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samedi, 05 avril 2008

Le monstre du lac noir

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,16-21.
Le soir venu, les disciples de Jésus descendirent au bord du lac. Ils s'embarquèrent pour gagner Capharnaüm, sur l'autre rive. Déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints.
Un grand vent se mit à souffler, et le lac devint houleux. Les disciples avaient ramé pendant cinq mille mètres environ, lorsqu'ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de crainte. Mais il leur dit : « C'est moi. Soyez sans crainte. » Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt, la barque atteignit le rivage à l'endroit où ils se rendaient.

_____La quiétude des hauteurs de la montagne n’a qu’un temps : les disciples de Jésus y ont trouvé de quoi apaiser leur faim, mais eux n’ont pas franchi le voile de la mort. Aussi belle soit-elle, toute journée de pique-nique doit trouver son achèvement : il y a un matin, il y a un soir. La vie continue : il faut donc descendre au bord du lac pour gagner l’autre rive. Jésus n’est pas un gourou qui vient dicter notre conduite à notre place. Il est le Chemin, mais Il n’est pas le véhicule qui s’engage sur ce Chemin. Déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints. Il faut allumer les phares par dessus le marché ! Il fait nuit, parce que la vie d’ici-bas comporte plus d’ombre que de lumière. Et cette lumière n’est totale que lorsque Jésus nous a rejoints.
_____L’ombre ne suffit pas : s’y ajoute un grand vent qui se met à souffler. « Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. »[1] Voilà qui n’est pas très rassurant : le lac devint houleux. Bigre : la tempête s’annonce, amenant son lot d’interrogations : pourquoi fait-elle tant de bruit ? D’où vient-elle ? Où va-t-elle ? Éternelles questions existentielles… Et elle s’annonce sur un élément ô combien instable : l’eau. L’eau, source de vie dans le baptême ou la nourriture [2]… ou redoutable ennemi quand elle se déchaîne en hautes vagues prêtes à vous engloutir. La vie n’est-elle justement pas constituée de ces vagues, avec ses creux et ses bosses ? Qu’est-ce qu’une vie sans vagues sinon une vie "installée" dans un certain farniente sur le bord du lac ? Déjà il faisait nuit. Pas très facile de bronzer la nuit : à cet effet, la quête du soleil est de mise [3].
_____Ces vagues, la vie vous charge de les affronter sous peine qu’elles vous engloutissent. Les disciples avaient ramé pendant cinq mille mètres environ. Il faut ramer (dans tous les sens du terme), parfois loin et longtemps. Et voilà que –selon le mot iconoclaste bien connu d’un certain humoriste-, Jésus invente le ski nautique ! Ce qui en soi est absurde, ce sport ne se pratiquant jamais aussi bien que sur une mer d’huile : bonne chance à celui qui s’y frotte sur un lac houleux. Inversement, irait-on s’adonner au surf sur une plage de Nice ? Ce serait du cinéma… Or donc, nos disciples -qui ont pour l’heure d’autres soucis que d’aller se distraire dans une salle obscure- n’en croient pas leurs yeux : ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Quand on sort de multiplier cinq pains et deux poissons pour satisfaire l’appétit d'environ cinq mille hommes [3], on peut bien marcher sur l’eau ! Pourtant, les disciples furent saisis de crainte. Au moins ne saurait-on leur reprocher de s’habituer aux signes de leur Maître, d’être eux-mêmes "installés" au-dessus de la mêlée des hommes : par vent fort, le disciple ne pratique pas davantage le parapente que le ski nautique. Seul le Maître est au-dessus du vent… et de l’eau : Il est le Maître des éléments, et n’a pas même besoin des artifices humains pour les dominer : laissons donc les skis au vestiaire ! Laissons même la barque, fragile esquif dans la tourmente : il suffit que Jésus rejoigne l’homme dans sa tempête en se rapprochant de lui, pour qu’elle atteigne le rivage à l’endroit où il se rend. « C'est moi. Soyez sans crainte. » C’est Lui : AVEC Lui, la tempête peut bien se déchaîner, Il nous fait atteindre la terre ferme de l'autre rive. Si l’évocation symbolique du franchissement de la mort a ici autant de souffle qu’un grand vent, elle ne concerne pas exclusivement la mort. La vie est un long fleuve tranquille : cela aussi, c’est du cinéma ! La vie est une succession de petites "morts", de combats que l’on mène ou non… de tempêtes, que l’on rame ou non.

_____L’Évangile se conjugue au PRÉSENT : il nous donne aujourd’hui rendez-vous avec les météorologues. Pauvres météorologues : aux aguets de tout ce qui se passe autour de la terre, on leur demande la lune ! Sujets inépuisables de plaisanteries portant sur leurs inévitables erreurs de prédictions, ils disposent pourtant d’un outillage technique de plus en plus performant, à même de limiter efficacement ces erreurs. « Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. »[1] En dépit de ces incontestables progrès techniques, le vent n’en fait parfois qu’à sa tête et va changer de direction au dernier moment, entraînant les anticyclones là où on ne les attendait pas. Pauvres météorologues : à se demander à quel point on n’exige pas inconsciemment d’eux d’être à l’affût de ce "dernier moment", qu’ils sont priés de déceler infailliblement. En d’autres termes, on leur demande de faire la pluie et le beau temps. Avec une préférence pour ce dernier, tant que le teint n’est pas assez hâlé ou le linge assez sec… [3]
_____Cette prédilection pour le beau temps n’est guère de nature à favoriser les passages sur l'autre rive par grand vent. Si on s’habitue aisément à une météo clémente, on s’entraîne moins spontanément à ramer dans la tempête. Quand celle-ci se fait trop violente, il est tentant d’apaiser sa crainte en voyant marcher sur la mer et se rapprocher de la barque un… météorologue. Non pas celui qui dispose d’un outillage technique de plus en plus performant, à même de limiter efficacement ses erreurs ; non pas un météorologue de l’extérieur, mais son ombre : à savoir, un météorologue de l’INTÉRIEUR ! Ses bulletins météo à lui n’ont aucune chance d’être diffusés après le journal télévisé de vingt heures : heure de trop grande écoute. Car ils traumatiseraient les âmes sensibles, ce météorologue étant en effet un météorologue de l’ÂME. Autant l’un est "spécialisé" dans le "beau temps", autant cet autre se délecte d’un temps de chien ! Il faut être fou pour sortir par un temps pareil… Il le faut en effet, car c’est UNIQUEMENT par ce temps que le filet se remplit à tout rompre. Un temps de chien : le temps de la BÊTE. Le seul rire perceptible est celui de la hyène rieuse. Déjà il fait nuit : un grand vent se met à souffler, et le lac devient houleux. AVIS permanent DE TEMPÊTE : l’autre rive… QUELLE autre rive ? « C'est moi. Soyez sans crainte. » De fait, ce n’est pas de votre faute, mais de celle de la tempête. Ce n’est pas votre tempête, mais celle de L’AUTRE. Ses disciples veulent le prendre dans la barque, mais aussitôt, la barque COULE. C’était bien la peine de ramer si longtemps pour en arriver là…
_____Le « PIA » ne se contente pas de jouer les sirènes (de détresse) : il fait aussi semblant de dominer les éléments, poussant le vice jusqu’à se passer de tout artifice humain à une exception : le surf. Plus les vagues sont grosses, plus il s’amuse : le beau temps l’indiffère totalement. Champion hors catégorie, il surfe sur les peurs des rameurs pris dans la tempête. Car ces peurs déclenchent des vents de panique : ceux-là, on sait D’OÙ ils viennent… et on sait qu’ils ne poussent guère sur l'autre rive. Une "bonne" tempête est une tempête qui dure et se développe : son seul "dernier moment" est celui de ceux qui s’y laissent noyer en ayant saisi une bouée… de PLOMB. Le mauvais temps, ce n’est de la faute de personne : c’est ainsi et il faut faire avec. Exactement comme certaines "maladies" de la météorologie de l’âme… Un VRAI météorologue qui prédit du mauvais temps à jet continu quand il fait beau devient très vite un ex-météorologue. Un météorologue de l’âme qui prédit du mauvais temps à jet continu quand il fait beau est assuré d’une totale impunité : ce n’est tout de même pas lui qui fait la pluie et le beau temps ! Non : lui ne fait que du VENT. Mieux encore, il accomplit des prodiges en singeant la multiplication des pains et des poissons [2] : lui n’est capable de multiplier que… l’eau. En effet, depuis une tempête dans un verre d’eau, il parvient à déclencher un grand vent sur un lac ! Monstre noir se déguisant en blanc, il déteste la clarté du jour. Toutes ses opérations de "sauvetage" se déroulent dans la pénombre : tout par derrière, rien par devant. Au nom même de ce "sauvetage", les poissons qu’il attrape sont priés de suivre son exemple : à aucun prix, le beau temps ne doit revenir. Point de miracle dans ce qui n’est qu’une imposture : il lui suffit de rester sur le rivage [2], de souffler sur un feu de braise (alimenté par les peurs des rameurs…) avec du poison posé dessus, et du pain rassis. « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'ose lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savent que c'est le "Docteur". Bon appétit les enfants
_____Et là, on préférerait que ce soit AUSSI du cinéma…

mardi, 01 avril 2008

Poisons d’avril

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3,7-15.
Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

_____L’Évangile nous transporte parfois sur les guinguettes des bords de Marne ! C’est que jour après jour, les flash-back ont des relents d’accordéon : un jour la Résurrection, le lendemain l’Annonciation, aujourd’hui de nouveau la résurrection. Mais ici –bien que le récit se situe avant la Passion-, cette résurrection est celle de tout homme de bonne volonté. De part en part, le Nouveau Testament est traversé par les relations orageuses entre Jésus et les pharisiens. Comme dans toute histoire où figurent des bons et des méchants, ceux-là s’incarnent plutôt sur ces pharisiens.
_____Pourtant, l’un des personnages les plus attachants de l’Évangile est un pharisien ! Nicodème se démarque discrètement de ses pairs : c’est pendant la nuit qu’il vient voir Jésus. (Jn 3, 2-3) Non qu’il aie peur du qu’en-dira-t-on ou du jugement de ses compères, mais parce qu’il reconnaît Jésus comme le Messie : par voie de conséquence, cet homme de foi chargé d'instruire Israël s’avoue dans la nuit de la foi ! Cette nuit sera même poussée jusqu’à son paroxysme puisqu’il sera le seul pharisien à accompagner Joseph d’Arimathie à la descente de la Croix. Combien devait-il se remémorer cette phrase : ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle !

_____Un premier avril, l’accent pourrait être porté sur le filet à poissons. Il le sera plus volontiers sur un autre filet : celui à papillons ! En bon prêtre expérimenté qu’il est, Nicodème pose à Jésus presque la MÊME question que celle de Marie à l’ange Gabriel : « Comment cela peut-il se faire ? » Presque, parce que lui n’est pas Marie : de par son parcours spirituel, il s’identifie plus spontanément à Zacharie. Par rapport au questionnement de Marie, on trouve ici une nuance de taille avec le peut-il : si la question est ouverte, elle reste néanmoins empreinte d’un certain doute. L’ouverture au possible de Nicodème n’est pas aussi absolue que celle de Marie. Il est vrai que l’annonciation qui lui est formulée n’est pas celle d’une naissance mais d’une RENAISSANCE, préfiguration d’une Résurrection qui n’a pas encore eu lieu : car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme.
_____Toute annonciation produit une parole ; tout verbe se fait chair. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" : cette formule fameuse d’Anaxagore (reprise beaucoup plus tard par Lavoisier) ne dément en rien que le verbe se fasse chair, quitte à transformer une chair existante en chair nouvelle, une chair "horizontale" en une chair "verticale". Rien de plus horizontal qu’une larve. Le papillon, lui, s’élève à la verticale. Le papillon était une larve. Il rampait : voilà qu’il vole ! Dans le ventre de sa mère, l’enfant est recroquevillé sur lui-même [2]. Sa naissance l’ouvre au monde, au large, à tous les possibles : le drame du rejet de cette naissance n’est justement que le résultat de la soumission rampante à l’impossible [1] d’adultes qui semblent avoir effectué le parcours inverse de celui du papillon… Tout se transforme, même dans l’autre sens : la chair nouvelle peut se faire chair à l’existence déniée. Quand le déni est là, le « PIA » n’est jamais très loin… Au-delà de la dialectique stérile (et pour cause) "pro-vie" "pro-choix" ("choix" de la mouche qui vient librement s’engluer dans la toile de l’araignée…), il s’agit surtout d’un déni fondamental de liberté qui trouve sa racine dans une inextricable toile d’impossibles : ne pas confondre la mouche avec l’araignée. Comme le papillon, la mouche était une larve : elle vole. C’est l’araignée qui lui brise cet élan. Certes, l’araignée s’élève à la verticale… mais ELLE NE VOLE PAS, sinon la vie des autres. L’araignée se fait passer pour un insecte, mais elle n’est PAS un insecte : c’est une prédatrice. Quand l’élan est brisé, se tisse un réseau serré de ces abattoirs des temps nouveaux : aseptisés, légaux, remboursés par la Sécurité (sic) sociale. Ils ne sont jamais que la partie visible d’autres abattoirs, au réseau non moins serré : ceux de l’avortement spirituel [3].
_____Nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Des seules choses de la terre, l’invraisemblable le plus inimaginable se fait vraisemblable sous nos yeux. Nous surnageons dans un véritable bain de culture d’impossible ! Nos descendants auront peine à croire que nous ayons survécu à cette profonde descente aux enfers. « Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges au point d’égarer même les élus, si c’était possible. » (Mt 24, 24-25) Les élus ne vivent pas dans une sphère céleste, isolée du monde ! Ils peuvent être égarés à la mesure de leur soumission à l’impossible du monde. Ils peuvent… et aujourd’hui, BEAUCOUP LE SONT. Il est assez piquant de voir s’agiter en tous sens des militants convaincus "pro-vie" qui sont les premiers à se coucher devant le pouvoir exorbitant du « PIA ». Il est profondément navrant d’apprendre que les autorités spirituelles de Lourdes réunissent [4] régulièrement des « PIA », comptant sur eux pour définir les critères nécessaires à reconnaître certaines guérisons miraculeuses !!!! À quand un des leurs sur le trône de Saint-Pierre ? Un Pape Instaurant l’Autisme ? Cela devient presque imaginable. Le cheval de Troie [5] n’est décidément pas qu’une légende…
_____Ne soyons pas étonnés s'il nous faut renaître : on ne saurait survivre longtemps dans un tel cloaque de confusion. Un militant convaincu ne convainc personne d’autre que lui-même : quand il place –d’abord en son cœur, puis dans les structures sociales, politiques et spirituelles- un faiseur de démons en lieu et place d’un apôtre de la miséricorde (!),TOUT devient possible… quitte à dépasser et bousculer l’entendement humain. Cet entendement n’est plus même celui d’une larve, mais d’un ver se repaissant de cadavres en putréfaction. Un tel militant n’est guère convaincant… ce qui est heureux !
_____Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. Le « PIA » fait table rase de tout ceci. Lui prétend savoir d'où il vient. Peu lui importe le vent : c’est lui qui souffle où il veut. Pis : muni de sa boule de cristal, il prétend savoir où il va. C’est ainsi qu’il fait d’êtres inoffensifs des fauves en puissance. C’est ainsi qu’il a obtenu le remplissage plénipotentiaire de bétail humain dans les stabulations [6] NON libres que nous devinons. Son témoignage (sic) jusque dans les prétoires de justice ne serait que sinistre farce de potache s’il n’était pas accepté. Prétendre "expertiser" un être VIVANT… y compris en son absence physique : on croit rêver !  Ce "rêve" est pourtant inscrit dans la loi, parmi bien d’autres cauchemars : quand on pense que certains se plaignent encore du manque de décrets d’application…

_____Il sera difficile de tomber plus bas : tout homme qui croit en la "médecine" du « PIA » obtient par lui la MORT spirituelle… et plus si affinités. La bête est là, qui ricane quand on la divinise. Elle n’a pas complètement tort : tout un troupeau qui fait le poirier [7] doit constituer un spectacle assez comique. La saison des poires s’annonce abondante…

_____Au son de l’accordéon, l’Annonciation continue…
André VERCHUREN - Joue Contre Joue - Valse .mp3
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dimanche, 30 mars 2008

La paix du ménage

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.
Ce même soir, le premier jour de la semaine, les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : «Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu.»
Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.

_____Il y a premier jour de la semaine de grand matin, et premier jour de la semaine le soir. Il y a un matin, il y a un soir. Le matin est le temps de l’éveil à la vie, de la Résurrection : le jour se lève, propice à l’espérance. Le soir est le temps de l’obscurité qui gagne, du visible qui se fait invisible : il est l’heure de se coucher. La fatigue du jour se fait sentir, propice à cette "petite mort" qu’est le sommeil. La Croix concilie le matin vertical au soir horizontal. Sans la Résurrection, c’est ce dernier qui l’emporte. La nuit fait peur : on se calfeutre chez soi en verrouillant les portes. Chez soi, c’est d’abord au milieu de nous-mêmes : dans notre cœur. Et IL est là ! Il est là, mais Il n’enfonce pas la porte : tant qu’elle est verrouillée (notamment par la peur), Il nous laisse en paix.
_____Cette paix n’est pas toujours la paix des braves : c’est plus souvent celle d’un cœur qui s’est refermé sur lui-même, ne la considérant que sous l’angle d’une absence de lutte. Dieu que l’on est bien chez soi, confortablement au chaud dans les pantoufles de ses certitudes…

_____La certitude du moment, c’est que nos disciples partagent ce qu’il y a de plus aisé au monde à partager : une trouille carabinée ! Leur Maître est mort, et ils se demandent s’ils ne sont pas dans la ligne de mire de ceux qui L’ont exécuté. Développée avec volupté, la vertu de prudence leur commande  de rester groupés et enfermés : à plusieurs, on se tient les coudes à défaut de se donner du courage. Si elle se conçoit, cette peur collective était-elle si inéluctable ? Hier encore, Marc nous précisait que lorsqu’ils entendirent qu'il était vivant et qu'elle l'avait vu, ils refusèrent de croire. La mort n’avait pas eu le dernier mot : ils le SAVAIENT, mais ils ne le croyaient pas. Seuls croyaient ceux qui avaient vu… et qui n’étaient pas crus. Par conséquent, les autres étaient cuits.
_____La certitude du moment –modèle pantoufle gauche grande taille-, c’est qu’il faut donc voir pour croire : « Parce que tu m'as vu, tu crois. » Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Envolée leur peur, chassée par leur foi ! Disons-le tout net : en vertu de ce à quoi ils étaient appelés, les disciples ont eu droit à ce qu’on appellerait aujourd’hui un traitement (sans guillemets…) de faveur. Le « PIA » n’existant pas encore, il fallait bien juguler cette marée montante de "troubles maniaco-dépressifs" avant l’heure. En vertu de ce à quoi ils étaient appelés, ils ont eu le droit de voir Le médecin de l’âme. Le VRAI, bien entendu : en dehors de lui, il n'y a pas de salut. [1]. La Sécurité sociale n’existant pas non plus, nos "patients" d’un soir n’ont pas eu à produire leur carte Vitale. Question vitalité, ils ont eu beaucoup mieux : le souffle de l’Esprit Saint ! Ce souffle-là envoie paître au loin tous les vents de panique. Mais de même que certains anciens modèles d’aspirateurs-traîneaux avaient un côté soufflant et l’autre aspirant, le Maître souffle et les disciples aspirent. Si le sac contient trop de poussière de peur, l’aspirateur s’obstrue et perd de son efficacité.
_____L’autre certitude du moment –même modèle de pantoufle (la droite, cette fois)-, c’est que la peur annihile la foi, que celle-ci ne se trouve que dans la joie. Autrement dit, témoignage de joie égale témoignage de foi ; témoignage de tristesse ou de peur égale témoignage d’incroyance. Ce qui est crédible… mais pas nécessairement sujet de foi ! « Nous avons vu le Seigneur ! » Donc, nous L’avons cru. Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. La "gémellité" de Thomas préfigure celle de tous les disciples à venir. Lui n’a pas vu : donc, la tentation de ne pas croire sera prégnante chez lui. La foi reste décidément un acte éminemment libre, puisque dans un premier temps, à dix contre un Thomas ne croira pas : il voit pourtant ceux qui ont vu et cru ! Il n’a pas cru parce que ceux-là sont de nouveau cuits ! En huit jours, l’aspirateur s’est en effet bouché… L’Esprit Saint n’est pas un "droit acquis" ni un gourou invisible. Il met Son doigt à l'endroit des clous qui blessent notre écoute, met Sa main dans le côté de l’aspirateur qui est bouché. C’est toujours le côté aspirant, jamais le soufflant. C’est à nous qu’il revient de vider le sac, pas à l’Esprit Saint ! Huit jours plus tard, les sacs sont pleins : les portes étaient verrouillées. Verrouillées avec un s. Esprit de solidarité des disciples autour de l’absent de la semaine précédente qui, SEUL, avait quelque motif de verrouiller SA "porte" ? En un sens, oui… pour peu qu’on dénomme "esprit de solidarité" l’esprit d’incroyance. Patatras : la belle certitude prend du plomb dans l’aile ! Serait-ce que la peur des Juifs aie repris le dessus ? De nouveau, Jésus répète : « La paix soit avec vous ! » Non pas : « La paix EST avec vous ! » Elle n’y était donc plus, ou était empoussiérée à tout le moins. Quelle est cette poussière si ce n’est celle de Thomas qui rejaillit sur ses compères ? Mesurer sa foi à ce qu’on voit, c’est prendre le risque de la diminuer en se fiant à celui qu’on voit et qui ne croit pas. À un contre dix, Thomas a eu raison de la foi de ses amis !

_____« Cesse d'être incrédule, sois croyant. » Thomas n’est pas incroyant : il est incrédule. Ce qui amène à une nouvelle paire de chaussons… modèle clown : il suffit d’être crédule pour être croyant ! Pourtant, il suffit de voir pour croire… que notre époque est friande d’une incroyance qui est à la mesure d’une crédulité sans bornes ! Croire encore au pouvoir de guérison (!) d’un « PIA », par exemple, c’est de la crédulité qui confine à d’autres épithètes en suffixe "té" et en préfixe "stup" : il existe des brigades pour cela… À la limite, il est moins pernicieux pour la santé de croire aux maisons hantées. La crédulité –ou son contraire- touche à ce qui se voit ; la foi –ou son contraire- concerne ce qui ne se voit pas : heureux ceux qui croient sans avoir vu. Ce qui ne signifie pas que ceux qui voient sont malheureux ! Thomas n’a pas été damné pour avoir vu. Il n’est saint que parce qu’il a cru. Moins que jamais, la foi ne dépend pas de la vision mais du regard [2]

samedi, 29 mars 2008

Proches et reproches

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 16,9-15.
Ressuscité de grand matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d'abord à Marie Madeleine, de laquelle il avait expulsé sept démons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s'affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent qu'il était vivant et qu'elle l'avait vu, ils refusèrent de croire. Après cela, il se manifesta sous un aspect inhabituel à deux d'entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ceux-ci revinrent l'annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu'ils étaient à table : il leur reprocha leur incrédulité et leur endurcissement parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité. Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. »

xxxxxxDrôle de cinéma : il présente les bandes-annonces en fin de séance. Drôles de bandes-annonces : elles présentent le film suivant, dont le scénario appartient au spectateur…[1]

Marc est réputé le plus concis des quatre Évangélistes. À lui revenait tout naturellement le privilège de "tourner" la bande-annonce "après le film" ! En quelques lignes, nous retrouvons les différents protagonistes qui animaient les récits de ces derniers jours : Marie Madeleine [2], les disciples d’Emmaüs [3], puis les autre disciples. Si Marc ne contredit nullement ses deux compères, lui porte l’accent sur la difficulté de la transmission du témoignage qui se fait jour dès le grand matin de la Résurrection. Être témoin direct n’apporte en rien le privilège d’être plus crédible : si la foi est transmissible, elle reste néanmoins libre, et ne va pas violer un cœur fermé par l’affliction et les pleurs. Ceux-là peuvent assouplir, comme ils peuvent durcir : rien n’est joué d’avance. Par ailleurs, le témoin ternit nécessairement le message : il n’est qu’un vase d’argile contenant un trésor. Même absoutes par les réparations, ses imperfections passées restent inscrites dans son présent : ainsi nous est-il précisé que Jésus avait expulsé sept démons de Marie Madeleine ! Ce qui la rend plus proche de nous, dans cette fragilité humaine qui incline à nous laisser posséder par bien des idoles : moins que jamais, les disciples de Jésus ne portent d’auréole au berceau. Pas moins que d’autres ne sont-ils exempts d’incrédulité et d’endurcissement.

xxxxxxCe qui est plutôt rassurant pour les témoins plus indirects, appelés par définition à être infiniment plus nombreux : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » La foi n’est pas question de contemporanéité avec le Christ, mais de L’accueillir dans Son présent !

vendredi, 28 mars 2008

Avis d’ouverture de la pêche

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 21,1-14.
Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment. Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m'en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau. Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n'était qu'à une centaine de mètres.
En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. » Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu'à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s'était pas déchiré. Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus s'approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.
C'était la troisième fois que Jésus ressuscité d'entre les morts se manifestait à ses disciples.
 
    « Jésus-Christ aurait pu tout simplement retourner à son travail de charpentier s’il avait suivi les traitements psychiatriques modernes. » (William Sargant, 1974.) Et ses disciplesattendraient toujours que le ressuscité d’entre les morts se manifeste à eux ! Quelle que soit sa confession, le chrétien d’aujourd’hui est confronté à un choix : celui de la Résurrection… ou celui de la "santé mentale". Ce choix est loin d’être anodin : il est celui qui s’opère entre l’amour et la DISPARITION de l’amour. De même que l’on peut passer la nuit sans rien prendre, on peut passer une vie entière à tenir de beaux discours sur l’amour, à agir au nom de l’amour, on peut n’avoir RIEN sur soi. Nous sommes jugés sur l’amour en actes, non en paroles : seuls les actes s’incarnent. Les enfers que nous construisons sont moins les produits de la haine et de la violence que ceux des amours dévoyées parce que désincarnées… ou trop incarnées (!) : c’est quand elles montrent leur vrai visage que se produit la violence, fruit direct d’amères désillusions. La "santé mentale" est pire qu’une illusion : c’est une idolâtrie mielleuse qui vient se substituer à la religion de l’amour (ce qui devrait être un pléonasme !). Elle n’est que l’ultime avatar du serpent : « vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » (Gn 3, 5-6). [ «La réinterprétation et finalement l’éradication du concept du bien et du mal sont l’objectif de toute psychothérapie. » (Brock Chisholm, 1945.) ] La "thérapie" devenant le véhicule d’une politique –car c’est une politique- de destruction systématique de la santé : il sera difficile de sombrer plus bas. Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas d’une "perversion de la doctrine initiale". On a usé cet argument jusqu’à la corde avec d’autres idéologies, afin de légitimer leur existence. Les citations ci-dessus (et nombre d’autres) émanent des pères spirituels de nos modernes « PIA »… La "santé mentale" tourne le dos à l’amour par ESSENCE. L’amour est pur don : il est un lieu de combat spirituel contre tout ce qui le trouble… avec ou sans guillemets. Ce combat est personnel : le transférer sur un "professionnel" n’est ni plus ni moins qu’un acte de désertion… et une capitulation assurée DANS LES DEUX CAMPS. En atteste encore cette semaine consacrée à l’étendue d’un véritable désastre sur un champ de bataille où gisent, confondus, vainqueurs et vaincus. Parce que l’amour est pur don, il ne se MONNAIE pas (avec ou sans remboursement par la Sécurité sociale…). Par conséquent, le "professionnel" de l’amour est soit un proxénète, soit une vue de l’esprit. Dans tous les cas, il entraîne dans sa chute ceux qui lui font aveuglément confiance : ceux qui lui livrent la bouche en cœur les armes de LEUR combat spirituel… témoins de la Résurrection compris !!! C’est toujours le cheval de Troie
    Où a-t-on été chercher que l’intelligence de l’amour s’enseignait à la Faculté… de médecine ou autre ? Où a-t-on été inventer que cette intelligence se sanctionnait par des diplômes, aussi prestigieux soient-ils ? Au mieux, l’Université ne sait former qu’à l’amour de l’intelligence : même la théologie ne fait pas exception en la matière. L’intelligence de l’amour n’est pas réservée à une sorte d’élite triée sur le volet : elle est accessible à tous ceux dont la foi se recentre sur la Résurrection. Ils ont le droit d’être universitaires, commerçants, charpentiers… ou pêcheurs.
 
    C'était la troisième fois… Elle était nécessaire, cette troisième fois ! Si Jésus était retourné à son travail de charpentier, pas besoin de traitement pour que les disciples retournent au leur. Chacun son métier : eux sont effectivement pêcheurs. Après tout ce qu’ils ont vécu, après avoir côtoyé le Messie durant trois ans, après les affres de la Passion, ils ont besoin de se rassurer avec ce qui leur reste et qui est à leur portée : le professionnel. (Le professionnela toujours eu des vertus rassurantes : cela ne date pas d’hier… et ce filon est fort bien exploité par qui nous savons. C’est même l’une des principales raisons qui explique le succès des "professionnels" de la "santé mentale", en dépit de l’irrationalité monstrueuse de leurs "thérapies"…) Et puis la Résurrection ne s’incarne pas –pas encore- dans ces disciples : il faut bien vivre et assurer ses contingences… ce qui est souvent un parfait alibi pour FUIR le combat spirituel. Les disciples ne sont pas exempts de cette fuite : presque tous ont abandonné le navire aux heures sombres de la Passion de leur Capitaine. Tous… sauf le disciple que Jésus aimait. « C'est le Seigneur ! » Il est le premier à Le reconnaître. Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade. Il est heureux que nous ayons cette précision géographique. On pourrait en effet croire qu’ils se sont trompés de lac en allant pêcher plus au sud, sur la Mer Morte : ils passèrent la nuit sans rien prendre ! Le lac de Tibériade est pourtant réputé poissonneux : il l’est toujours aujourd’hui, comme il l’était du temps de la prédication de Jésus.
    Pourtant, nos disciples rentrent bredouilles. « Je m'en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Le chef des Apôtres entraîne à sa suite les disciples dans ce qu’il faut bien considérer comme un retour en arrière : n’ont-ils pas été constitués de leur plein gré « pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17-18) sur ces mêmes lieux ? Un retour en arrière signifie donc pour eux un déni : choisir le Seigneur, c’est pêcher pour Lui, non plus pour soi. Dans le cas contraire, c’est s’exposer à un filet vide. Les professionnels de la pêche savent que celle-ci est plus abondante quand elle est pratiquée la nuit sur le lac de Tibériade. (L’auteur de ces lignes a pourtant assisté en direct à une pêche –toujours au filet- qualifiée d’exceptionnelle, voire "miraculeuse" sur ce même lac : c’était en été 2005, et il était trois heures… de l’après-midi ! Un grand moment, en un tel endroit.)

 
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    La nuit, c’est aussi bien sûr le symbole de la foi, vulnérable sur des eaux parfois tumultueuses. On remarque d’ailleurs que Jésus Ressucité ne va plus SUR ce lac, mais reste sur le rivage. Ayant franchi la mort, Il peut désormais appeler ceux qui naviguent encore en ce monde. Ce n’est pas une convocation indiscutable, mais un appel empreint d’une ineffable tendresse : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Voilà précisément à qui l’intelligence de l’amour est rendue accessible : à ceux qui gardent leur esprit d’enfance comme un trésor. (La Résurrection est affaire trop sérieuse pour être confiée aux gens "sérieux"…) Ces enfants-là n’ont pas de poisson, Jésus le sait bien : c’est qu’ils pêchaient SANS Lui. Ils pêchaient dans un esprit de résignation et de mort, dans la "mer Morte" ! Professionnels ou non, dans un tel climat ils sont nus face à l’adversité : quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau. Dès que le Seigneur est là, l’eau –symbole de danger et de mort- redevient celle du baptême, source de vie en abondance : on peut bien s’y jeter ! Le Seigneur est justement reconnu là où Il vient remplir l’échec humain : Sa Résurrection l’emporte dorénavant sur toute contrariété présente et à venir. Tous y ont part : le filet ne se déchirera pas !
    Jésus s'approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson. C’est toujours Jésus qui s’approche, qui nous appelle là où nous en sommes. Quel que soit le degré de nos chutes, Il souffle sur nos cendres afin d’en dégager un feu de braise. C’est encore Lui qui nous remet sur la voie ; non sans nous assurer de notre subsistance : du pain et du poisson. Un poisson ne se noie pas dans les eaux de la vie. La seule "profession" qui nous incombe est une profession de foi, dans la grâce eucharistique.
 
 
P.S. Cent cinquante-trois poissons ! L’ Évangile ne s’embarrasse pas de fioritures. Certes, ce chiffre indique une quantité appréciable. Mais 152 ou 154 produiraient un effet similaire. Alors, pourquoi EXACTEMENT 153 ? (Merci d’avance au lecteur plus éclairé sur la question !) Sachant que, sauf erreur de calcul, sept disciples sont présents, doit-on encore compter l’âge du Capitaine puisqu’Il est Ressuscité… donc éternellement Jeune ?

jeudi, 27 mars 2008

Avis de fermeture de la chasse

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24,35-48.
À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment ils l'avaient reconnu quand il avait rompu le pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d'eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Il conclut : « C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins.

_____Et ces témoins se succèdent depuis lors, de génération en génération : chacun raconte ce qui se passe sur sa route, comment il Le reconnaît quand il rompt le pain. Le pain a ceci de particulier qu’il appartient à la nourriture incontournable du quotidien : fruit de la terre et du travail des hommes. Un monde sans pain serait un monde sans vie.
_____La Vie surpasse la vie : la Résurrection dépasse l’Histoire… MAIS elle reste inscrite DANS l’Histoire. De même que cette dernière peut être falsifiée, la Résurrection peut également l’être. Et ceci n’est pas le privilège de ceux qui n’y croient pas : n’y pas croire, est-ce ne pas prêter foi à la Résurrection elle-même… ou à la façon dont la racontent ceux qui en sont les témoins ?… Inscrire la Résurrection exclusivement en-dehors de l’Histoire, n’est-ce pas déjà lui porter atteinte ? C’est pourtant ce qu’un certain courant théologique a longtemps enseigné dans les séminaires. Souci de "pureté" : ne pas "salir" cet événement hors du commun avec l’esprit du monde ? La Résurrection est "pur acte de foi" : inaccessible à nos sens sous peine d’être altérée, réduite à une sorte de réanimation humaine. La question est à présent de savoir si un morceau de poisson grillé est également inaccessible à nos sens… « Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. » Un esprit ne pénètre pas dans l’Histoire : la chair et les os, si.

À deux reprises, les Actes des Apôtres [1] répondent à l’Évangile : la chair et les os y sont d’autant moins négligés que dans cet Octave de la Résurrection, ils sont restaurés dans leurs prérogatives ! La Résurrection EST guérison : pour un infirme depuis sa naissance, cela ne relève en rien d’une vue de l’esprit. D’autant moins que Jésus n’opère plus par Lui-même, mais par Pierre et Jean. L’homme guéri ne les lâche plus : il ne faut pas venir lui raconter que la Résurrection est extérieure à l’Histoire… La Présence Ressuscitée vient habiter jusqu’à l’absence de motricité.

C'est vous qui en êtes les témoins. Et Pierre : C'est vous qui êtes les fils des prophètes, les héritiers de l'Alliance que Dieu a conclue avec vos pères, quand il disait à Abraham : En ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre. C'est pour vous d'abord que Dieu a fait se lever son Serviteur, et il l'a envoyé vous bénir, en détournant chacun de vous de ses actions mauvaises. N’en déplaise aux autres apôtres -ceux d’une hypothétique "fin de l’Histoire"-, cette Alliance a toujours cours aujourd’hui. (Et ce, tant que demeurera un souffle de vie en ce monde.) Où en sont ses héritiers, ces témoins ? Que sont devenus les fils des prophètes ? Ne sont-ils pas eux aussi sortis de l’Histoire ?

Or, le chrétien d’aujourd’hui [2] est loin d’être le dernier à se rendre complice de ce déni de Résurrection qu’est la soumission à la dictature de la "santé mentale". Trop souvent, on l’y trouve aux avant-postes. Berné par un vocabulaire qui lui chatouille les oreilles, il vide la Résurrection de tout sens. Il n’est plus que le lapin au chocolat de Pâques : savoureux à l’extérieur, et CREUX à l’intérieur. La moindre chaleur le fait fondre. On lui croque le popotin (pour rester poli…) ? C’est de « l’humilité ». On l’ampute de ses oreilles (ce qui rend sourd… tout comme la première proposition) ? C’est encore de « l’humilité ». Il est soucieux de la "santé mentale" ? C’est de « l’amour »… parce que c’est celle du prochain qui le soucie tant : la compassion de contrebande commence bien en amont de celle, plus bruyante, de ces gens si "charitables" qui tiennent tant à « aider à mourir dans la dignité ». Ceux-là révulsent –à juste titre- le chrétien "bien né"… mais n’est-ce pas un peu de LEUR image qui leur est ainsi renvoyée ?… L’image d’un LAPIN AU CHOCOLAT. Un lapin peut bien nous chanter à tue-tête « Alléluia ! Le Christ est Vivant ! », on le MANGE. Et lui N’EST PLUS vivant.

Si quelqu'un n'écoute pas les paroles de ce prophète, il sera éliminé du peuple. Il n’y a pas que les lapins au chocolat qui sont éliminés : le sont également ceux qui écoutent ces paroles travesties par d’étranges prophètes : les prophètes de l’insanité de l’autre ("PIA" pour leurs intimes…). Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Deux mille ans plus tard, le lapin au chocolat bondit vers celui qui lui FERME l'esprit à l'intelligence des Écritures.

D'ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l'ignorance, vous et vos chefs. Le chef des Apôtres pardonne volontiers leur égarement à ses contemporains. Deux mille ans plus tard, peut-on encore prétendre agir dans l’ignorance ? Peut-on encore faire semblant de ne pas voir que la "santé mentale"  n’est que le misérable cache-nez d’une invraisemblable épidémie de « maladies » qui ne profitent qu’à ceux qui les « détectent », puis les « soignent » ? Faudra-t-il aussi mordre dans le museau du lapin au chocolat ? Heureux sont ceux qui vont visiter les malades, les vrais ; malheureux ceux qui vont visiter leur prochain par la conviction d’une « maladie » qu’ils leur ont INVENTÉE par convenance personnelle. Il est toujours plus facile d’invoquer la "santé" de l’autre : cela évite toute remise en cause personnelle. Quand les « progrès de la médecine » viennent s’engouffrer dans cette veulerie, la tentation est grande de s’abriter ainsi à bon compte derrière une attitude qui semble profondément morale parce que soucieuse de la "santé". Puisque le « docteur » le dit… Le « docteur » ? Un de ces « experts »[3] qui n’aurait vu qu’une seule personne "saine" parmi les disciples : le seul QUI N’A PAS VU le Christ Ressuscité ! Judas Iscariote en a inspiré d’autres : notamment dans ce savoureux faux courrier [4]… pourtant plus vrai que nature.

_____Lui-même est là au milieu de nous, et il nous dit : « La paix soit avec vous ! ». La paix de la guérison et de la Résurrection. Certainement pas cette fausse paix de la "santé mentale" !!! Oui, la foi qui vient de Jésus a rendu à cet homme une parfaite santé en votre présence à tous. Cette foi devrait rendre scandaleuse à tout chrétien digne de ce nom la stupide compromission de cette parfaite santé en d’inutiles inquiétudes et traitements ad hoc. Choisir la Résurrection, c’est choisir l’amour. Et la "santé mentale" TUE l’amour à bout portant. Comme un lapin… C'est vous ses apôtres qui en êtes les témoins.

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