19.05.2008

Pour ne pas céder sa peau aux possédés…

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9,14-29.
En rejoignant les autres disciples, ils virent une grande foule qui les entourait, et des scribes qui discutaient avec eux. Aussitôt qu'elle vit Jésus, toute la foule fut stupéfaite, et les gens accouraient pour le saluer. Il leur demanda : « De quoi discutez-vous avec eux ? » Un homme dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet ; cet esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette par terre, l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide. J'ai demandé à tes disciples d'expulser cet esprit, mais ils n'ont pas réussi. » Jésus leur dit : « Génération incroyante, combien de temps devrai-je rester auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le auprès de moi. » On l'amena auprès de lui. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant ; celui-ci tomba, il se roulait par terre en écumant. Jésus interrogea le père : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? » Il répondit : « Depuis sa petite enfance. Et souvent il l'a même jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu y peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous ! » Jésus reprit : « Pourquoi dire : 'Si tu peux'... ? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » Aussitôt le père de l'enfant s'écria : « Je crois ! Viens au secours de mon incroyance ! » Jésus, voyant que la foule s'attroupait, interpella vivement l'esprit mauvais : « Esprit qui rends muet et sourd, je te l'ordonne, sors de cet enfant et n'y rentre plus jamais ! » L'esprit poussa des cris, secoua violemment l'enfant et sortit. L'enfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » Mais Jésus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout. Quand Jésus fut rentré à la maison, seul avec ses disciples, ils l'interrogeaient en particulier : « Pourquoi est-ce que nous, nous n'avons pas pu l'expulser ? » Jésus leur répondit : « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière. »
 

    Étrange épisode que celui qui narre la mésaventure de ce fils possédé par un esprit qui le rend muet. Cet esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette par terre, l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide. Ce cas de possession présente bien des symptômes qui rappellent étrangement ceux de l’épilepsie. [1] Celle-ci est une pathologie neurologique : induite ou non par une possession, elle ne relève donc pas de la compétence de l’incompétent pédant que nous savons [2], mais du Seul et Unique Médecin de l’âme. En effet, les apparences épileptiques laissent assez entendre qu’elles sont moins les causes que les effets : « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière. »
    S’il ne s’était agi que de crise épileptique, les disciples auraient sans doute réussi là où ils ont échoué. Surtout, cette sévère invective de Jésus n’aurait pas eu lieu d’être : « Génération incroyante, combien de temps devrai-je rester auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le auprès de moi. » D’emblée, la racine du mal est nommée : elle est spirituelle. À cette époque bénie, on n’avait pas encore inventé la "santé mentale" qui allait mettre bas des pans entiers de civilisation : la tentation de recourir au "diagnostic" d’un trouble "psychique" attendra donc des jours plus favorables. Par conséquent, quand la racine d’un mal est donnée comme étant spirituelle, elle LE RESTE et n’est pas déguisée en une racine imaginaire propice à le maintenir et à le développer prodigieusement. Ici, à un diagnostic juste répond un remède efficace qui transite par un paradoxal état de langueur mortelle : L'enfant devint comme un cadavre, de sorte que tout le monde disait : « Il est mort. » De fait, il était spirituellement mort : l’esprit qui le possédait l’avait entièrement phagocyté, jusqu’à faire taire son propre esprit : c’est un esprit qui le rend muet. Les morts ne parlent pas. Ce silence n’est pas à confondre avec le silence de l’écoute : l’esprit est vivement interpellé comme rendant muet et sourd. Les morts n’entendent pas non plus. C’est à n’en pas douter un esprit de mort, puisqu’il va jusqu’à détourner des éléments de vie à son profit : et souvent il l'a même jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Cet esprit qui rend muet et sourd n’est lui-même pas sourd : autrement dit, il rend sourd à certaines paroles afin d’en privilégier d’autres. Les siennes, par exemple… d’autant qu’il est loin d’être muet, lui : l'esprit poussa des cris. Plus il vocifère, plus il couvre la Parole de vie. Il n’est pas aveugle non plus : dès qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant. Doué de tous les sens qu’il altère délibérément chez celui qu’il possède, cet esprit est manifestement de ceux qui envahissent ceux qui ne croient pas. Tout est possible en faveur de celui qui croit…et plus rien ne l’est en faveur de celui qui ne croit pas ou croit en des esprits mauvais.

    Ici, nous revenons au vingt-et-unième siècle avec un spécialiste mondial des esprits mauvais : dom Amorth.[3]. Comme on le sait, on retrouve chez lui tous les sophismes habituels qui nourrissent le mythe de la « nécessaire collaboration des servants du spi avec ceux du psy » [4] C’est bien dommage, parce que les symptômes décrits ci-dessus ne rappellent pas QUE ceux de l’épilepsie. On les distingue fort bien dans l’atmosphère nauséabonde qui règne autour d’un "diagnostic" de trouble "psychique". Une telle atmosphère fuit par essence toute racine spirituelle d’un mal : ne sachant pas y répondre, elle détourne cette racine en "psychique". Déjà, c’est un esprit qui le rend muet sur le plan spirituel ! Toute évocation de cet ordre le jette par terre, le fait écumer, grincer des dents et devenir tout raide dans des convictions incantatoires : il pousse des cris. Alerte à la "dangerosité" de celui qui le débusque ! L’esprit de la "santé mentale" (si tant est que l’on puisse encore qualifier cette engeance « d’esprit ») rend assurément muets et sourds  ceux qui y participent : « PVA » et « PIA ». Ils sont muets sur un "diagnostic" dont le "patient" peut ignorer jusqu’à l’identité de son auteur, même s’il la demande explicitement à son entourage ! Celui-ci est archi-sourd quand il s’agit d’accéder à cette demande : il avait l’ouïe beaucoup plus fine quand il s’agissait d’entendre un "diagnostic" qui flattait son conformisme moral !… Il est surtout sourd à toute objurgation d’ordre spirituel de la part d’un "souffrant" unilatéralement décrété "délirant" ou "incohérent" ! Le processus de la persécution intérieure [5] est en place. Grâce aux artifices sémantiques du « PIA », la patience du "patient" va être mise à rude épreuve. Son objectif ? Garder ses guillemets. L’objectif de son entourage ? Lui retirer. Toute cohérence manifestée par le "patient" devenant rapidement insupportable par le démenti cinglant de son pseudo-état de "santé", il convient d’être muet et sourd à ses arguments. Sauf quand il se met en colère face à une telle marée noire de stupidité : cela contribue à démontrer sa "dangerosité" ! Ainsi, notre "patient" va être odieusement possédé par un esprit qui le condamne à être muet « Je ne te crois pas ! Viens au secours de ma croyance… en acceptant le "diagnostic" ! » (sic), tel est le leitmotiv de l’entourage d’un "patient psychique" : l’exact opposé de celui qui est rapporté dans l’Évangile d’aujourd’hui. Est-ce si étonnant, sous le sceau d’une telle mauvaise foi ?

    Tout est possible en faveur de celui qui croit. Brouillant tous les repères spirituels en les déguisant en troubles "psychiques", les adorateurs de la "santé mentale" viennent tout rendre impossible en faveur de celui qui croit. Pourquoi est-ce que nous, nous n'avons pas pu les expulser ? Difficile de s’expulser soi-même, probablement… « Rien ne peut faire sortir cette espèce-là, sauf la prière. » La prière vers le VRAI  Père[6], est-il utile de le préciser ?

17.05.2008

L’homme en blanc n’est pas celui qu’on croit…

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9,2-13.
Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus. Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est heureux que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
En descendant de la montagne, Jésus leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. Et ils restèrent fermement attachés à cette consigne, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d'entre les morts ».
Ils l'interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d'abord ? » Jésus leur dit : « Certes, Élie viendra d'abord pour remettre tout en place. Mais alors, pourquoi l'Écriture dit-elle, au sujet du Fils de l'homme, qu'il souffrira beaucoup et sera méprisé ? Eh bien ! je vous le déclare : Élie est déjà venu, et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu, comme l'Écriture le dit à son sujet. »
 
    À l’ère de la société de consommation, on pourrait se demander si ce passage d’Évangile n’a pas été sponsorisé par une grande marque de détergents. Obtenir une blancheur pareille, des vêtements resplendissants : on songe davantage à des slogans publicitaires éculés qu’à une Transfiguration !
    Mais ici, il s’agit moins de nettoyage extérieur de linge sale que de purifier une poignée de disciples de leurs scories intérieures. À l’inverse du « PIA » qui isole socialement son "patient" pour le défigurer "psychiquement" [1] en l’emmenant, lui seul, dans les bas-fonds de son imaginaire pseudo-scientifique, Pierre, Jacques et Jean, sont emmenés, eux seuls, à l'écart sur une haute montagne. Élie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus. Non seulement Il n’est pas venu accomplir la loi sans l’abolir [2], mais Il va jusqu’à s’entretenir avec ceux qui l’ont établie !
 
    Ce qui n’est pas sans décontenancer Pierre, vivant précisément à l’époque où c’est la loi de Moïsequi prédomine. De fait, il ne savait que dire, tant était grande leur frayeur. Comme toujours, la peur est un indicateur : c’est quand elle devient le moteur de la réflexion et de l’action qu’elle se fait la marâtre de l’existence… [3] Il s’agit ici d’une GRANDE peur : une frayeur. C’est moins l’éblouissement de la Transfiguration que l’aveuglement de la peur qui va dicter la conduite de Pierre. Cette éclatante Transfiguration voudrait qu’en toute logique le cœur ne soit pas partagé : le Vrai prophète, c’est Lui, les autres ne faisant que L’annoncer. Une seule tente devrait donc suffire. Eh bien non ! « Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Sans le vouloir, Pierre annoncerait presque la Trinité !… Il annonce surtout qu’on peut avoir la Parole sous les yeux dans tout son éclat, et néanmoins être tenté de se rassurer avec des paroles jugées plus accessibles parce qu’exprimées par ceux qui ont établi la loi à laquelle on s’est habitué. On s’y est tellement habitué que leurs auteurs sont d’ailleurs parfaitement identifiés par Pierre. Élie leur apparut avec Moïse, et ils s'entretenaient avec Jésus. Avec Jésus, pas avec Pierre : ce dernier propose une tente personnalisée pour chacun, sans qu’ils lui aient été présentés. Il n’en demeure pas moins qu’il fait fausse route, improvisant un camping qui n’a pas lieu d’être : la Parole est une et indivisible. Et pour que ce message soit bien clair, survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le. » Celui-ci et non d’autres. Non que la parole de ces autres soit devenue caduque, mais elle est couverte de l’ombrede la Parole du seul et Unique Fils bien-aimé qui résume en Lui celles qui L’ont précédée. Tout ceci est entériné par la scène finale de la haute montagne : soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. Ce qui devrait éliminer définitivement la tentation de la dispersion !
 
    « Élie est déjà venu, et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu, comme l'Écriture le dit à son sujet. »Le nouvel Élie est aussi déjà venu. Lui aussi, ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu, comme l'Écriture le dit à son sujet. Et ils CONTINUENT de Lui faire ce qu’ils veulent : la foi n’est ni une opinion ni un "droit acquis" (sic). En fonction de cette foi –et des actes qu’elle promeut [4]- on peut feindre de Le suivre et rester fermement attaché à une consignehumaine, tout en se demandant entre nous ce que veut dire : « ressusciter d'entre les morts ».Et ceci deux mille ans après la Résurrection ! À cet effet, il suffit de se laisser distraire par l’approche d’une étrange "Trinité" qui couvre de son ombreglauque la Vraie Trinité : celle de Pathos [5], Thanatos [6] et Hermès [7] ! Grâce au mythe de la "santé mentale"[8] -qui nous invite à nous barricader à double tour, de crainte de rencontrer un lycanthrope[9] "psychique" à chaque coin de rue- la laïcité triomphante ressuscite la mythologie grecque. Ainsi, la "santé mentale" nous ramène à l’âge de Pierre : dresser plusieurs tentes se voulant indépendantes et complémentaires. Une "consultation" par ici, une "consultation" par là : déballage de son affaire [10] –quand ce n’est pas celle de l’autre[11]- dans la tente d’un autre. Dieu y retrouvera les siens… en éliminant d’abord les pépins.[12] Chez les "disciples" de ce mythe des temps nouveaux, Élie leur disparaît avec Moïse, et ils traquent avec une horripilante fausse compassion ceux qui osent encore s'entretenir avec Jésus. Maudits soient ces chevaux qui nous font du "déni de souffrance" en répugnant à jouer à l’âne [13] ou au cheval de bois [14] ! Chez ces "disciples" , ils ne savent que dire, tant est grande la frayeur que leur a distillée le "gentil docteur" sur un tiers. Dites que vous venez de voir passer en rase-mottes un vol groupé d’éléphants roses chantant la Marseillaise : si vous êtes médecin, ON VOUS CROIRA. Car il semblerait que ses vêtements soient resplendissants, d'une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille

16.05.2008

Le "docteur" a médit calmement, Jacques a dit sans médicament…

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,34-38.9,1.
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera. Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie ? Quelle somme pourrait-il verser en échange de sa vie ? Si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les anges. » Et il leur disait : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu venir avec puissance. »
 
    D’emblée, Jésus établit un lien formel entre celui qui a honte de Lui et de Ses paroles, et celui qui veut sauver sa vie, quitte à gagner à sa cause le monde entier. Celui-là ne renonce pas à lui-même, et bien qu’il prétende à Le suivre, sa croix lui est de plus en plus pesante. Celui qui veut sauver sa vie est constamment tenté d’alléger sa croix : c’est à cette croix qu’il renonce, non à lui-même. Il s’imagine se protéger lui-même en se protégeant de sa croix. La souffrance est souvent la ligne de démarcation qui opère une nette distinction entre celui qui prend sa croix en suivant le Christ et celui qui veut bien Le suivre… mais dans une version light. N’a-t-Il pas porté Sa Croix une bonne fois pour toutes, pour le salut de tous ? Toujours la tentation de se réfugier derrière une lecture arrangeante de l’ Évangile : puisque l’Écriture est accomplie, surtout n’y ajoutons rien ! C’est oublier la dernière parole prononcée sur cette Croix : Tout est accompli. (Jn 19, 30) [1], et non : Tout est fini. [2] Si tout était fini, inutile de marcher derrière Lui : ce serait le payer de sa vie en pure perte.
 
Lettre de saint Jacques 2,14-24.26.
Mes frères, si quelqu'un prétend avoir la foi, alors qu'il n'agit pas, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi ?  Supposons que l'un de nos frères ou l'une de nos sœurs n'aient pas de quoi s'habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l'un de vous leur dit : « Rentrez tranquillement chez vous ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » et si vous ne leur donnez pas ce que réclame leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, celui qui n'agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : « Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas ; moi, c'est par mes actes que je te montrerai ma foi. Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur. Pauvre homme, veux-tu une preuve que la foi sans les œuvres ne sert à rien ? Regarde Abraham notre père : Dieu a fait de lui un juste à cause de ses actes, quand il a offert sur l'autel son fils Isaac. Tu vois bien que sa foi était à l'œuvre avec ses actes, et ses actes ont rendu sa foi parfaite. Ainsi s'est accomplie la parole de l'Écriture : Abraham eut foi en Dieu, et de ce fait Dieu estima qu'il était juste, Vous le constatez : l'homme devient juste à cause de ses actes, et pas seulement par sa foi. En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte.
 
    Cette indication de l’apôtre Jacques ne laisse planer aucun doute : prétendre avoir la foi alors qu’on n’agit pas, c’est prétendre marcher derrière Lui sans prendre sa croix. Or, si elle est anormale dans tous les cas d’espèces, la souffrance est néanmoins le lieu privilégié du combat spirituel : elle en distingue le vrai du faux, les intentions de la volonté, les désertions et les acceptations de ce combat. La croix est l’objet d’une dialectique stérile qui la rend incompréhensible : celle du faux combat spirituel entre dolorisme et anti-dolorisme, matrice de toutes les désertions du vrai combat. Le dolorisme est une caricature de l’acceptation de la souffrance : il en est plus exactement une résignation fataliste. Il s’attache à normaliser la souffrance, jusqu’à cette extrémité qui peut conduire à la provoquer sur soi. C’est se donner l’illusion de faire agir sa foi, en prenant Jacques au pied de la lettre. C’est croire rendre sa foi parfaite en surenchérissant sur des œuvres de piété qui englobent une certaine complaisance à l’égard de la souffrance. C’est enfin croire que l’on a accepté la souffrance quand on n’a pas pris sa croix ! Ceci se vérifiera précisément dans les véritables œuvres qui répondront à cette attitude… Tournant résolument le dos au dolorisme, l’anti-dolorisme a au moins le mérite d’être plus limpide en matière de refus de porter sa croix ! Il est une hantise de la souffrance qui, lui aussi, peut conduire à multiplier des actes qui montreront moins la foi que le souci permanent de prévenir toute souffrance par l’application sur soi de baumes spirituels apaisants. Ce qui donne bonne conscience et par conséquent anesthésie la conscience, à commencer par la conscience de la souffrance. La porte s’ouvre ainsi à une multiplication exponentielle de la souffrance…
    Seule la croix donne sens à la souffrance. Ne pas prendre sa croix, est-ce bien refuser la souffrance ? N’est-ce pas plus précisément en refuser l’apparente absurdité ? Refuser la souffrance est en soi une absurdité : si elle attendait notre permission pour survenir, elle aurait disparu depuis longtemps ! (Même le doloriste le plus "éclairé" se serait lassé de présumer de cette permission.) Une souffrance qui a du sens est plus aisément acceptable qu’une autre qui n’en a pas : vient s’y greffer la notion de justice ou d’injustice. La souffrance inexplicable est perçue comme foncièrement injuste. Prendre sa croix est donc moins l’attitude du doloriste résigné que celle du disciple qui cherche sens à sa croix. La croix de l’autre, c’est l’affaire de l’autre.[3] Non qu’il faille décourager la compassion à son égard, mais charité bien ordonnée commence par soi-même : l’inquiétude pour la santé de l’autre relève des pensées des hommes [4], et fournit le prétexte douteux à entrer dans la bergerie sans passer par la porte.[5] Prendre sa croix et Le suivre n’implique nullement de se voir contraint de remplir à tout propos le rôle de Simon de Cyrène…
    Nous rejoignons ici les effets délétères de la dialectique dolorisme/anti-dolorisme : tous deux se rejoignent dans une œuvre commune : le transfert du sens de la souffrance. Qu’on en veuille ou non, la croix est toujours là. Ne pas la prendre, c’est moins nier son existence que la nier en tant que lieu privilégié du combat spirituel. Ne pas la prendre, c’est déplacer ce combat à l’extérieur en livrant sa croix à un autre : pur acte de désertion, dont le succès ne tient qu’à ses masques de "pigeon combattant".[6]
    Il existe deux façons de livrer sa croix à un autre. La plus commune est bien sûr d’attribuer la responsabilité de cette croix à l’autre : sans cet autre, on ne souffrirait pas ! Il est donc prié de "récupérer son bien". L’avènement du mythe de la "santé mentale" a permis l’émergence d’une seconde manière de livrer sa croix à un autre, plus subtile : l’autre va être non plus celui qui "fait souffrir" (enfin… moins immédiatement), mais celui qui est prié de donner sens à cette souffrance. Et c’est celui qui est réputé "faire souffrir" qui va être assimilé à la croix. À cet exercice, le souffrant gagne le monde entier à sa cause car il a les apparences pour lui.
 
    Certes, la médecine digne de ce nom donne sens à la souffrance. Pour lui donner sens, la meilleure méthode dont elle dispose est paradoxalement de l’apaiser, voire de l’éliminer. En effet, donner sens en amont à une souffrance, c’est en déterminer les causes. Ces causes étant identifiées, on peut agir avec succès sur les effets, en fonction des remèdes existants. Afin de remplir au mieux ces conditions, il convient donc de ne pas se fourvoyer sur les causes… et sur les compétences RÉELLES de la médecine. Quand ces compétences sont outrepassées, les "causes"qu’elle "décèle" deviennent les causes réelles de nouvelles souffrances dont la croissance va de pair avec l’absurdité. Ou la médecine est une science en constant devenir, épaulée par un outillage de réelle vérification, soucieuse d’apaiser voire d’éliminer la souffrance. Ou ses actes démontrent à eux seuls que le sens qu’elle donne à la souffrance est vicié à la base, parce qu’identifiée là où ELLE N’EST PAS. Là où doit être la médecine, elle apaise les souffrances ; là où elle n’a rien à faire, elle les augmente. La médecine n’est qu’organique, ou elle n’est pas. [7]
    L’invention de la souffrance "psychique" n’est que l’arme des lâches, déserteurs du combat spirituel qui est le leur. Elle vient apporter une fausse caution morale à la désertion en feignant d’ignorer le combat spirituel, le travestissant en "combat psychique" CHEZ CELUI qui refuse la désertion… et dont la résistance est un cinglant démenti au confort moral du déserteur ! Défenseur exclusif de ce dernier, le "médecin de l’âme" est aussi médecin qu’est "banquier" le voleur qui enfonce votre porte pour vous soutirer la combinaison de votre coffre-fort sous la menace de son arme. Lui aussi est armé : face à son artillerie, un P38 ferait presque figure de pistolet à bouchons. Son arsenal est impressionnant : il va de l’arme chimique [8] à l’arme atomique (atomisation eugénique) [9], en passant par l’arme psychologique [10]. Celle-ci se décline à l’extérieur par des manipulations de masses, et à l’intérieur par la pression psychologique intense exercée par l’entourage déserteur (appuyé au besoin par un "diagnostic par correspondance" (sic) digne d’un film d’épouvante !…) d’un non-déserteur prié d’endosser une défroque de "souffrant psychique". Celui-là souffre plus sûrement de l’ahurissante "crédopathie" [11] pseudo-médicale des siens ! Et ceci, il ne saurait S’EN "soigner"…
 
    Vous le constatez : l'homme devient juste à cause de ses actes, et pas seulement par sa foi. En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte. Le mythe de la "santé mentale" fait encore pire ! Il avilit tant et si bien l’intelligence humaine qu’il va jusqu’à pervertir la conscience de la souffrance en imaginant de toutes pièces des souffrances se voulant inconscientes : et pour cause, puisqu’ELLES N’EXISTENT PAS ! Ainsi, l'homme devient profondément injuste à cause de ses actes, et par sa foi en une médecine qui n’en est pas une. Cette foi stupide étouffe la vraie foi, qui ne respire plus. Non seulement la foi qui n'agit pas est morte, mais cette foi