14.04.2008

Attention au loup qui rend fou !

 1966534238.jpg
 
 
 
free music
 
 
Si vous n'avez pas peur de voir le loup, vous pouvez
cliquer sur la touche ı>
à gauche du lecteur : sacré Joe !
 
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 10,11-18.
« Je suis le bon pasteur, le vrai berger. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire, lui, n'est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas : s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse. Ce berger n'est qu'un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Le Père m'aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n'a pu me l'enlever : je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père. »
 
    Le lait pasteurisé se vend en packs de six : avec l’avènement de l’élevage bovin industriel, les litres coulent à flot. Décliné en de multiples conditionnements –tant en matière de contenant que de contenu- le lait est notre ami pour la vie.
    Notre Ami pour la Vie ? Il est le bon pasteur, le vrai berger. Il ne souffre ni écrémage ni conservateur. Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis : cela seul suffit à ne pas le confondre avec le grand méchant loup à qui les brebis donnent –de gré ou de force- leur vie ! Le berger mercenaire [1], lui, n'est pas le pasteur, car les brebis ne lui appartiennent pas : s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse. Mais qui donc est le loup pour le berger mercenaire ? Et d’abord, QUI est le le berger mercenaire ? En procédant par élimination, on sait déjà qu’il n'est pas le pasteur. S’il ne l’est pas, il ne donne pas sa vie pour "ses" brebis. Comment donnerait-il sa vie à des brebis qui ne lui appartiennent pas ? Comment donnerait-il sa vie à des brebis qui ne comptent pas vraiment pour lui ? (En revanche, il s’y entend mieux pour LES compter…[2])
 
    Tout jeu est une activité gratuite par définition : quelles que soient ses règles, elles constituent moins un absolu que des repères -destinés à harmoniser une saine atmosphère ludique- qui ne favorisent pas les uns au détriment des autres. Le tricheur brise naturellement cette harmonie : le plus subtil est celui qui la brise en manifestant l’intention de la renforcer. Soucieux que l’amour de la loi ne soit pas pris en défaut [3], il procède à la tonte de la loi de l’amour : le jeu en perd de sa gratuité, prenant une tournure "experte" [4]. Celui-là joue au loup… et à cache-cache : il s'enfuit. Ce n’est plus la fuite de la brebis qui s'est enfuie loin du voleur, car elle n’a pas reconnu la voix du pasteur [2], mais celle de la brebis qui a contrefait cette voix. Brebis devenue si "experte" en contrefaçon qu’elle s’est prise à son propre jeu. Les brebis ne lui appartiennent pas… tout simplement parce qu’elle est une des leurs ! Voyant venir le loup, il abandonne sa condition de brebis et s’enfuit ; le loup s’empare de sa VRAIE condition et la disperse. La brebis perd son unité, son nom : elle ne se reconnaît plus. Ayant tellement pris à cœur le respect des règles du jeu, elle en a oublié le fondement essentiel : le jeu le plus amusant est celui qui se joue à plusieurs, en équipe(s) ! Le solitaire a ses limites…. notamment celle de jouer CONTRE soi-même : effet miroir garanti [5]. Il voit venir le loup par "lycanthropie" ! L’homme devient un loup pour l’homme : c’est le berger mercenaire
 
    « La vie, j'ai le pouvoir de la prendre, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j'ai reçu de mon employeur. », telle est la nature de son contrat. En état de guerre, tout est permis : entrer dans la bergerie sans passer par la porte, escalader par un autre endroit[2], pourchasser les brebis qui, elles, jamais ne suivront un inconnu, s'enfuient loin de lui, car elles ne reconnaissent pas sa voix… Le droit parle pour le loup, contre la brebis. Si transgresser la loi de l’amour n’empêche pas le monde de marcher[6], cela ne l’empêche pas de voler ! Soutenue par les voleurs et les bandits fantassins, l’aviation pilonne les pâturages et disperse le troupeau. Jouer au loup nécessite davantage l’usage des chiffres que celui des lettres. Les bergers mercenaires : combien de divisions ?
 
    Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… mais comment ont-ils fait ? Ils ont… ils n’ont plus fait la guerre. Au lieu de pilonner, ils ont brisé la glace [7] : dans le seau à champagne qui scelle le cessez-le-feu, elle est meilleure que celle qui renvoie l’image d’un loup à une brebis. Si le loup se joue certes à plusieurs, il n’est qu’un jeu. C’est pour de rire : juste un masque de la vie... Dès que le jeu se fait sacré, les joueurs deviennent "sérieux" ; ce n’est pas sérieux ! Parce que cela devient trop triste, et la tristesse n’amuse personne. Sauf le "professionnel" [8], bien sûr : comme dirait le berger mercenaire, il faut bien vivre… Au fait : c’est qui le loup ? [9]

12.04.2008

Une indiscipline disciplinée

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,60-69.
Jésus avait dit dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.» Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s'écrièrent : « Ce qu'il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter ! » Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ?... C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »
 
    La loi de l’amour est une loi bien étrange : la transgresser n’empêche pas le monde de marcher, car elle ne s’exerce pas dans un tribunal de chair. Le monde continue de marcher, mais il marche sans lui. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » ? Intolérable pour beaucoup de ses disciples : on ne peut pas continuer à l'écouter ! Mais ils avaient entendu Beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Il n’y a JAMAIS d’ex-disciple, à partir du moment où il a entendu la doctrine de la bouche du Docteur. On veut faire de la discipline une contrainte, quand elle n’est que l’expression de la doctrine : les deux mots sont d’ailleurs de MÊME étymologie. Cette discipline est tellement peu contrainte que chacun en fait ce qu’il veut : il peut l’accepter ou la refuser, rester ou partir. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Jésus ne retient personne ! Mais quoiqu’il choisisse, un disciple RESTE un disciple. S’il ne choisit pas la porte d’entrée (« …personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père »), la sortie lui est grande ouverte.
 
    Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Il y a d’un côté ceux qui ne croyaient pas, et de l’autre celui qui le livrerait : il n’est pas écrit ceux qui ne croyaient pas, dont celui qui le livrerait. Celui qui le livre est ajouté à ceux qui ne croyaient pas. Il n’est donc pas de ceux qui s’en sont allés : « Ce qu'il dit là -au sein de ceux qui restent- est tolérable, on peut continuer à l'écouter ! » On continue, précisément parce qu’il est resté. C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. S’il est celui qui le livre, ce n’est plus l’esprit qui le fait vivre, mais la chair. Cela ne heurte personne… Au contraire, ce sera celui qui refusera de le livrer –jusqu’à s’en aller- qui sera suspect d’empêcher de voir le Fils de l'homme monter là où il était auparavant !…
    Si le pain qui descend du ciel constituait une sorte de blindage intérieur contre les aléas du monde, ce ne serait plus du pain mais de la potion magique.[1] Ce ne serait pas même de la magie blanche, en dépit de la couleur du pain. D’ailleurs, celui qui le livre le fait pour une bouchée de pain.[2] "L’assurance-vie" eucharistique se retourne immédiatement contre "l’assuré", le conduisant à des récriminations sur le Maître et ses disciples : étrange "communion" qui se fait source de désunions ! La chair n'est capable de rien : elle va même jusqu’à désincarner l’incarné. À croire qu’il y avait des réserves émises en tout petits caractères sur la "police d’assurance"…
 
    Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. Parmi vous : non en-dehors. Ceux de l’extérieur ne sauraient être suspectés de trahir des paroles contre lesquelles ils récriminent.[3][4] On ne trahit que la discipline préalablement acceptée. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Pour partir, il faut commencer par arriver ! Ne mangeant pas une seule bouchée de ce pain, comment celui-ci pourrait-il les condamner ? C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Et l’esprit ne se laisse pas enfermer : il n’a pas de frontières.
    Beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Cela n’enlève en rien leur qualité de disciples, mais au moins leur démarche est-elle cohérente. Davantage que celle des disciplesqui s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui tout en étant eux-mêmes convaincus d’être de ceux qui sont restés en marchant avec Lui. Marcher avec Lui ? C’est ne marcher QU’avec Lui : cela seul brûle le cœur [5]… Il y a sinon de quoi s’enrhumer : en avril, ne te découvre pas d’un fil.

07.04.2008

À consommer de préférence avant…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,22-29
Le lendemain, la foule restée sur l'autre rive du lac se rendit compte qu'il n'y avait eu là qu'une seule barque, et que Jésus n'y était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui. Cependant, d'autres barques, venant de Tibériade, étaient arrivées près de l'endroit où l'on avait mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce. La foule s'était aperçue que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus. Alors les gens prirent les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. L'ayant trouvé sur l'autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte. » Ils lui dirent alors : « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Jésus leur répondit : « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. »
 
    Après le vent[1] et la pluie -le temps à la Rantanplan- le beau temps à la Lucky Luke. Après le soleil se couchant sur une mer démontée, invitant prudemment la foule rassasiée[2] à rester sur l’autre rive du lac, l’astre du jour se lève sur le constat qu'une seule barque a eu l’audace de se lancer dans une traversée périlleuse. Jésus n’étant plus avec cette foule restée sur l'autre rive, soumise encore aux lois de ce monde, Il est nécessairement de l’autre côté. Or, voilà qu’Il n’était pas monté avec ses disciples, qui étaient partis sans lui ! Seraient-ils donc si indélicats, ces disciples qui partent ainsi sans attendre leur Maïtre ? Disciples peut-être… mais eux aussi sont toujours soumis aux lois de ce monde. Avec l’épreuve supplémentaire du disciple : le passage sur l’autre rive sous la tempête.
 
    Le lac apaisé, sa traversée est de nouveau envisageable par tous. Mais elle s’effectue dans l’autre sens : d'autres barques, venant de Tibériade, étaient arrivées près de l'endroit où l'on avait mangé le pain après que le Seigneur eut rendu grâce. Cet autre sens est celui d’une certaine nostalgie cultivée à un endroit et à un moment où les lois de ce monde étaient comme suspendues. C’est un regret du passé qui rend Jésus absent au présent : la foule s'était aperçue que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus.  Que faire pour Le retrouver, sinon Le chercher là où Il est réellement et non là où l’on VOUDRAIT qu’Il soit ? La loi de l’amour ne se laisse pas saisir ainsi. Alors les gens prirent les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus. Alors les gens reprirent la traversée, cette fois dans le BON sens. Certes, ce fut presque une promenade de santé si on la compare à l’épreuve qu’elle fut pour les disciples la veille au soir. Mais par l’absence de Jésus, tous ces gens ne viennent-ils pas de subir une tempête terrestre ? Selon son degré de proximité, chacun est marqué de l’empreinte du Fils de l’homme. N’est-ce pas précisément cette empreinte qui les pousse à la recherche d’un Jésus qui ne se trouve que sur l’autre rive ?
 
    Ils Le cherchent, non parce qu’ils ont vu des signes, mais parce qu’ils ont mangé du pain et qu’ils ont été rassasiés. En dépit de la multiplication des pains et des poissons, ce n’est pas un magicien qu’ils cherchent mais Celui qui est venu les rejoindre dans leur soumission aux lois de ce monde. Il ne leur a pas ôté cette soumission (inhérente à la condition humaine), mais satisfait leur besoin de nourriture qui se perd : ventre creux n’a pas d’oreilles ! Des oreilles, il en faut pour entendre cette invitation à ne pas travailler pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. Il ne s’agit pas de mépriser l’une au profit de l’autre, en prônant une acédie radicale : le Christ Lui-même a toujours fait honneur à la table de ses hôtes, Le faisant passer pour un « glouton et un ivrogne » ! (Lc 7, 34-35) Simplement, cette nourriture qui se perdne doit être considérée que comme le reflet de celle qui se garde, non comme un but en soi. Qu’elle se garde ou qu’elle se perde, cette nourriture s’établit sur celle qui se voit : le pain, le poisson, etc. Paradoxalement, l’Eucharistie n’a pas attendu la dernière Cène[3] pour s’incarner !… Elle s’inscrit en filigrane depuis un autre paradoxe : celui de quarante jours de jeûne, à l’issue desquels il nous est dit que « l’homme ne vit pas seulement de pain »(Lc 4, 4-5).
    Alors, que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? Se faire moine ou ermite ? Vendre sa boulangerie au plus offrant ? C’est là une logique qui répond à nouveau à la soumission aux lois de ce monde. « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. » Ce n’est pas la mer à boire ! Juste un "lac" à traverser… et à traverser dans le BON sens.
 
    Avec le "docteur", nous quittons le bon sens : n’est pas "expert" [4] de l’insensé qui veut ! S’il multiplie l’eau[5], ce n’est pas pour son plaisir sinon celui de nous la faire traverser : lui préfère demeurer sur la rive du lac. Courageux, mais pas téméraire. Officier à l’abri dans son QG blindé, mais surtout pas chair à canon sur le champ de bataille. Drôle de guerre : "défensive" comme il se doit. C’est que l’ennemi attaque de l’intérieur ! Tout beau temps lui est suspect : après le beau temps, la pluie. Tout fait "trouble".  La nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle ? Fin stratège, le « PIA » a vu clair dans le jeu de "l’ennemi" : ce dernier lance manifestement des grenades hallucinogènes ! Marqué de l’empreintede la bête, le "docteur" préfère ne pas laisser de traces sur la plage : c’est pourquoi il préfère l’élément liquide qui, lui, ne laisse pas d’empreintes. Plus il y aura d’eau, moins il y aura de terre ferme. Celle-ci lui est exclusivement réservée, donnant ainsi l’illusion que lui seul a les pieds sur terre. C’est bien connu : avoir les pieds sur terre, c’est être plein de bon sens !…
    Lui aussi incline sa clientèle à passer sur l’autre rive. Mais à la différence des gensqui peuvent aller d’une rive à l’autre de leur lac, le billet de ses "patients" a la particularité d’être à sens unique : tout contrevenant est verbalisé... dans tous les sens du terme. Prière de ne pas emprunter le sens interdit sous peine d’être arrêté, tout triste,[3] par l’agent de la circulation. Ce qui tombe bien : cet agent fait le bonheur ! En effet, il se penche avec "compassion" sur les malheurs des autres. Entre l’agent et les gens, il y a comme un a privatif : c’est que chez lui, le passage sur l’autre rivese fait parfois définitif, privant de fait le passager de tout espoir de retour. Mais après tout, nul n’est obligé de travailler aux œuvres du "docteur". Que faut-il faire pour ne pas s’y risquer ? Travailler aux œuvres de Dieu est un bon début… mais ce n’est qu’un début : si ce travail se concilie avec un autre qui s’y oppose, on s’aperçoit que Jésus n'est pas là, ni ses disciples non plus. Jésus n’est pas sur la même rive. Il est vrai que rien ne ressemble plus à une rive gauche qu’une rive droite…
    Pourtant, un détail est là qui fait la différence chez le "docteur". Lui transforme la nourriture qui se perd en nourriture qui se garde ! N’oublions pas que c’est un spécialiste de l’eau : il la trouble et la multiplie. C’est également un spécialiste du grand froid[5] ! Il est l’inventeur de la congélation spirituelle. Certes, elle garde la nourriture… mais PAS jusque dans la vie éternelle.
 
    « L'œuvre du singe de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. » C’est plutôt réussi, non ?

06.04.2008

L’Âge de glace 0°

 1122505354.jpg

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24,13-35.

    Après le vent[1] et la pluie -le temps à la Rantanplan- le beau temps à la Lucky Luke. Plus précisément le bon temps dans la liturgie : celui de la Résurrection. Et pourtant, c’est encore un flash back ! Cet Évangile est en effet mot pour mot celui d’il y a onze jours. En ce jour du Seigneur, la tentation est grande d’en faire un jour de repos… en se satisfaisant d’un lien redirigeant sur le commentaire du vingt-six mars. Ce qui, à la réflexion, consisterait à adopter une posture très exactement contraire à celle de nos deux disciples d’Emmaüs ! En effet, physiquement et moralement éprouvés tels qu’ils le sont, ne méritent-ils pas de se reposer après une telle marche et de telles émotions ? Eh bien non : ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem bien après qu’ils aient constaté que le soir approche et déjà le jour baisse. À cœur brûlant, rien d’impossible[2] !

    Alors, pourquoi cette réitération d’un même passage d’Évangile à quelques jours d’intervalle ? Sans doute parce que c’est un passage, justement : le franchissement d’un état à l’autre. Dans le contexte de la Résurrection, le passage (pascal) de la mort à la vie coule de source. Et ce passage ne sera jamais assez rappelé à nos cœurs lents à croire tout ce qu'ont dit les prophètes. Il prend ici un relief singulier, faisant écho à cette tumultueuse traversée d’un lac aussi noir[1] que le moral abattu de deux disciples allant respirer un air moins malsain à la campagne : après le franchissement liquide, le franchissement solide. Dans les deux cas, on se hâte avant la tombée du jour. Hier, l’arrivée sur la terre ferme de l’autre riverassurait les passagers. Aujourd’hui, c’est un peu le contraire : l’arrivée à Emmaüs décrit deux hommes apeurés par ce qu’ils ont vécu… malgré une "traversée" paisible depuis Jérusalem. Hier, déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints. Aujourd’hui, tandis qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux bien avant qu’il ne fasse nuit, le temps nécessaire à leur expliquer, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait. Ainsi, bien que le jour baisse, les voilà de plus en plus éclairés ! Imaginons l’invraisemblable : que les disciples parvenus au port de Capharnaüm remettent leur barque à l’eau et tentent la traversée dans l’autre sens, à leur point de départ. Étant donné la météo que nous connaissons, on aurait crié au casse-cou et à l’irresponsabilité : soulignons au passage que c’est très exactement la posture du « PIA » et de ses défenseurs, chacun ayant ensuite beau jeu d’invoquer le "mauvais temps" pour… noyer le poisson. Transposons ce même invraisemblable à nos disciples d’Emmaüs : eux seraient tranquillement restés dans leur village, gardant pour eux leur joie retrouvée ! Et leur cœur brûlant se serait refroidi… Au lieu de cela, c’est leur responsabilité qui a prévalu : celle de répondre à ce qu’ils venaient de recevoir… à Celui qu’ils venaient de REVOIR (leurs yeux s'ouvrirent) APRÈS L’avoir reçu.
    « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. » Le Seul à avoir VÉCU de l’intérieur ces événements est suspect de les ignorer ! Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L’obscurité de la tristesse ne se contente pas de figer : elle prétend en savoir plus long que celui qui est dans la lumière et la joie de la résurrection. Ce qui n’est pas sans rappeler des attitudes TRÈS contemporaines…

    « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route, et qu'il nous faisait comprendre les Écritures ? » A