24.03.2008

Un gars lit les Huns 2… Le retour

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,8-15.
Vite, elles quittèrent le tombeau, tremblantes et toutes joyeuses, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s'approchèrent et, lui saisissant les pieds, elles se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu'ils doivent se rendre en Galilée : c'est là qu'ils me verront. »
Tandis qu'elles étaient en chemin, quelques-uns des hommes chargés de garder le tombeau allèrent en ville annoncer aux chefs des prêtres tout ce qui s'était passé. Ceux-ci, après s'être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en leur disant : «Voilà ce que vous raconterez : 'Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.' Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui.»
Les soldats prirent l'argent et suivirent la leçon. Et cette explication s'est propagée chez les Juifs jusqu'à ce jour.
 
    Ce Texte fait suite non à celui d’hier, mais à celui qui a été lu pendant la veillée pascale (Mt 28, 1-10) : Après le sabbat, à l'heure où commençait le premier jour de la semaine, Marie Madeleine et l'autre Marie vinrent faire leur visite au tombeau de Jésus. Et voilà qu'il y eut un grand tremblement de terre ; l'ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus. Il avait l'aspect de l'éclair et son vêtement était blanc comme la neige. Les gardes, dans la crainte qu'ils éprouvèrent, furent bouleversés, et devinrent comme morts. Or l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité, comme il l'avait dit. Venez voir l'endroit où il reposait. Puis, vite, allez dire à ses disciples : 'Il est ressuscité d'entre les morts ; il vous précède en Galilée : là, vous le verrez !' Voilà ce que j'avais à vous dire. » […] Le dernier paragraphe est le premier de l’Évangile de ce jour. De nouveau, Matthieu se distingue de Jean en apportant un regard différent de celui que Jésus aimait. Cette différence est moins celle d’un metteur en scène que de la même scène interprétée selon des modalités adoptant les nuances et sensibilités d’auteurs qui privilégient certains détails selon ce qu’ils ont été amenés à en retenir. Une certaine critique a voulu déceler des contradictions entre les quatre Évangélistes, là où il n’y a pourtant que des complémentarités de perception des mêmes événements. C’est que Jean est celui qui est tout contre le cœur de Jésus : lui privilégie une certaine intériorité. Jean est l’aigle de l’altitude, éloigné des bruits du monde afin de mieux en apercevoir les silences. Matthieu est lui aussi pourvu d’ailes symboliques, mais notre ancien collecteur d’impôts a besoin de s’appuyer sur des faits plus tangibles, extérieurs et parfois spectaculaires : un grand tremblement de terre, l'ange du Seigneur qui descendit du ciel, à l'aspect de l'éclair dénotent singulièrement du récit de saint Jean qui place ses priorités dans les profondeurs du silence de ce qui est moins spectaculaire.
    Ainsi, hier Jean portait l’accent sur Marie Madeleine seule : une femme isolée est sans doute moins sujette au bavardage que si elle est accompagnée ! Avec Matthieu, l'autre Marie est également présente. Vraisemblablement Marie de Magdala : la Mère du Seigneur est bien davantage qu’une autre Marie puisqu’elle est Marie par excellence. Pour Jean, il suffit que Marie Madeleine aie vu la pierre roulée pour attester de la Résurrection. Pour Matthieu, la même est accompagnée, rendant ainsi un témoignage plus crédible parce que commun aux deux femmes. S’ajoutent bien sûr l’intervention de l’ange du Seigneur, ainsi que son adresse aux femmes. Afin de faire bonne mesure, et pour prévenir tout risque de suspicion d’hallucination collective, les gardes du tombeau sont eux-mêmes mis à contribution, par une réception de cet événement extraordinaire différant en tout point de celle des deux femmes appelées à témoigner ensuitre aux disciples : eux furent bouleversés, et devinrent comme morts. Les servants de l’amour de la loi sont figés là où les servantes de la loi de l’amour, tremblantes et toutes joyeuses, coururent porter la nouvelle aux disciples. Les uns sont dans la crainte ; par deux fois, les autres sont priées de ne plus l’être : « soyez sans crainte ! », la première fois par l’ange du Seigneur, la seconde par le Seigneur en personne. La Résurrection bannit en effet toute crainte chez qui y accorde sa foi et sa confiance. Mais jamais elle ne s’impose à quiconque par la force de la démonstration !
 
    Certes, nos deux Marie ont bénéficié de la parole de l’ange. Mais fût-elle d’ange, la parole n’enfreint aucunement la liberté de chacun : elle peut passer pour illusoire, y compris chez son récipiendaire… à moins qu’elle ne soit suspectée d’être la parole détournée d’une créature désirant se faire passer pour un ange de lumière. Mais Jésus sait venir à la rencontre de ces possibles interrogations, en confirmant point par point la parole de son messager.
    « Est-ce que le Messie peut venir de Galilée ? » Formidable pied de nez à tous ceux qui ont cru en avoir fini avec Lui, le Christ donne rendez-vous à ses disciples là même où Il est devenu signe de contradiction ! Ce signe-là ne s’éteint pas avec la Résurrection puisqu’elle ne s’impose pas. De même que le Christ a été trahi pour trente pièces d'argent, Sa Résurrection elle-même peut être volée en laissant croire que ce sont ses disciples qui sont venus voler Son corps. Et cette explication ne s'est-elle pas propagée jusqu'à ce jour ?

23.03.2008

Veillée de larmes

Lève-toi, ô femme : pourquoi pleures-tu ?
É
veille-toi, fille de Sion : la mort s’est tue.

 

Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?

 

Fille de rien, est-ce que tu le crois ?
Maintenant, tu es fille de roi :
Disparus tristesse et désarroi
À la mesure de ta grande foi.

 

Femme de grand amour, vois tes larmes :
Chacune fut une perle à mon cœur,
Toutes furent d’impitoyables armes
Terrassant d’innombrables erreurs.

 

Femme de petite vie, vois ton dépit ;
Il n’est d’égal qu’à ce que tu renies :
Car de l’amour tu avais tout pris,
Voluptés et vanités t’avaient brûlée.

 

À ces grands incendies de miel,
Ne restaient plus qu’un goût de fiel.
Femme, comme tu t’étais consumée ;
De tes amours il ne t’est rien resté.

 

Or, de ses cendres tu ne le savais pas,
De la mort l’amour prend le pas.
Réjouis-toi, femme : ce que tu ignorais,
Dans ton grand cœur se cachait.

 

Femme d’espérance, vois ton chagrin ;
Aura-t-il raison de son coûteux parfum ?
Mère, épouse ou fille, femme est de vertu
Telle qui se fie à l’amour qu’elle a reçu.

 

Fille de rien, tu es fille de roi : entends-tu ?
Dis-moi, que sont tes larmes devenues ?

 

Elles ont tressé la couronne de ta charité,
Dressé un rempart contre la fatalité,
Pressé ton cœur contre le mien.
La passion de tes larmes oppressées
A distillé le mal : ne reste que le bien.
La lie de la mort s’en est allée.

 

Femme de beauté, vois ton sourire ;
Il est lumière dans l’obscurité !
Alors qu’il fait encore sombre,
De grand matin tu es levée
Car de la nuit tu te fais l’ombre.
C’est que dans ton cœur tu l’as deviné :
La pierre ne saurait garder le pire.

 

Tu te lèves, ô femme : pourquoi ris-tu ?
Tu as entendu l’appel : tu n’es plus méprisée.
Foi, espérance et charité t’ont pardonnée.
À ta dignité de femme elles t’ont rendue.

 

Fille de rien, tu es fille de roi ;
Reine de cœur, tu es femme de joie ;
Mère de vie, à la Source tu enfantes
La passion de tes larmes riantes.

 
free music

 

(À la femme X…)

 

À VIE de recherche

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,1-9.
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Le matin de Pâques, Marie-Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. » Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place. C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.
 
    Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. (Gn 1, 5-6) Le premier témoin de la Création est l’homme : Adam. Le premier témoin de la Résurrection –par contraste d’un tombeau vide- est la femme. La Résurrection fait toute création nouvelle : elle transcende tout "incident de parcours" de l’ancienne. C’est pourquoi le premier de ses témoins se devait d’être non seulement une femme, mais encore une femme anciennement "du soir" : Marie Madeleine ! Marie Madeleine, si bien rachetée qu’elle devient du grand matin.
   Mâtin, quel matin ! Comme le jour éclipse la nuit, la vie éclipse la mort : la pierre a été enlevée du tombeau. Les "lendemains qui chantent" ne sont qu’illusions humaines ; ce qui n’est pas illusoire en ce matin de Pâques, c’est que les morts ne roulent pas la pierre de leur tombeau. Les morts ne roulent pas davantage le linge qui avait recouvert leur tête. Si leur tête n’a plus besoin d’être recouverte, c’est justement parce qu’ils en ont de nouveau besoin afin de voir loin : plus loin que la mort. Ne serait-ce pas la mort elle-même qui a été roulée ? Il y a du vivant là-dessous ! Oui, mais QUEL vivant ? « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. » "On" : pour l’instant, ce vivant est indéfini ; on ne sait pas encore qu’il est infini. Alors, on croit encore qu’il s’agit d’un vivant extérieur au mort. C’est que les morts sont figés : comment pourraient-ils bouger ? Les vivants, eux, bougent : ils bougent d’autant plus vite qu’ils ne retrouvent pas leurs morts : Marie-Madeleine courut ; […] Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite… À quoi bon tant se hâter ? Les morts ne se sauvent pas. Sauf celui-là, justement ! Parce qu’il s’est sauvé, c’est à qui courra le plus vite. Jusque-là, en effet, on ne savait pas encore que le mort s’est sauvé POUR SAUVER.
 
    Il vit, et il crut. Qui crut le premier des trois ? Celui qui était arrivé le premier au tombeau ? Les premiers sont les derniers. Celui que Jésus aimait fut le dernier des trois à croire : être le favori n’empêche pas d’attendre son tour en respectant la hiérarchie instituée par le Christ. Il entre dans le tombeau : Pierre est le premier à entrer, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête… Le chef des Apôtres regarde… mais voit-il ? Ce qu’il voit, ce sont les attributs présents d’un mort absent : il croit par ce qu’il voit. C'est alors qu'entra l'autre disciple : il vit, et il crut. Il croit par ce qu’il voit… et ne voit pas : le mort est absent, donc le vivant est présent. Il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts. CQFD. Marie Madeleine est non seulement la PREMIÈRE à croire, mais elle croit SANS voir : d’une part, elle arrive sur les lieux alors qu'il fait encore sombre ; d’autre part, elle N’ENTRE PAS dans le tombeau. Elle n’est plus la femme "du soir" : tout le parfum destiné aux morts, elle l’a essuyé de ses cheveux sur les pieds de son Seigneur. Il ne lui appartient donc pas en premier chef d’inspecter la bonne tenue des apprêts mortuaires, comme il ne lui appartient pas en premier chef de tirer les conclusions de cette pierre qui a été enlevée du tombeau.
    Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mt 16, 18).Une Église vivante est une église de chair plus que de pierre : si celle-ci a été enlevée du tombeau, c’est afin que la vie s’engouffre là ou régnait la mort. C’est une Église de la Résurrection ; le linge du reniement et de la mort qui avait recouvert sa tête est non pas posé avec le linceul de cette mort, mais roulé à part à sa place : chacun est à sa place, a sa part qui n’empiète pas sur celle de l’autre. À l’un revient d’entrer le premier, mais non le seul. À l’autre revient de croire à la suite de ce que voit le premier. À tous revient de savoir où on a mis ce qu’on a enlevé, afin de croire ce qu’on ne voit pas. À la femme, revient le rôle éminent de rendre de chair ce qui est de pierre : de donner à la vie un parfum de résurrection et de grâce, quel qu’en soit le coût. La loi de l’amour est à ce prix. Elle est une loi d’éveil au grand matin, non de "grand soir" !!!
    Il y eut un soir, il y eut un matin : il est l’heure de se lever, non de se coucher.

22.03.2008

SILENCE : ON TOURNE…

    … et l’amour de la loi se retourne. Il respecte scrupuleusement le sabbat : c’est le temps du repos, du silence. Ce silence est celui de la vie ou celui de la mort : à chacune sa part. En chacun cohabitent parfois l’un et l’autre, l’un au détriment de l’autre : le rideau du temple de nos cœurs se déchire à la mesure de nos trahisons, déchirant nos tuniques sans coutures.
 
    Le Christ est allé jusqu’au bout de toutes les déchirures : Il vient recoudre ce que la couturière la plus habile ne parviendrait plus à relier. Jusqu’au bout, Il montre l’exemple par Lui… et par les autres : quel que soit le degré de déréliction de ceux-là, ils ont un chemin à nous montrer… quitte à ce que cette voie soit opposée à celle qu’ils ont empruntée !
    Même le silence de la mort n’est pas égal pour tous. Le Messie est mort. Judas est mort. Avec Jésus, ont été crucifiés deux larrons : tous deux sont morts après qu’on leur aie brisé les jambes. Hier, Jean était très laconique sur ces deux larrons : Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Nous n’en saurons pas davantage. Mais déjà, nous savons que Jésus est au milieu d’eux, partageant avec eux le sort funeste qui leur est réservé : l’extrême limite de la misère. Jusqu’au sommet du Golgotha de chacun, Jésus demeure au milieu de nous.
 
    C’est par Luc que nous aurons plus de précisions quant aux deux larrons :
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 23,39-43.
« L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi. » Mais l'autre, le reprenant, déclara : « Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes : mais lui n'a rien fait de mal » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton Royaume. » Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. »
    L’Église a même retenu le nom de ce racheté de la dernière heure : Dismas. De même que la Miséricorde a un nom, la misère dont prend conscience celui qui en est porteur le relève en lui donnant un nom. Le mauvais larron, lui, restera à jamais anonyme. C’est par sa mort que Dismas est montré en exemple : surtout pas par sa vie ! Si celle-ci avait été exemplaire, que viendrait-il faire ici ? Certes, le Christ a encore MOINS à faire ici, mais Sa condamnation n’est pas de même nature. Et c’est Dismas lui-même qui le reconnaît ! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes : mais lui n'a rien fait de mal . Sa vie durant, il a trahi la loi de l’amour : il en accepte le prix à payer sans chercher à reporter ce coût sur autrui. Certes, sa situation désespérée l’ouvre à la conscience de sa misère, mais cette situation ne diffère pas chez son comparse qui cherche au contraire à SE servir du Christ à son profit. Deux pécheurs proches du Seigneur jusque dans l’agonie : l’un qui rejette les conséquences de son propre mal, l’autre qui en tire les conséquences sans prendre le mal pour le bien. Un autre proche du Seigneur (plus proche encore que Dismas, puisqu’Il L’a cotoyé pendant trois ans) a perdu jusqu’à son nom : Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! Pas davantage qu’un condamné de la pire espèce, Judas était "interdit" de miséricorde : Dismas avait sans doute plus de sang sur les mains que lui. Qui a condamné Judas ? Personne d’autre que lui-même. La différence fondamentale qui existe entre les deux hommes est que l’un était un voleur alors que l’autre était un criminel de droit commun, ne cherchant pas à travestir ses crimes en actes de bienfaisance. Judas était un voleur jusque dans sa conception du bien et du mal : volant le bien de l’autre afin de recouvrir son mal, déguisant ainsi le mal en bien, comment aurait-il pu s’ouvrir à la miséricorde ? Celle-ci ne s’applique que sur un mal désigné comme tel : étrange "miséricorde" qui se surprendrait à effacer un bien…
 
    « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple. » L’antithèse de la miséricorde réside en cette lâcheté collective consistant à se désigner un bouc émissaire : lui -et lui seul- est arbitrairement chargé de la misère de tous. Il n’a pas accès à la miséricorde de l’autre, la misère qu’il porte n’étant pas LA SIENNE : c’est que la miséricorde, elle, n’est pas une voleuse. Ceux qui ont désigné le bouc émissaire n’ont pas davantage accès à cette miséricorde : comment pourraient-il voir LEUR misère quand ils l’ont artificiellement transférée ?
    Le silence du sabbat parle à nos cœurs : en cette vigile pascale, sommes-nous assez vigilants sur ce que nous faisons AUJOURD’HUI de notre misère ? OÙ la faisons-nous nicher ? Dans le silence de la mort, ou dans celui de la résurrection ? À la mort, à la vie, il n’y a plus de trou si noir que le Père n’y soit pas. À la sombre crèche de la Naissance, il y a un Joseph : le père des pères, celui qui écrase "l’impossible" du talon comme Marie écrase la tête du serpent. Et c’est un autre Joseph qui apprêtera le Fils dans la crèche de la Résurrection : la loi de l’amour fait rouler jusqu’aux pierres…

21.03.2008

L’amour de la loi aboie, la loi de l’amour est aux abois…

    …dépouillée de ses attributs. Son heure est venue de ployer momentanément l’échine, laissant aller l’amour de la loi jusqu’au bout d’une logique devenant tellement absurde qu’elle n’en est plus une. La loi de la mort n’est qu’une loi de ce monde, elle fait reculer l’amour : ils reculèrent, et ils tombèrent par terre. La mort appartient à la terre. Celui qui se laisse livrer pour la loi de l’amour va, Lui, être élevé de terre afin que la mort n’aie plus le dernier mot. Quand ses adversaires reculent, Lui s’avance… même sachant tout ce qui allait lui arriver. Son heure, c’est Lui qui la choisit, sans lanternes, sans torches ni armes… sans les défenses illusoires des lâches qui protègent leurs peurs transmises par le livreur : Judas, qui le livrait, était au milieu d'eux. Rien de plus aisément transmissible que la peur : elle sera pourtant étrangère à Celui qui aurait les meilleures raisons de l’entretenir !…
 
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 18,1-40.19,1-42.
Après avoir ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit, lui aussi, car Jésus y avait souvent réuni ses disciples. Judas prit donc avec lui un détachement de soldats, et des gardes envoyés par les chefs des prêtres et les pharisiens. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C'est moi. » Judas, qui le livrait, était au milieu d'eux. Quand Jésus leur répondit : « C'est moi », ils reculèrent, et ils tombèrent par terre.
Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus le Nazaréen. » Jésus répondit : « Je vous l'ai dit : c'est moi. Si c'est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » (Ainsi s'accomplissait la parole qu'il avait dite : « Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés ».) Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau ; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m'a donnée à boire ? » Alors les soldats, le commandant et les gardes juifs se saisissent de Jésus et l'enchaînent.
Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne, beau-père de Caïphe, le grand prêtre de cette année-là. (C'est Caïphe qui avait donné aux Juifs cet avis : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple. ») Simon-Pierre et un autre disciple suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans la cour de la maison du grand prêtre, mais Pierre était resté dehors, près de la porte. Alors l'autre disciple - celui qui était connu du grand prêtre - sortit, dit un mot à la jeune servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. La servante dit alors à Pierre : « N'es-tu pas, toi aussi, un des disciples de cet homme-là ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! » Les serviteurs et les gardes étaient là ; comme il faisait froid, ils avaient allumé un feu pour se réchauffer. Pierre était avec eux, et se chauffait lui aussi.
 
Or, le grand prêtre questionnait Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : « J'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette. Pourquoi me questionnes-tu ? Ce que j'ai dit, demande-le à ceux qui sont venus m'entendre. Eux savent ce que j'ai dit. » À cette réponse, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » Jésus lui répliqua : « Si j'ai mal parlé, montre ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Anne l'envoya, toujours enchaîné, au grand prêtre Caïphe.
 
Simon-Pierre était donc en train de se chauffer ; on lui dit : « N'es-tu pas un de ses disciples, toi aussi ? » Il répondit : « Non, je n'en suis pas ! » Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, insista : « Est-ce que je ne t'ai pas vu moi-même dans le jardin avec lui ? » Encore une fois, Pierre nia. À l'instant le coq chanta.
 
Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au palais du gouverneur. C'était le matin. Les Juifs n'entrèrent pas eux-mêmes dans le palais, car ils voulaient éviter une souillure qui les aurait empêchés de manger l'agneau pascal. Pilate vint au dehors pour leur parler : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » Ils lui répondirent : « S'il ne s'agissait pas d'un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et vous le jugerez vous-mêmes suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort. » Ainsi s'accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d'autres te l'ont dit ? Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t'ont livré à moi : qu'as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? » Après cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c'est la coutume chez vous que je relâche quelqu'un pour la Pâque : voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » Mais ils se mirent à crier : « Pas lui ! Barabbas ! » (Ce Barabbas était un bandit.) Alors Pilate ordonna d'emmener Jésus pour le flageller. Les soldats tressèrent une couronne avec des épines, et la lui mirent sur la tête ; puis ils le revêtirent d'un manteau de pourpre. Ils s'avançaient vers lui et ils disaient : « Honneur à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient. Pilate sortit de nouveau pour dire aux Juifs : « Voyez, je vous l'amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Alors Jésus sortit, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : « Voici l'homme. » Quand ils le virent, les chefs des prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Reprenez-le, et crucifiez-le vous-mêmes ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Les Juifs lui répondirent : « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu'il s'est prétendu Fils de Dieu. » Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans son palais, et dit à Jésus : « D'où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher, et le pouvoir de te crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut ; ainsi, celui qui m'a livré à toi est chargé d'un péché plus grave. » Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur. » En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors ; il le fit asseoir sur une estrade à l'endroit qu'on appelle le Dallage (en hébreu : Gabbatha).
 
C'était un vendredi, la veille de la Pâque, vers midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les chefs des prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » Alors, il leur livra Jésus pour qu'il soit crucifié, et ils se saisirent de lui. Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, en hébreu : Golgotha. Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux autres, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu'il fit placer sur la croix, avec cette inscription : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Comme on avait crucifié Jésus dans un endroit proche de la ville, beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, qui était libellé en hébreu, en latin et en grec. Alors les prêtres des Juifs dirent à Pilate : « Il ne fallait pas écrire : 'Roi des Juifs' ; il fallait écrire : 'Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs'. » Pilate répondit : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. »
 
Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chacun. Restait la tunique ; c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, tirons au sort celui qui l'aura. » Ainsi s'accomplissait la parole de l'Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C'est bien ce que firent les soldats.
Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que désormais toutes choses étaient accomplies, et pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, Jésus dit : « J'ai soif. » Il y avait là un récipient plein d'une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d'hysope, et on l'approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit.
 

Comme c'était le vendredi, il ne fallait pas laisser des corps en croix durant le sabbat (d'autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque). Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu'on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Des soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis du deuxième des condamnés que l'on avait crucifiés avec Jésus. Quand ils arrivèrent à celui-ci, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l'eau. Celui qui a vu rend témoignage, afin que vous croyiez vous aussi. (Son témoignage est véridique et le Seigneur sait qu'il dit vrai.) Tout cela est arrivé afin que cette parole de l'Écriture s'accomplisse : Aucun de ses os ne sera brisé. Et un autre passage dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé.
    [ Ne nous méprenons pas sur le 
déjà mort : le degré clinique des tortures subies ne laisse pas d’étonner que cette mort ne soit pas intervenue AVANT même la montée du Golgotha. Mais il fallait que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout… ]

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent le corps de Jésus, et ils l'enveloppèrent d'un linceul, en employant les aromates selon la manière juive d'ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne. Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus.

    Publié in extremis, le commentaire d’aujourd’hui ne peut que se dépouiller devant un Texte aussi dense… aidé, il est vrai, par un commentateur dépouillé pendant près de vingt-quatre heures d’un modem en état de marche (!)… ce qui ne facilite guère le bavardage. C’est le jour du silence, mais chut… il n’a peut-être pas dit son dernier mot.

20.03.2008

Amour propre contre amour-propre

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13,1-15.
Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout. Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est venu de Dieu et qu'il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis il verse de l'eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture. Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! » Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n'auras point de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n'a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, ... mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il disait : « Vous n'êtes pas tous purs. »
Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m'appelez 'Maître' et 'Seigneur', et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous.
 
   L’incompréhension règne toujours autour de Jésus. Comprendre, c’est prendre-avec. L’amour réclame d’aller plus loin que la captation : il est moins dans le registre du prendre que dans celui du donner. Il n’interdit pas la compréhension : il la place au second plan, la soumettant à l’épreuve de la confiance. La confiance, c’est accepter de ne pas tout comprendre sur-le-champ, se fier à qui en a davantage compris que soi. Mieux encore : ce n’est pas tant se fier à celui qui a « tout compris » qu’à celui qui est plus avancé dans l’amour. Celui-là seul fait à son tour avancer l’amour. (Celui qui prétend avoir « tout compris » n’est qu’un captateur de l’amour : il le fait au contraire reculer ; c’est un gourou en puissance… ou sa victime !).
    Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.
Un amour statique n’est déjà plus l’amour : c’est un amour-compris qui n’est au mieux qu’entretenu, jamais développé. Or, l’amour est don, non un acquis : son exercice est toujours à acquérir… jusqu'au bout. À rebours de l’amour-compris, c’est l’amour "service compris" qui est placé en exergue aujourd’hui : l’amour qui ne se laisse pas étouffer sous le poids des conventions, et qui purifie au contraire celles-ci à son contact. L’amour-compris, c’est l’amour conventionnel –voire conventionné !- de l’amour de la loi. Privilégier la loi de l’amour, c’est accepter de se laisser purifier dans la confiance… ce qui réclame naturellement la reconnaissance préalable de sa relative impureté.
 
   Aimer jusqu'au bout, ce n’est pas aimer jusqu’au bout de l’amour ! Parce que l’amour n’a pas de bout : ce serait lui attribuer des limites, le rendre exclusif sur l’un… ce qui revient à en exclure l’autre. Celui qui ne rassemble pas avec l’amour le disperse aux quatre vents. Parce que l’amour n’a pas de bout, il fait vivre debout. Il faut bien vivre debout afin de pouvoir avancer, de marcher plus loin : jusqu’au bout. Il nous faut mettre un pied devant l’autre, se nouer à la ceinture le linge qui essuie les pieds que nous lavons. Cette ceinture, c’est l’équipement de combat qui donne confiance. C’est que pour avoir part avec l’amour, il convient que les pieds qui nous y mènent soient propres, apprêtés à se laisser blesser par les cailloux qui jonchent immanquablement le chemin sans que ces plaies ne conduisent à s’infecter.
 
    « Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné… » Extrême délicatesse de la loi de l’amour ! Elle ne s’impose pas, comme s’impose l’amour de la loi. Le 'Maître' et 'Seigneur' de la loi de l’amour n’impose pas et ne S’impose pas : Il propose, en donnant l’exemple. Que serait la loi de l’amour si elle ne s’ancrait pas sur la liberté de chacun ? Lui le Pur parmi les purs, Il donne l’exemple en se rabaissant au rang du pécheur qu’Il n’est pourtant pas : Il vient nous rejoindre dans notre fragile condition. Avant de laver les pieds de Ses disciples, Il quitte son vêtement. Pourquoi quitter son vêtement pour ne se laver que les pieds ? Il suffit de se déchausser. C’est qu’afin de parvenir à se laver les pieds les uns aux autres, il faut savoir quitter son vêtement du vieil homme afin de revêtir l’homme nouveau. Celui qui obéit à la loi de l’amour… jusqu'au bout.