08.04.2008

Le pain : l’ami de votre santé

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,30-35.

Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle œuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l'Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c'est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel. Le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. » Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif. »
 

    Étonnants disciples : on leur fournit des signes jusqu’à plus faim et plus soif [1], et ils demandent un signe pour qu’ils puissent croire en ayant vu ! Quelle œuvre va-t-Il faire, Lui qui nourrit une foule avec cinq pains et deux poissons, joue ensuite à cache-cache avec elle, puis marche sur l’eau [2] ? La nourriture qui se perd a visiblement été si bien digérée qu’elle s’est perdue pour de bon.
    Méconnaissance de la loi ? L’amour de la loi [3], lui, est parfaitement assimilé… et il n’est pas perdu pour tout le monde. Et de citer à nouveau
l'Écriture et la loi de Moïse. Moins que jamais cette loi n’est-elle abolie : plus que jamais est-elle réorientée en fonction de la loi de l’amour, cette seule loi donnant le pain venu du ciel. C'est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel : Sa Boulangerie est ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre… même le dimanche (et pas… QUE le dimanche). Elle est ouverte au PRÉSENT.

    L’Évangile au PRÉSENT n’est pas que l’Évangile contemporain : une rubrique de blog portant ce nom n’est qu’un outil parmi d’autres. Ce n’est donc pas parce que la foule ne disposait pas d’internet qu’elle demande un signe ! Privilégiée parmi les privilégiées, cette foule voyant Jésus au présent ne constitue-t-elle pas l’archétype de toutes celles qui vont se succéder jusqu’à la consommation des siècles ? L’intelligence de la foi est chose bien étrange : plus elle se multiplie en quantité, plus elle se divise en qualité. Collectivisé, le questionnement sur la foi confine à l’absurde : quand va-t-on voir pour croire ? [4] C’est bien là une question de foule, non de personne. Conditionner la foi au seul argument qui la supprime instantanément relève de la croyance comme la guérison relève du « PIA » ! ( Lui, il est le pain de la mort. Celui qui vient à lui sera de plus en plus affamé ; celui qui croit en lui aura la langue aussi pendante que celle du loup de Tex Avery )
    Les frictions de la foi dans le présent ne sont pas que du passé : elles sont même les étincelles qui la tiennent éveillée, debout. La foi "assise" est possible, mais elle présente plus de risques : notamment celui d’être fragilisé face à la tempête [2], ballotté par les vents contraires… voire chaviré et noyé. Dans la tempête, SEUL Jésus est debout : il est vrai que marcher assis est d’un confort tout relatif… Avec Lui , la foi "assise" est possible. Mais ce qu’on voit de Lui est tellement incroyable que cela ne viole guère la suprême liberté de la foi ! On en reste… assis. Ce n’est qu’alors qu’intervient ce qu’on ne voyait plus et ce à quoi on ne croyait plus : la terre ferme. Cette terre qui, plus stable que l’élément liquide, permet de se redresser, de se remettre debout afin de voir plus loin que le bout de son nez. Certes, le "docteur" a trouvé une astuce de substitution en nous faisant croire que lui aussi nous faisait toucher la terre ferme : malheureusement, les patins [5] ne sont pas fournis dans sa prestation… Chez lui, on se retrouve plus souvent couché que debout : la vue y est basse. Mais glissons…

    « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. » Toujours. De même que l’eau se fige en glace, on aimerait bien figer le présent. Le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. Le présent, c’est aussi le cadeau : de là à prendre le pain de Dieu pour le père Noël, il n’y a qu’un pas. Mais le père Noël, lui, ne donne pas la vie au monde ! Le pain de Dieu ne se donne pas comme un dû ou un talisman. Tel quel, il ne serait pas davantage que ce pain qui a été partagé la veille parmi la foule : pain déjà oublié puisqu’on en est de nouveau à demander un signe. Ce qui ne mérite qu’un signe, effectivement : celui de Jonas. Ici, c’est le poisson qui se fait pêcheur…
    Pas de chance : le Boulanger est sur l’autre rive. « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif. » Mais il faut d’abord que celui-là apprenne à nager en eaux troubles… en faisant attention au monstre noir [2] et à ses rabatteurs.

05.04.2008

Le monstre du lac noir

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,16-21.
Le soir venu, les disciples de Jésus descendirent au bord du lac. Ils s'embarquèrent pour gagner Capharnaüm, sur l'autre rive. Déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints.
Un grand vent se mit à souffler, et le lac devint houleux. Les disciples avaient ramé pendant cinq mille mètres environ, lorsqu'ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de crainte. Mais il leur dit : « C'est moi. Soyez sans crainte. » Les disciples voulaient le prendre dans la barque, mais aussitôt, la barque atteignit le rivage à l'endroit où ils se rendaient.
 
    La quiétude des hauteurs de la montagne n’a qu’un temps : les disciples de Jésus y ont trouvé de quoi apaiser leur faim, mais eux n’ont pas franchi le voile de la mort. Aussi belle soit-elle, toute journée de pique-nique doit trouver son achèvement : il y a un matin, il y a un soir. La vie continue : il faut donc descendre au bord du lac pour gagner l’autre rive. Jésus n’est pas un gourou qui vient dicter notre conduite à notre place. Il est le Chemin, mais Il n’est pas le véhicule qui s’engage sur ce Chemin. Déjà il faisait nuit, et Jésus ne les avait pas encore rejoints. Il faut allumer les phares par dessus le marché ! Il fait nuit, parce que la vie d’ici-bas comporte plus d’ombre que de lumière. Et cette lumière n’est totale que lorsque Jésus nous a rejoints.
    L’ombre ne suffit pas : s’y ajoute un grand vent qui se met à souffler. « Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. »[1] Voilà qui n’est pas très rassurant : le lac devint houleux. Bigre : la tempête s’annonce, amenant son lot d’interrogations : pourquoi fait-elle tant de bruit ? D’où vient-elle ? Où va-t-elle ? Éternelles questions existentielles… Et elle s’annonce sur un élément ô combien instable : l’eau. L’eau, source de vie dans le baptême ou la nourriture[2]… ou redoutable ennemi quand elle se déchaîne en hautes vagues prêtes à vous engloutir. La vie n’est-elle justement pas constituée de ces vagues, avec ses creux et ses bosses ? Qu’est-ce qu’une vie sans vagues sinon une vie "installée" dans un certain farniente sur le bord du lac ? Déjà il faisait nuit. Pas très facile de bronzer la nuit : à cet effet, la quête du soleil est de mise [3].
    Ces vagues, la vie vous charge de les affronter sous peine qu’elles vous engloutissent. Les disciples avaient ramé pendant cinq mille mètres environ. Il faut ramer (dans tous les sens du terme), parfois loin et longtemps. Et voilà que –selon le mot iconoclaste bien connu d’un certain humoriste-, Jésus invente le ski nautique ! Ce qui en soi est absurde, ce sport ne se pratiquant jamais aussi bien que sur une mer d’huile : bonne chance à celui qui s’y frotte sur un lac houleux. Inversement, irait-on s’adonner au surf sur une plage de Nice ? Ce serait du cinéma… Or donc, nos disciples -qui ont pour l’heure d’autres soucis que d’aller se distraire dans une salle obscure- n’en croient pas leurs yeux : ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Quand on sort de multiplier cinq pains et deux poissons pour satisfaire l’appétit d'environ cinq mille hommes [3], on peut bien marcher sur l’eau ! Pourtant, les disciples furent saisis de crainte. Au moins ne saurait-on leur reprocher de s’habituer aux signes de leur Maître, d’être eux-mêmes "installés" au-dessus de la mêlée des hommes : par vent fort, le disciple ne pratique pas davantage le parapente que le ski nautique. Seul le Maître est au-dessus du vent… et de l’eau : Il est le Maître des éléments, et n’a pas même besoin des artifices humains pour les dominer : laissons donc les skis au vestiaire ! Laissons même la barque, fragile esquif dans la tourmente : il suffit que Jésus rejoigne l’homme dans sa tempête en se rapprochant de lui, pour qu’elle atteigne le rivage à l’endroit où il se rend. « C'est moi. Soyez sans crainte. » C’est Lui : AVEC Lui, la tempête peut bien se déchaîner, Il nous fait atteindre la terre ferme de l'autre rive. Si l’évocation symbolique du franchissement de la mort a ici autant de souffle qu’un grand vent, elle ne concerne pas exclusivement la mort. La vie est un long fleuve tranquille : cela aussi, c’est du cinéma ! La vie est une succession de petites "morts", de combats que l’on mène ou non… de tempêtes, que l’on rame ou non.
 
    L’Évangile se conjugue au PRÉSENT : il nous donne aujourd’hui rendez-vous avec les météorologues. Pauvres météorologues : aux aguets de tout ce qui se passe autour de la terre, on leur demande la lune ! Sujets inépuisables de plaisanteries portant sur leurs inévitables erreurs de prédictions, ils disposent pourtant d’un outillage technique de plus en plus performant, à même de limiter efficacement ces erreurs. « Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. »[1] En dépit de ces incontestables progrès techniques, le vent n’en fait parfois qu’à sa tête et va changer de direction au dernier moment, entraînant les anticyclones là où on ne les attendait pas. Pauvres météorologues : à se demander à quel point on n’exige pas inconsciemment d’eux d’être à l’affût de ce "dernier moment", qu’ils sont priés de déceler infailliblement. En d’autres termes, on leur demande de faire la pluie et le beau temps. Avec une préférence pour ce dernier, tant que le teint n’est pas assez hâlé ou le linge assez sec…[3]
    Cette prédilection pour le beau temps n’est guère de nature à favoriser les passages sur l'autre rive par grand vent. Si on s’habitue aisément à une météo clémente, on s’entraîne moins spontanément à ramer dans la tempête. Quand celle-ci se fait trop violente, il est tentant d’apaiser sa crainte en voyant marcher sur la mer et se rapprocher de la barque un… météorologue. Non pas celui qui dispose d’un outillage technique de plus en plus performant, à même de limiter efficacement ses erreurs ; non pas un météorologue de l’extérieur, mais son ombre : à savoir, un météorologue de l’INTÉRIEUR ! Ses bulletins météo à lui n’ont aucune chance d’être diffusés après le journal télévisé de vingt heures : heure de trop grande écoute. Car ils traumatiseraient les âmes sensibles, ce météorologue étant en effet un météorologue de l’ÂME. Autant l’un est "spécialisé" dans le "beau temps", autant cet autre se délecte d’un temps de chien ! Il faut être fou pour sortir par un temps pareil… Il le faut en effet, car c’est UNIQUEMENT par ce temps que le filet se remplit à tout rompre. Un temps de chien : le temps de la BÊTE. Le seul rire perceptible est celui de la hyène rieuse. Déjà il fait nuit : un grand vent se met à souffler, et le lac devient houleux. AVIS permanent DE TEMPÊTE : l’autre rive… QUELLE autre rive ? « C'est moi. Soyez sans crainte. » De fait, ce n’est pas de votre faute, mais de celle de la tempête. Ce n’est pas votre tempête, mais celle de L’AUTRE. Ses disciples veulent le prendre dans la barque, mais aussitôt, la barque COULE. C’était bien la peine de ramer si longtemps pour en arriver là…
    Le « PIA » ne se contente pas de jouer les sirènes (de détresse) : il fait aussi semblant de dominer les éléments, poussant le vice jusqu’à se passer de tout artifice humain à une exception : le surf. Plus les vagues sont grosses, plus il s’amuse : le beau temps l’indiffère totalement. Champion hors catégorie, il surfe sur les peurs des rameurs pris dans la tempête. Car ces peurs déclenchent des vents de panique : ceux-là, on sait D’OÙ ils viennent… et on sait qu’ils ne poussent guère sur l'autre rive. Une "bonne" tempête est une tempête qui dure et se développe : son seul "dernier moment" est celui de ceux qui s’y laissent noyer en ayant saisi une bouée… de PLOMB. Le mauvais temps, ce n’est de la faute de personne : c’est ainsi et il faut faire avec. Exactement comme certaines "maladies" de la météorologie de l’âme… Un VRAI météorologue qui prédit du mauvais temps à jet continu quand il fait beau devient très vite un ex-météorologue. Un météorologue de l’âme qui prédit du mauvais temps à jet continu quand il fait beau est assuré d’une totale impunité : ce n’est tout de même pas lui qui fait la pluie et le beau temps ! Non : lui ne fait que du VENT. Mieux encore, il accomplit des prodiges en singeant la multiplication des pains et des poissons[2] : lui n’est capable de multiplier que… l’eau. En effet, depuis une tempête dans un verre d’eau, il parvient à déclencher un grand vent sur un lac ! Monstre noir se déguisant en blanc, il déteste la clarté du jour. Toutes ses opérations de "sauvetage" se déroulent dans la pénombre : tout par derrière, rien par devant. Au nom même de ce "sauvetage", les poissons qu’il attrape sont priés de suivre son exemple : à aucun prix, le beau temps ne doit revenir. Point de miracle dans ce qui n’est qu’une imposture : il lui suffit de rester sur le rivage [2], de souffler sur un feu de braise (alimenté par les peurs des rameurs…) avec du poison posé dessus, et du pain rassis. « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'ose lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savent que c'est le "Docteur".Bon appétit les enfants
    Et là, on préférerait que ce soit AUSSI du cinéma…

04.04.2008

Un déjeuner sur l’herbe

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,1-15.
Après cela, Jésus passa de l'autre côté du lac de Tibériade (appelé aussi mer de Galilée). Une grande foule le suivait, parce qu'elle avait vu les signes qu'il accomplissait en guérissant les malades. Jésus gagna la montagne, et là, il s'assit avec ses disciples. C'était un peu avant la Pâque, qui est la grande fête des Juifs. Jésus leva les yeux et vit qu'une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait bien ce qu'il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites-les asseoir. » Il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit. Ils s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains, et, après avoir rendu grâce, les leur distribua ; il leur donna aussi du poisson, autant qu'ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. » Ils les ramassèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux qui restaient des cinq pains d'orge après le repas.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C'est vraiment lui le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu'ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne.
 
    De nouveau, nous voilà plongés non pas dans le lac de Tibériade… mais dans le flash back. Quoique… passer de l'autre côté, n’est-ce pas passer aussi de l'autre côté de la mort ? Une grande foule le suivait : en ce sens, la résurrection n’est pas le privilège d’un seul mais la destination de tous ceux qui attestent des signes qu'il accomplit en guérissant les malades. Raison de plus pour incliner à se positionner du côté des guéris plutôt que celui des malades… avec ou sans guillemets.
    Ah, l’air pur de la montagne : lieu de prédilection où l’on s’asseoit pour décompresser ! On s’y démarque du monde, non pour le dominer, mais pour en relativiser les contingences. Ce qui n’est pas nier ces dernières : environ cinq mille hommes ont l’estomac qui crie famine ! Ils réclament une nourriture qui relève de la logique d’en bas : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain. » Suivre Jésus, c’est s’asseoir afin de mesurer le possible qui se trouve à portée de main avant de se laisser écraser par l’évidence trompeuse de l’impossible[1]. Il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit. « Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer » chante le psalmiste. Là où l’herbe pousse, la vie est abondante et riche de promesses. En rester aux apparences, c’est brouter cette herbe… et ruminer ensuite sur les malheurs du temps.
    Mais voilà « un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour tant de monde ! » Plus consistant que de l’herbe en qualité… mais la quantité fait encore défaut. Plus tard, dans ce même lac seront plongés des filets d’excellente qualité qui ramèneront zéro poisson[2]. Moins que deux ! Du pain, du poisson : ils se multiplient après avoir rendu grâce. On a beau être sur l’herbe, l’esprit qui prévaut est l’antithèse de celui du ruminant revendicatif : un esprit de remerciement pour la satisfaction d’un besoin… qui n’a PAS ENCORE été satisfait. Esprit eucharistique s’il en est : depuis très peu, on obtient beaucoup. Le peu qui nous est demandé fournit matière à plus grand encore, pourvu que cette demande s’effectue dans la confiance de l’esprit d’enfance : n’est-ce pas un jeune garçon qui a fourni ce minimum vital qui incarne[3] la foi dans le concret du quotidien ?
 
    « Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. » Qu’il reste des miettes ou douze paniers, rien ne doit être perdu parce que rien n’est rien dans l’esprit de Celui qui guérit les malades. C’est pour tous qu’Il est le grand Prophète, celui qui vient dans le monde. Mais tous n’ont pas faim… ou trompent leur faim avec des substituts de repas. Ceux-là sont en vente dans toutes les bonnes pharmacies, dont les enseignes sont aisées à repérer : une croix verte lumineuse, et accessoirement un serpent qui se love… La mode est aussi aux distributeurs qui récupèrent les médicaments qui restent inutilisés, pour que rien ne soit perdu. C’est que la santé ne se prend pas de force : elle nécessite parfois de se retirer, tout seul, dans la montagne. Sait-on jamais : on pourrait être tenté de faire roi certain "médecin"[4]

01.04.2008

Poisons d’avril

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3,7-15.
Ne sois pas étonné si je t'ai dit qu'il vous faut renaître. Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. » Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Toi, tu es chargé d'instruire Israël, et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.
 
    L’Évangile nous transporte parfois sur les guinguettes des bords de Marne ! C’est que jour après jour, les flash-back ont des relents d’accordéon : un jour la Résurrection, le lendemain l’Annonciation, aujourd’hui de nouveau la résurrection. Mais ici –bien que le récit se situe avant la Passion-, cette résurrection est celle de tout homme de bonne volonté. De part en part, le Nouveau Testament est traversé par les relations orageuses entre Jésus et les pharisiens. Comme dans toute histoire où figurent des bons et des méchants, ceux-là s’incarnent plutôt sur ces pharisiens.
    Pourtant, l’un des personnages les plus attachants de l’Évangile est un pharisien ! Nicodème se démarque discrètement de ses pairs : c’est pendant la nuit qu’il vient voir Jésus. (Jn 3, 2-3) Non qu’il aie peur du qu’en-dira-t-on ou du jugement de ses compères, mais parce qu’il reconnaît Jésus comme le Messie : par voie de conséquence, cet homme de foi chargé d'instruire Israël s’avoue dans la nuit de la foi ! Cette nuit sera même poussée jusqu’à son paroxysme puisqu’il sera le seul pharisien à accompagner Joseph d’Arimathie à la descente de la Croix. Combien devait-il se remémorer cette phrase : ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle !
 
    Un premier avril, l’accent pourrait être porté sur le filet à poissons. Il le sera plus volontiers sur un autre filet : celui à papillons ! En bon prêtre expérimenté qu’il est, Nicodème pose à Jésus presque la MÊME question que celle de Marie à l’ange Gabriel : « Comment cela peut-il se faire ? » Presque, parce que lui n’est pas Marie : de par son parcours spirituel, il s’identifie plus spontanément à Zacharie. Par rapport au questionnement de Marie, on trouve ici une nuance de taille avec le peut-il : si la question est ouverte, elle reste néanmoins empreinte d’un certain doute. L’ouverture au possible de Nicodème n’est pas aussi absolue que celle de Marie. Il est vrai que l’annonciation qui lui est formulée n’est pas celle d’une naissance mais d’une RENAISSANCE, préfiguration d’une Résurrection qui n’a pas encore eu lieu : car nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme.
    Toute annonciation produit une parole ; tout verbe se fait chair. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" : cette formule fameuse d’Anaxagore (reprise beaucoup plus tard par Lavoisier) ne dément en rien que le verbe se fasse chair, quitte à transformer une chair existante en chair nouvelle, une chair "horizontale" en une chair "verticale". Rien de plus horizontal qu’une larve. Le papillon, lui, s’élève à la verticale. Le papillon était une larve. Il rampait : voilà qu’il vole ! Dans le ventre de sa mère, l’enfant est recroquevillé sur lui-même [2]. Sa naissance l’ouvre au monde, au large, à tous les possibles : le drame du rejet de cette naissance n’est justement que le résultat de la soumission rampante à l’impossible [1] d’adultes qui semblent avoir effectué le parcours inverse de celui du papillon… Tout se transforme, même dans l’autre sens : la chair nouvelle peut se faire chair à l’existence déniée. Quand le déni est là, le « PIA » n’est jamais très loin… Au-delà de la dialectique stérile (et pour cause) "pro-vie" "pro-choix" ("choix" de la mouche qui vient librement s’engluer dans la toile de l’araignée…), il s’agit surtout d’un déni fondamental de liberté qui trouve sa racine dans une inextricable toile d’impossibles : ne pas confondre la mouche avec l’araignée. Comme le papillon, la mouche était une larve : elle vole. C’est l’araignée qui lui brise cet élan. Certes, l’araignée s’élève à la verticale… mais ELLE NE VOLE PAS, sinon la vie des autres. L’araignée se fait passer pour un insecte, mais elle n’est PAS un insecte : c’est une prédatrice. Quand l’élan est brisé, se tisse un réseau serré de ces abattoirs des temps nouveaux : aseptisés, légaux, remboursés par la Sécurité (sic) sociale. Ils ne sont jamais que la partie visible d’autres abattoirs, au réseau non moins serré : ceux de l’avortement spirituel [3].
 
    Nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous n'acceptez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Des seules choses de la terre, l’invraisemblable le plus inimaginable se fait vraisemblable sous nos yeux. Nous surnageons dans un véritable bain de culture d’impossible ! Nos descendants auront peine à croire que nous ayons survécu à cette profonde descente aux enfers. « Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges au point d’égarer même les élus, si c’était possible. » (Mt 24, 24-25) Les élus ne vivent pas dans une sphère céleste, isolée du monde ! Ils peuvent être égarés à la mesure de leur soumission à l’impossible du monde. Ils peuvent… et aujourd’hui, BEAUCOUP LE SONT. Il est assez piquant de voir s’agiter en tous sens des militants convaincus "pro-vie" qui sont les premiers à se coucher devant le pouvoir exorbitant du « PIA ». Il est profondément navrant d’apprendre que les autorités spirituelles de Lourdes réunissent [4] régulièrement des « PIA », comptant sur eux pour définir les critères nécessaires à reconnaître certaines guérisons miraculeuses !!!! À quand un des leurs sur le trône de Saint-Pierre ? Un Pape Instaurant l’Autisme ? Cela devient presque imaginable. Le cheval de Troie [5] n’est décidément pas qu’une légende…
 
    Ne soyons pas étonnés s'il nous faut renaître : on ne saurait survivre longtemps dans un tel cloaque de confusion. Un militant convaincu ne convainc personne d’autre que lui-même : quand il place –d’abord en son cœur, puis dans les structures sociales, politiques et spirituelles- un faiseur de démons en lieu et place d’un apôtre de la miséricorde (!),TOUT devient possible… quitte à dépasser et bousculer l’entendement humain. Cet entendement n’est plus même celui d’une larve, mais d’un ver se repaissant de cadavres en putréfaction. Un tel militant n’est guère convaincant… ce qui est heureux !
    Le vent souffle où il veut : tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du souffle de l'Esprit. Le « PIA » fait table rase de tout ceci. Lui prétend savoir d'où il vient. Peu lui importe le vent : c’est lui qui souffle où il veut. Pis : muni de sa boule de cristal, il prétend savoir où il va. C’est ainsi qu’il fait d’êtres inoffensifs des fauves en puissance. C’est ainsi qu’il a obtenu le remplissage plénipotentiaire de bétail humain dans les stabulations[6] NON libres que nous devinons. Son témoignage (sic) jusque dans les prétoires de justice ne serait que sinistre farce de potache s’il n’était pas accepté. Prétendre "expertiser" un être VIVANT… y compris en son absence physique : on croit rêver !  Ce "rêve" est pourtant inscrit dans la loi, parmi bien d’autres cauchemars : quand on pense que certains se plaignent encore du manque de décrets d’application…
    Il sera difficile de tomber plus bas : tout homme qui croit en la "médecine" du « PIA » obtient par lui la MORT spirituelle… et plus si affinités. La bête est là, qui ricane quand on la divinise. Elle n’a pas complètement tort : tout un troupeau qui fait le poirier [7] doit constituer un spectacle assez comique. La saison des poires s’annonce abondante…
 
    Au son de l’accordéon, l’Annonciation continue…
 
  
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30.03.2008

La paix du ménage

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31.
Ce même soir, le premier jour de la semaine, les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d'eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » Or, l'un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n'était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d'eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d'être incrédule, sois croyant. » Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : «Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu.»
Il y a encore beaucoup d'autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
 
    Il y a premier jour de la semaine de grand matin, et premier jour de la semaine le soir. Il y a un matin, il y a un soir. Le matin est le temps de l’éveil à la vie, de la Résurrection : le jour se lève, propice à l’espérance. Le soir est le temps de l’obscurité qui gagne, du visible qui se fait invisible : il est l’heure de se coucher. La fatigue du jour se fait sentir, propice à cette "petite mort" qu’est le sommeil. La Croix concilie le matin vertical au soir horizontal. Sans la Résurrection, c’est ce dernier qui l’emporte. La nuit fait peur : on se calfeutre chez soi en verrouillant les portes. Chez soi, c’est d’abord au milieu de nous-mêmes : dans notre cœur. Et IL est là ! Il est là, mais Il n’enfonce pas la porte : tant qu’elle est verrouillée (notamment par la peur), Il nous laisse en paix.
   Cette paix n’est pas toujours la paix des braves : c’est plus souvent celle d’un cœur qui s’est refermé sur lui-même, ne la considérant que sous l’angle d’une absence de lutte. Dieu que l’on est bien chez soi, confortablement au chaud dans les pantoufles de ses certitudes…
 
    La certitude du moment, c’est que nos disciples partagent ce qu’il y a de plus aisé au monde à partager : une trouille carabinée ! Leur Maître est mort, et ils se demandent s’ils ne sont pas dans la ligne de mire de ceux qui L’ont exécuté. Développée avec volupté, la vertu de prudence leur commande  de rester groupés et enfermés : à plusieurs, on se tient les coudes à défaut de se donner du courage. Si elle se conçoit, cette peur collective était-elle si inéluctable ? Hier encore, Marc nous précisait que lorsqu’ils entendirent qu'il était vivant et qu'elle l'avait vu, ils refusèrent de croire. La mort n’avait pas eu le dernier mot : ils le SAVAIENT, mais ils ne le croyaient pas. Seuls croyaient ceux qui avaient vu… et qui n’étaient pas crus. Par conséquent, les autres étaient cuits.
    La certitude du moment –modèle pantoufle gauche grande taille-, c’est qu’il faut donc voir pour croire : « Parce que tu m'as vu, tu crois» Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Envolée leur peur, chassée par leur foi ! Disons-le tout net : en vertu de ce à quoi ils étaient appelés, les disciples ont eu droit à ce qu’on appellerait aujourd’hui un traitement (sans guillemets…) de faveur. Le « PIA » n’existant pas encore, il fallait bien juguler cette marée montante de "troubles maniaco-dépressifs" avant l’heure. En vertu de ce à quoi ils étaient appelés, ils ont eu le droit de voir Le médecin de l’âme. Le VRAI, bien entendu : en dehors de lui, il n'y a pas de salut.