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lundi, 21 avril 2008

Conduite sans permis, donc sans points

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14,21-26.
« Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui. » Jude lui demanda : « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde ? » Jésus dit alors à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

_____En dépit des commentaires qui ont pu précéder, L’Évangile ne saurait se réduire à un code de la route guidant un voyageur embrumé vers sa destination finale : la vie éternelle.[1] Dès lors, il suffirait à ce voyageur de rester fidèle aux commandements de ce code de la route, et à l’enseigne de sa station-service… voire de posséder une carte de fidélité aux couleurs de cette enseigne qui lui assure des points de bonus à chacune de ses visites, ainsi que des tarifs préférentiels. Ainsi, il ne passera plus dans cette station "par hasard"… Imaginons un instant qu’il en soit ainsi : afin que cela colle avec l’Évangile, le voyageur devrait se montrer particulièrement affectueux… avec la personne préposée à la caisse de la station. Pas trop gênant s’il s’agit d’une charmante demoiselle au sourire lumière dans l’obscurité… un peu plus s’il a affaire à un malabar doté d’un esprit un peu spartiate et d’une sensibilité à géométrie variable, tendance précipitations orageuses…

_____Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c'est celui-là qui m'aime. On peut d’ores et déjà ranger sa carte de fidélité : elle n’est d’aucune utilité ! L’amour ne s’encarte pas. Pourtant, avec tous ces points de bonus cumulés… « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! » [2] « Tu as cumulé tant de points de bonus, Philippe, et tu ne me connais pas ! » Qu’on les perde ou qu’on les gagne, la fidélité ne se mesure pas avec un permis à points. Elle est plus sûrement de l’ordre de la confiance accordée au GPS [3] Avec Celui-ci, plus besoin de s’encombrer de cartes routières apprises par cœur avant le départ. Le GPS ? Il est aujourd’hui clairement identifié : c’est le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Le GPS est un plus, mais Il n’est pas incontournable : on peut le brancher ou non, l’écouter ou non. Délivré par un "mauvais" fournisseur, il peut manquer de nuance en indiquant la voie la plus large… mais pas nécessairement la plus courte en temps et en distance ! En ce cas précis, ne pas lui faire une confiance absolue ne saurait être interprété comme un manquement aux commandements. Du reste le GPS est-il un conseiller, non le conducteur. Mais l’essayer, c’est l’adopter ; et supporter simultanément une voix qui, aussi charmante soit-elle, ne saurait voiler son aspect aussi synthétique que monocorde.
_____Le GPS qui nous intéresse diffère sur quelques points. Sa Voix se laisse recouvrir par la musique diffusée par l’auto-radio. Cette Voix n’est ni synthétique ni monocorde : Elle s’adapte au contraire à son récepteur. Elle ne s’impose pas dans l’habitacle intérieur, mais se propose à la mesure de l’attention qu’on Lui porte. Chez Lui, ne pas s’attendre au message « votre destination est proche ! » : ce ne serait pas nécessairement bon signe. Quant à entendre « vous êtes arrivé ! », cela indique assez un point de non-retour. Ce GPS étant somme toute assez discret, il n’interdit donc pas quelques erreurs d’inattention chez le conducteur. Même chevronné, nul n’est à l’abri d’un écart. On peut par exemple porter une attention soutenue à l’Évangile du jour, pousser l’outrecuidance jusqu’à le commenter quotidiennement sur un blog (!), et prendre une silhouette pour une autre [3]… Par conséquent, la "seconde chance" offerte à l’esprit fort –de type Thomas- qui pose ses conditions de suffisance (« Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. ») avant de s’engager dans le chemin était plus justement offerte à Philippe qu’à un Thomas perdu qui demandait simplement où se procurer son GPS.

_____Aujourd’hui, c’est un troisième disciple qui intervient : Jude. « Seigneur, pour quelle raison vas-tu te manifester à nous, et non pas au monde ? » « Seigneur, pourquoi nous fournir un GPS à nous, et non pas au monde ? » Cette question de Jude va plus loin que celle de ses deux condisciples : elle interroge moins sur le mode d’emploi que sur le mode de fonctionnement interne. Ici, pas de satellite : c’est l’amour qui est au cœur du programme. Ce GPS n’est pas une option supplémentaire : il n’est pas interchangeable parce qu’intégré au tableau de bord du conducteur. Il est surtout personnalisé en fonction des capacités de ce conducteur. Bien sûr, il ne déroge pas à la règle de l’interactivité. Mieux encore, il a un Cœur : moi aussi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui. Ce qui répond à la question de Jude : si un tel GPS est fourni d’origine à tout le monde, il ne saurait se manifester que sous certaines conditions qui n’ont que faire d’un chèque supplémentaire au concessionnaire. « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » L’amour ne se monnaie jamais : lui non plus n’a que faire de "professionnels"[4]. "Professionnaliser" un tel GPS, ce serait le mettre hors d’usage : autant envisager de demander à un « PIA » de vous "guider" à sa place !…

_____En revanche, le mode d’emploi est d’une simplicité enfantine : il suffit d’aimer, ce qui est à la portée du plus piètre conducteur. Cette condition étant remplie, aucune panne n’est à craindre du côté de l’Emetteur ; aucune fausse indication non plus : le GPS fonctionne encore, même si la batterie est à plat. Celui-là indique la voie la plus courte, en temps comme en distance : aussi ne rechigne-t-il pas à nous faire emprunter les voies les plus étroites… mais jamais les voies à sens unique. En prime –et toujours sans option-, il détecte les excès de vitesse comme les excès de lenteur. Il vient demeurer auprès du conducteur en affichant la carte du parcours sur son écran, mais jamais Il ne se substitue au conducteur. Ce dernier reste libre de ne pas "Le voir" : il est tellement plus "prudent" de regarder sa route… Pourtant, de même que beaucoup peuvent trouver leur demeure,[3] « nous irons demeurer auprès de lui. » Sous-entendu : « nous pouvons demeurer auprès de beaucoup ». L’amour se doit d’être commutatif, d’être une rencontre sur le chemin. Mais il ne fait pas la pluie et le beau temps ; en cas de brume épaisse, il ne lui appartient pas de la lever : tout au plus sait-il la signaler.
_____On peut ainsi se croiser sans se voir…

_____Et vous ? Avez-vous allumé vos feux antibrouillard ?…