16.05.2008

Le "docteur" a médit calmement, Jacques a dit sans médicament…

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,34-38.9,1.
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera. Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier en le payant de sa vie ? Quelle somme pourrait-il verser en échange de sa vie ? Si quelqu'un a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les anges. » Et il leur disait : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu venir avec puissance. »
 
    D’emblée, Jésus établit un lien formel entre celui qui a honte de Lui et de Ses paroles, et celui qui veut sauver sa vie, quitte à gagner à sa cause le monde entier. Celui-là ne renonce pas à lui-même, et bien qu’il prétende à Le suivre, sa croix lui est de plus en plus pesante. Celui qui veut sauver sa vie est constamment tenté d’alléger sa croix : c’est à cette croix qu’il renonce, non à lui-même. Il s’imagine se protéger lui-même en se protégeant de sa croix. La souffrance est souvent la ligne de démarcation qui opère une nette distinction entre celui qui prend sa croix en suivant le Christ et celui qui veut bien Le suivre… mais dans une version light. N’a-t-Il pas porté Sa Croix une bonne fois pour toutes, pour le salut de tous ? Toujours la tentation de se réfugier derrière une lecture arrangeante de l’ Évangile : puisque l’Écriture est accomplie, surtout n’y ajoutons rien ! C’est oublier la dernière parole prononcée sur cette Croix : Tout est accompli. (Jn 19, 30) [1], et non : Tout est fini. [2] Si tout était fini, inutile de marcher derrière Lui : ce serait le payer de sa vie en pure perte.
 
Lettre de saint Jacques 2,14-24.26.
Mes frères, si quelqu'un prétend avoir la foi, alors qu'il n'agit pas, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi ?  Supposons que l'un de nos frères ou l'une de nos sœurs n'aient pas de quoi s'habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l'un de vous leur dit : « Rentrez tranquillement chez vous ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » et si vous ne leur donnez pas ce que réclame leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, celui qui n'agit pas, sa foi est bel et bien morte, et on peut lui dire : « Tu prétends avoir la foi, moi je la mets en pratique. Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas ; moi, c'est par mes actes que je te montrerai ma foi. Tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu as raison. Les démons, eux aussi, le croient, mais ils tremblent de peur. Pauvre homme, veux-tu une preuve que la foi sans les œuvres ne sert à rien ? Regarde Abraham notre père : Dieu a fait de lui un juste à cause de ses actes, quand il a offert sur l'autel son fils Isaac. Tu vois bien que sa foi était à l'œuvre avec ses actes, et ses actes ont rendu sa foi parfaite. Ainsi s'est accomplie la parole de l'Écriture : Abraham eut foi en Dieu, et de ce fait Dieu estima qu'il était juste, Vous le constatez : l'homme devient juste à cause de ses actes, et pas seulement par sa foi. En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte.
 
    Cette indication de l’apôtre Jacques ne laisse planer aucun doute : prétendre avoir la foi alors qu’on n’agit pas, c’est prétendre marcher derrière Lui sans prendre sa croix. Or, si elle est anormale dans tous les cas d’espèces, la souffrance est néanmoins le lieu privilégié du combat spirituel : elle en distingue le vrai du faux, les intentions de la volonté, les désertions et les acceptations de ce combat. La croix est l’objet d’une dialectique stérile qui la rend incompréhensible : celle du faux combat spirituel entre dolorisme et anti-dolorisme, matrice de toutes les désertions du vrai combat. Le dolorisme est une caricature de l’acceptation de la souffrance : il en est plus exactement une résignation fataliste. Il s’attache à normaliser la souffrance, jusqu’à cette extrémité qui peut conduire à la provoquer sur soi. C’est se donner l’illusion de faire agir sa foi, en prenant Jacques au pied de la lettre. C’est croire rendre sa foi parfaite en surenchérissant sur des œuvres de piété qui englobent une certaine complaisance à l’égard de la souffrance. C’est enfin croire que l’on a accepté la souffrance quand on n’a pas pris sa croix ! Ceci se vérifiera précisément dans les véritables œuvres qui répondront à cette attitude… Tournant résolument le dos au dolorisme, l’anti-dolorisme a au moins le mérite d’être plus limpide en matière de refus de porter sa croix ! Il est une hantise de la souffrance qui, lui aussi, peut conduire à multiplier des actes qui montreront moins la foi que le souci permanent de prévenir toute souffrance par l’application sur soi de baumes spirituels apaisants. Ce qui donne bonne conscience et par conséquent anesthésie la conscience, à commencer par la conscience de la souffrance. La porte s’ouvre ainsi à une multiplication exponentielle de la souffrance…
    Seule la croix donne sens à la souffrance. Ne pas prendre sa croix, est-ce bien refuser la souffrance ? N’est-ce pas plus précisément en refuser l’apparente absurdité ? Refuser la souffrance est en soi une absurdité : si elle attendait notre permission pour survenir, elle aurait disparu depuis longtemps ! (Même le doloriste le plus "éclairé" se serait lassé de présumer de cette permission.) Une souffrance qui a du sens est plus aisément acceptable qu’une autre qui n’en a pas : vient s’y greffer la notion de justice ou d’injustice. La souffrance inexplicable est perçue comme foncièrement injuste. Prendre sa croix est donc moins l’attitude du doloriste résigné que celle du disciple qui cherche sens à sa croix. La croix de l’autre, c’est l’affaire de l’autre.[3] Non qu’il faille décourager la compassion à son égard, mais charité bien ordonnée commence par soi-même : l’inquiétude pour la santé de l’autre relève des pensées des hommes [4], et fournit le prétexte douteux à entrer dans la bergerie sans passer par la porte.[5] Prendre sa croix et Le suivre n’implique nullement de se voir contraint de remplir à tout propos le rôle de Simon de Cyrène…
    Nous rejoignons ici les effets délétères de la dialectique dolorisme/anti-dolorisme : tous deux se rejoignent dans une œuvre commune : le transfert du sens de la souffrance. Qu’on en veuille ou non, la croix est toujours là. Ne pas la prendre, c’est moins nier son existence que la nier en tant que lieu privilégié du combat spirituel. Ne pas la prendre, c’est déplacer ce combat à l’extérieur en livrant sa croix à un autre : pur acte de désertion, dont le succès ne tient qu’à ses masques de "pigeon combattant".[6]
    Il existe deux façons de livrer sa croix à un autre. La plus commune est bien sûr d’attribuer la responsabilité de cette croix à l’autre : sans cet autre, on ne souffrirait pas ! Il est donc prié de "récupérer son bien". L’avènement du mythe de la "santé mentale" a permis l’émergence d’une seconde manière de livrer sa croix à un autre, plus subtile : l’autre va être non plus celui qui "fait souffrir" (enfin… moins immédiatement), mais celui qui est prié de donner sens à cette souffrance. Et c’est celui qui est réputé "faire souffrir" qui va être assimilé à la croix. À cet exercice, le souffrant gagne le monde entier à sa cause car il a les apparences pour lui.
 
    Certes, la médecine digne de ce nom donne sens à la souffrance. Pour lui donner sens, la meilleure méthode dont elle dispose est paradoxalement de l’apaiser, voire de l’éliminer. En effet, donner sens en amont à une souffrance, c’est en déterminer les causes. Ces causes étant identifiées, on peut agir avec succès sur les effets, en fonction des remèdes existants. Afin de remplir au mieux ces conditions, il convient donc de ne pas se fourvoyer sur les causes… et sur les compétences RÉELLES de la médecine. Quand ces compétences sont outrepassées, les "causes"qu’elle "décèle" deviennent les causes réelles de nouvelles souffrances dont la croissance va de pair avec l’absurdité. Ou la médecine est une science en constant devenir, épaulée par un outillage de réelle vérification, soucieuse d’apaiser voire d’éliminer la souffrance. Ou ses actes démontrent à eux seuls que le sens qu’elle donne à la souffrance est vicié à la base, parce qu’identifiée là où ELLE N’EST PAS. Là où doit être la médecine, elle apaise les souffrances ; là où elle n’a rien à faire, elle les augmente. La médecine n’est qu’organique, ou elle n’est pas. [7]
    L’invention de la souffrance "psychique" n’est que l’arme des lâches, déserteurs du combat spirituel qui est le leur. Elle vient apporter une fausse caution morale à la désertion en feignant d’ignorer le combat spirituel, le travestissant en "combat psychique" CHEZ CELUI qui refuse la désertion… et dont la résistance est un cinglant démenti au confort moral du déserteur ! Défenseur exclusif de ce dernier, le "médecin de l’âme" est aussi médecin qu’est "banquier" le voleur qui enfonce votre porte pour vous soutirer la combinaison de votre coffre-fort sous la menace de son arme. Lui aussi est armé : face à son artillerie, un P38 ferait presque figure de pistolet à bouchons. Son arsenal est impressionnant : il va de l’arme chimique [8] à l’arme atomique (atomisation eugénique) [9], en passant par l’arme psychologique [10]. Celle-ci se décline à l’extérieur par des manipulations de masses, et à l’intérieur par la pression psychologique intense exercée par l’entourage déserteur (appuyé au besoin par un "diagnostic par correspondance" (sic) digne d’un film d’épouvante !…) d’un non-déserteur prié d’endosser une défroque de "souffrant psychique". Celui-là souffre plus sûrement de l’ahurissante "crédopathie" [11] pseudo-médicale des siens ! Et ceci, il ne saurait S’EN "soigner"…
 
    Vous le constatez : l'homme devient juste à cause de ses actes, et pas seulement par sa foi. En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte. Le mythe de la "santé mentale" fait encore pire ! Il avilit tant et si bien l’intelligence humaine qu’il va jusqu’à pervertir la conscience de la souffrance en imaginant de toutes pièces des souffrances se voulant inconscientes : et pour cause, puisqu’ELLES N’EXISTENT PAS ! Ainsi, l'homme devient profondément injuste à cause de ses actes, et par sa foi en une médecine qui n’en est pas une. Cette foi stupide étouffe la vraie foi, qui ne respire plus. Non seulement la foi qui n'agit pas est morte, mais cette foi morte cherche à entraîner dans son sillage la foi qui agit. Si quelqu'un prétend avoir la foi, alors qu'il empêche l’autre d’agir, à quoi cela sert-il ? Cet homme-là peut-il être sauvé par sa foi quand il compromet celle de l’autre ? Supposons que l'un de nos frères ou l'une de nos sœurs n'aient pas de quoi s'habiller, ni de quoi manger tous les jours : va-t-on les "déshabiller" davantage en les "diagnostiquant" ? ; si l'un de vous leur dit : « Laisse-moi entrer tranquillement dans mon petit confort moral ! Que je me mette au chaud dans mes certitudes, et que je mange à ma faim d’auto-justification ! » et si vous leur donnez ce que ne réclame ni leur corps ni leur âme, à quoi cela sert-il ? C'est toujours par les actes que l’on montre sa foi. Quelle que soit cette foi…[12] Or, on sait ce qu’il advient de la mauvaise foi : de celui qui l’aura fait agir, le Fils de l'homme aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les anges.
    À propos d’anges, les démons, eux aussi, croient en un seul Dieu, mais ils tremblent de peur. Le « PIA » rate là un fabuleux marché, les démons n’étant que la forme désincarnée de « PVA » dont ils ont à n’en pas douter le profil commercial-type. Dommage : ils n’ont ni chéquier ni carte Vitale ; et pas d’organisme pouvant absorber des substances lucratives aux fâcheux effets secondaires qui enferment le "patient" dans son propre corps après lui avoir volé son âme… Dans un moment de faiblesse, on finirait par les envier ! Davantage en tout cas que ceux qui veulent sauver leur vie en la livrant (ou en livrant d’autres !) à des fossoyeurs de l’âme qu’ils prennent sans rire pour des apôtres-bis de la miséricorde (sic)

15.05.2008

Les pensées ne font pas toujours le printemps…

 
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Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,27-33.
Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : « Pour les gens, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. » Il les interrogeait de nouveau : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prend la parole et répond : « Tu es le Messie. » Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne. Et, pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
 
    En dépit du questionnement de Jésus à ses disciples, n’allons pas en déduire trop hâtivement que la culture de Son image de marque auprès de l’opinion soit Son souci premier. C’est même le cadet de Ses soucis : Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne ! Il n’a pas parcouru ce chemin inédit –du Ciel à la terre- pour se rendre dépendant du regard de l’autre.[1 p.8] Chez Lui , l’IFOP aurait fait un flop. Cette dépendance à l’endroit du regard de l’autre est du reste source de divisions ; rien de plus aléatoire que le regard [2]: changeant, malléable PARCE QU’étant enclin à se modeler sur le regard de l’autre. La division est ici perceptible : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. » Selon le regard que l’on porte sur Lui, Jésus est un Ressuscité avant l’heure… ou un prophète en bilocation ! Les disciples n’ont fait que rapporter ce qui leur est revenu aux oreilles : le regard des autres. Ce qui intéresse Jésus dans ce regard, ce n’est pas tant l’opinion que la foi qu’on Lui porte. Informé de la teneur de cette foi à l’extérieur, Il lui reste à s’en informer à l’intérieur : dans le cercle plus intime des disciples. « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pas davantage que pour les autres, cette question manifeste quelque inquiétude sur Sa Personne : il s’agit toujours –en vrai et UNIQUE Médecin de l’âme- de prendre le pouls de la foi. Ce pouls bat très fort chez Pierre : « Tu es le Messie. » S’il a franchi avec brio la première étape de l’examen d’aptitude aux fonctions de capitaine, il lui reste à en franchir une seconde, plus décisive : l’examen théorique appelle l’examen pratique. C’est que le navire qu’il est appelé à conduire n’est pas une tranquille péniche mais un vaisseau destiné au grand large. Savoir le manœuvrer par beau temps sur une mer d’huile ne fait pas un capitaine. Le vrai capitaine fait face au danger [3], prend soin de ses passagers. Le vrai capitaine sait que les éléments peuvent se déchaîner : c’est la lutte –et la victoire- contre ces éléments qui fait plus réellement le capitaine. Et, pour la première fois, le vrai et UNIQUE Médecin de l’âme se fait vrai et UNIQUE Météorologue de l’âme [4] ! Gare au baromètre : c’est l’avis de tempête qui s’annonce. Il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué… Au cœur de cette tempête, on sait que le capitaine faiblira par trois fois[5]. Après la tempête, on sait également qu’il se ressaisira par trois fois [6]. Car après la pluie, il y aura eu le beau temps : …et que, trois jours après, il ressuscite.
 
    Les prémisses de cette faiblesse passagère sont déjà à l’œuvre aujourd’hui. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Il y a chez Pierre comme un dépit, qu’il manifeste par ces vifs reproches. Ce dépit est celui de tout croyant se faisant un Dieu à son image, inversant de facto la perspective réelle de la foi. Si Dieu ne remplit pas les critères anthropomorphiques qu’on Lui prête, ce n’est pas le "bon" Dieu ! (ce qui n’est pas sans rappeler cet étrange "Esprit Saint" qui se mesure selon sa complaisance à anesthésier la conscience…[7]) Ces critères sont d’autant plus prégnants qu’ici, Pierre fait face à un Dieu qui s’est incarné. Son Royaume n’est pas de ce monde : Il l’a dit et répété… et déçu bien des attentes aussi temporelles qu’infondées. On oublie qu’Il n’est pas venu abolir mais accomplir. [8] Il ne se substitue à aucun César. Cet avis de tempête contredit formellement nombre d’espoirs idylliques : s’Il assure de Sa protection en cas d’affrontement avec le serpent de mer [9], Il n’assure en aucun cas de l’inexistence de ce monstre… Les vifs reproches sont sans doute à la hauteur des désillusions : quel est donc ce Dieu qui est simultanément trop humain… ou pas assez ? Quand l’on voudrait parfois que ce soit l’homme qui se soit forgé un Dieu -afin de "se rassurer" artificiellement sur ses fins dernières- on observe qu’il n’est rien de plus générateur d’inquiétude qu’un "Dieu"à l’image de l’homme ! L’inquiétude se reconnaît à ce que celui qui est perçu comme la générant est isolé du groupe : il est pris à part quand bien même il a parlé ouvertement et sans détours. Il existe aujourd’hui une "médecine" [10] qui se repaît de l’inquiétude… et qui fonde ses profits en exploitant cette inquiétude, quitte à la fabriquer de toutes pièces. On sait laquelle, et on la reconnaît précisément à ce qu’elle pratique assidûment la prise à part et les vifs reproches, sommairement maquillés en "diagnostics".
 
    À cette "médecine", comme à Pierre, Jésus tourne résolument le dos. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre. Ce retournement n’est pas de même nature que celui de Pierre qui, en se retournant, aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait.[11] : c’est au contraire un retournement de perspective dissuadant de tout retour sur soi. Ce dernier est aisément identifiable quand il s’extériorise… en intériorisation nombriliste ; il l’est moins quand il prend subtilement appui sur l’inquiétude à propos de l’autre. Mais toi, occupe-toi de TON  affaire. Si tu te préoccupes de celles des autres, tes pensées sont impures en se fondant sur du pur imaginaire…[11] Or, Pierre est surpris en flagrant délit de s’occuper de l’affaire de Jésus… parce qu’il s’inquiète pour Lui. L’apparente bienveillance se fait prétexte à l’ingérence dans l’affaire d’un autre. Cette ingérence est vivement stigmatisée, et ouvertement identifiée à l’œuvre de destruction du diviseur : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Au-delà de l’apparente sévérité du propos (Pierre est assimilé à Satan !), il a le mérite d’une clarté indiscutable : l’attitude de Pierre démontre qu’il s’est bel et bien fourvoyé de Dieu. Ses pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes : le "Dieu" de Pierre est une projection imagée de Pierre, vraisemblablement puisée en partie dans le regard des autres : les pensées des hommes. On peut être aspirant capitaine, et échouer lamentablement à l’examen pratique. Cet échec sera d’ailleurs réitéré autour d’un feu… [5] Heureusement pour le chef des Apôtres –et pour les brebis qu’il emmènera à sa suite[12]-, le troisième examen sera plus probant [6] !
 
    Ce qui n’est pas moins probant aujourd’hui, c’est que tout "expert"[13] en inquiétude pour l’autre est à passer derrière soi. Ses pensées ne sont que celles –et des plus viles- des hommes.

14.05.2008

Les dogues sont-ils tendres ?

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,9-17.
Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres.
 
    Qui, mieux que le disciple que Jésus aimait (lui qui, pendant le repas, s'était penché sur la poitrine de Jésus)[1], saurait nous parler de l’ineffable tendresse du Père qui nous a aimés le premier ? Cet amour est devenu l’ennemi public n°1, l’ennemi à abattre à tout prix. Pour l’abattre, nul besoin de bazooka ou de mitraillette : il suffit de fissurer les murs de la demeure, de distiller le doute sur la fidélité. La nature ayant horreur du vide, à cette demeure, à cette fidélité seront insidieusement substituées d’autres demeures, d’autres fidélités. Qui, raisonnablement, peut se déclarer ouvertement ennemi de l’amour ? Celui qui s’y risque agit par dépit : c’est un blessé de l’amour. Moins que jamais la haine n’existe-t-elle, si l’on ose dire, à l’état naturel…[2]
    La haine a au moins la franchise de ne pas se payer de mots : son expression est la violence sous toutes ses formes. L’ennemi est identifié : il peut être combattu comme tel. La hainequi combat l’amour est perdue d’avance, la lutte étant par trop inégale. Elle doit avancer masquée, pénétrer dans les rangs adverses, les soudoyer afin de passer pour l’ami. C’est le principe de la subversion, dont le siècle qui nous précède n’a pas été avare. L’expression de l’amour, c’est la tendresse. Quand on n’ose pas s’attaquer à l’amour lui-même, on cherche à l’atteindre par son expression. De l’expression d’un sentiment parfaitement distingué, l’objectif va être d’en produire l’excrétion d’un sentiment entraînant la confusion. Semons le doute sur toute tendresse, ce sera l’amour qui sera atteint dans sa demeure comme dans sa fidélité. Le « PVA » a ici un rôle prépondérant : ne se veut-il pas le gardien de la demeure comme de la fidélité ? Il n’est que le dogue [3] qui dissuade de toute velléité de tendresse. Que vaut une fidélité sans tendresse ? L’amour qui est défendu demeure sans doute en apparence… comme reste apparemment entier le bout de viande conservé à l’intérieur d’un bocal de formol.
 
    Livré à ses propres forces, l’homme oscille sans cesse entre l’absence de tendresse… et la réaction opposée qui le livre à un raz-de-marée de tendresse : mai 68 en fut l’exemple le plus emblématique, épiphénomène purement réactionnaire mais néanmoins demande pressante d’un appel d’air de la part de toute une génération étouffant sous le carcan de celle qui la précédait, composée de « PVA » de toutes natures. À ouvrir trop de portes et de fenêtres, les courants d’air sont inévitables : tout le contenu de la demeure est renversé. La génération de mai 68 a donc tout refermé, se faisant « PVA » à son tour : elle ne garde de la tendresse que nostalgie, par la commémoration de faits qu’elle se trouve présentement bien incapable de reproduire. Elle se veut en effet aux avant-postes de la vigilance contre le "retour de l’ordre moral". Quel retour ? Quel ordre moral ? Elle est elle-même le nouvel ordre moral. Elle aussi crie au loup [4], car elle aussi protège SON "ordre moral". L’absence revendiquée de toute morale est un "ordre moral" : derrière la "neutralité morale", se cache toujours la volonté de la substitution d’une morale sur l’autre. [1]
    Mai 68 n’a su que s’approprier la tendresse par la violence, s’en donner l’illusion de la qualité par la quantité. C’est oublier que l’amour se donne, il ne se prend pas. De même la tendresse se donne et se reçoit ; elle n’est pas un bien de consommation courante interchangeable, car elle est la respiration de l’amour. La tendresse est donc la cible n°1 : l’atteindre, c’est asphyxier l’amour. L’arbre qui n’est plus nourri par la sève de l’amour ne donne plus de fruit, et son fruit ne demeure plus.Les fruits de mai 68 ont un goût bien amer, celui du rejet du père [5 (p.7)]. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. Cela, c’était le cadet des soucis de mai 68 ! Cette génération a pris sans demander.
 
    Retour de bâton : la tendresse -toute tendresse- devient suspecte. Une nouvelle censure [6] fait son apparition, prête à contenir tout nouveau raz-de-marée. Le nouvel ordre moral du soixante-huitard en cache un autre, qui lui est antérieur et qui lui survit : celui du « PIA ». Triturée à la moulinette de la "santé mentale", la tendresse n’a plus bonne presse : il convient d’être un "dur" pour aimer ! Le nouvel ordre moral de la "santé mentale" bannit en effet toute manifestation intempestive de tendresse : au moyen de son artillerie lourde, elle s’évertue à entretenir autour d’elle une malsaine atmosphère de suspicion "pathologique". Cette suspicion se fabrique en deux temps. Le premier est l’héritage direct de mai 68 : l’industrie pornographique florissante, caricature de l’excès de tendresse (paradoxalement tenue pour "psychiquement saine" par ses défenseurs)… et génératrice de l’excès inverse en réaction : le refoulement de la tendresse. Ce refoulement sert les intérêts de ce qui va en constituer le second temps : insurpassable chef-d’œuvre qui fait la une des journaux et des chroniques judiciaires les plus scabreuses. Protégée par le statut médical de ses disciples, la "santé mentale" a de la sorte modelé de toutes pièces l’homo pedophilus, épouvantail des temps modernes. Elle se nourrit du pédophile –réel ou supposé- afin d’asseoir son autorité sur tout être vivant [7]. Elle prêche le faux pour obtenir parfois le vrai (tout le monde n’est pas apte à sublimer ses refoulements imposés, ce qui peut se traduire sporadiquement par une manifestation violente et désespérée de ces refoulements… ce en quoi NUL ne saurait préjuger). Prêcher le faux, c’est créer un climat permanent de déséquilibre affectif en interprétant toute manifestation minime de tendresse comme une "perversion" de l’amour, truffée d’arrière-pensées "psychiquement malsaines". Or, qui est le SEUL à déterminer ce qui est "psychiquement sain" ? [1] Grand prêtre de la "santé mentale", le « PIA » a même obtenu -sous l’intimidation de sa "neutralité" pseudo-sanitaire (!)[8]- l’allégeance de sa victime n°1 (ce qui n’exclut pas les autres) : le VRAI prêtre. Culpabilisateur des innocents et déculpabilisateur des coupables [9], le « PIA » peut se targuer de commettre le crime parfait sous le nez de la justice elle-même ! Le crime parfait est celui qui éteint de lui-même toute action en justice, et porte pour nom le suicide. L’objectif du criminel parfait est de déstabiliser le prêtre innocent -suspecté de "pédophilie"- jusqu’à le faire douter de lui-même. Ce qui peut l’acculer au suicide, quand le montage conduit à une accusation plus formelle qui laisse présager une condamnation infamante à la clé. Le « PIA » gagne ainsi sur tous les tableaux. Son aura est renforcée : « s’il avait été innocent, le prêtre n’aurait pas mis fin à ses jours. Il avait donc bien "détecté" sa "perversité". » (sic) Il avait bien "vu" à l’intérieur de l’autre ! Il asseoit sa fausse supériorité spirituelle sur sa victime qui, elle, par son geste désespéré, contredit ouvertement ce à quoi elle est censée témoigner. Ce qui décrédibilise le témoignage de l’un… et renforce le "témoignage" de l’autre. Enfin, un suicide n’est officiellement pas un meurtre : le criminel n’est donc pas inquiété… et peut continuer à saper les institutions -civiles comme religieuses- à la barbe des servants des unes comme des autres.
    Ceci n’innocente en rien les vrais coupables, bien entendu. Mais dans un tel brouillard de fausses dénonciations au nom d’une "santé mentale" puante de suffisance (et se satisfaisant du ressenti ô combien subjectif des plaignants officiels sur un sujet aussi délicat, à défaut de faits objectifs et vérifiables…) quel en est le VÉRITABLE chiffre ? En clair, combien de FAUX coupables sont-ils condamnés ? Aucune jurisprudence ne saurait distinguer le vrai du faux : la jurisprudence conserve les actes de justice, pas nécessairement les actes de vérité. Tant que le « PIA » fera la pluie et le beau temps en la matière, les actes de justice seront sous sa coupe réglée : la vérité est chez lui un gros mot…