, ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants en pleine forme. (C’est que pour avoir beaucoup d’enfants, il y faut de la santé…)
À ce propos, il semblerait qu’apprenant cet heureux dénouement, la méchante reine soit devenue folle de rage. L’histoire se termine cependant bien pour elle aussi : elle aurait trouvé asile

(avec la contribution involontaire des frères Grimm…)

lundi, 14 janvier 2008

En route pour Raihël !

Dans_l_univers_des_jouets.png

Il était une fois un joli pays que l’on nommait Raihël, peuplé d’adorables créatures : les raihëliens et les raihëliennes.  Ils vivaient heureux dans leur beau pays : ils avaient plein de cubes de toutes les couleurs, des petits trains, des poupées, des ours en peluche et des petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. Pour la plupart, c’était de petits bonshommes tous ronds, au visage poupin. Pour eux, Raihël c’est jouer et compter jusqu’à dix. Les plus doués d’entre eux y parvenaient en 3 secondes chrono !

Quelques fois, on en voyait qui parvenaient à compter jusqu’à onze. Malheur à eux : ce chiffre n’existe pas au pays de Raihël. On sentait bien que ce n’était pas de la faute du coupable : aussi ne lui en voulait-on pas trop. Il existe d’autres créatures dans ce beau pays : ce sont des loups. Bien sûr, ils ne se présentent pas comme tels : ils feraient fuir les raihëliens. Aussi revêtent-ils en tout temps un joli petit costume de gentil docteur tout blanc. N’oublions pas que nous sommes à Raihël : par conséquent, ces docteurs ne savaient naturellement pas compter jusqu’à trente-trois. Mais ils le faisaient croire, afin de justifier leur présence en un lieu aussi insolite. Ils avaient construit de grandes maisons étudiées pour accueillir le récalcitrant ayant osé compter jusqu’à onze. Plus il dépassait ce chiffre, plus on le plaignait amèrement : c’était de moins en moins de sa faute. Il s’intéressait de moins en moins aux petits cubes, aux petits trains, aux poupées, aux ours en peluche et aux petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. Visiblement, il se déconnectait de Raihël.  Et ce n’était pas bien du tout !

Alors, on appelait le gentil docteur. Plus le rebelle savait compter loin, plus il voyait que le gentil docteurblouseblanche.jpgdocteur était un loup. Il tentait alors d’en aviser ses amis, ses frères et ses sœurs, mais tous ceux-ci ne le croyaient pas : c’est qu’ils ne comptaient que jusqu’à dix. Pour eux, Raihël c’est dix, un point c’est tout. Par conséquent, le docteur est un gentil docteur et le « malade » n’a plus toute sa tête pour s’en rendre compte : heureusement qu’il a autour de lui des tas de gens qui savent mieux que lui qu’un gentil docteur est un gentil docteur. Non mais ! Il est malade, et en plus il va nous faire un vilain caprice ? C’est vrai que les raihëliens aiment bien jouer au docteur : un bon raihëlien doit jouer au docteur sous peine d’aggraver sa « maladie ». C’est étrange, mais c’est comme ça : heureusement, ce n’est qu’un conte !

Les grandes maisons des gentils docteurs étaient très bien étudiées : elles comportaient des chambres différentes, selon le degré de la « maladie » de ses « invités ». Ceux qui comptaient jusqu’à onze, douze ou treize étaient bien soignés : le gentil docteur leur préparait un élixir magique, qui effaçait comme par enchantement les chiffres surnuméraires. Les plus chanceux d’entre eux pouvaient donc ressortir assez rapidement. Il y avait souvent des effets secondaires : ils avaient été tellement « guéris » qu’on en rencontrait parfois qui ne savaient plus compter que jusqu’à trois, et encore avec difficulté. Au moins était-on redevenu tranquille avec ceux-là : ils joueraient de nouveau avec leurs cubes sans embêter personne.

Il y avait cependant les cas plus rares : certains comptaient jusqu’à cinquante voire davantage. Intolérable au pays de Raihël ! Non seulement ils comptaient jusqu’à cinquante, mais ils ne voulaient plus jouer aux petits cubes, aux petits trains, aux poupées, aux ours en peluche et aux petites voitures télécommandées dont on n’avait jamais besoin de changer les piles. On cherchait alors à les forcer à jouer, mais ils refusaient en se mettant parfois en colère : de plus en plus intolérable… Ça va pas la tête, non ? Ils étaient donc réputés dangereux pour la bonne harmonie des raihëliens. Tout d’abord, la chambre que leur attribuait le gentil docteur était différente de celle des autres : pas question d’en sortir ! C’est qu’on risquerait de contaminer les autres « malades », non mais !  Ensuite, il n’y avait pas à discuter sur l’élixir magique : la dose maximale était requise. Le loup s’en léchait les babines, et louait la naïveté des raihëliens qui lui confiaient ainsi leur grand « malade ». Ce n’était pas de leur faute non plus : ils ne savaient compter que jusqu’à dix. Le loup aussi : il met donc le thermostat de son four à dix. Car il aime beaucoup « soigner » le « raihëlien ». Il paraît que c’est très bon quand c’est préparé sur un lit d’échalotes : un léger goût de mouton mâtiné d’un arrière-goût d’âne… surtout pour celui qui est venu se livrer de son plein gré au bon docteur.  C’est qu’à forte dose, son élixir magique a un effet surprenant : il transforme le « malade » en malade. Un coup de baguette magique et pfuit ! envolés les guillemets. Du coup, l’élixir se justifie d’autant plus : il faut soigner ça. On soigne tant et si bien que le malade est enfin guéri… et le four du loup enfin chaud. Les échalotes sont déjà disposées : tout va bien. Bien sûr, il va falloir expliquer aux survivants qu’il y a eu un « accident ». (Eh ! Ça n’arrive pas qu’aux autres !) Toujours déguisé en gentil docteur, le loup ne craint rien : très souvent, c’est « l’accident » qui va démontrer que le « malade » n’avait plus toute sa tête. S’il n’avait pas été « malade », il n’aurait pas été « accidenté », na !  On a vraiment tout essayé, mais le cas était désespéré. En tout cas, il est bien digéré… par le loup comme par la famille du plat, pardon du cas.

C’était un joli pays que Raihël… mais il va être difficile d’achever ce conte par « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». En effet, on finissait par s’y ennuyer : que faire quand on a fini de compter jusqu’à dix ? Que faire quand ceux qui plafonnent à trois se font de plus en plus nombreux ? Et puis les enfants en disparaissaient les uns après les autres. Les gentils docteurs devenaient de plus en plus dodus. Il y avait de moins en moins d’enfants et de plus en plus de gentils docteurs. Ils ont beau être gentils : un pays de docteurs finit par être triste…

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