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UNION ET RÉUNION…

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(1)  L'union n'a jamais eu le vent aussi en poupe qu'à notre époque. Quels que soient nos états de vie, quel que soit le milieu -religieux, politique, social ou économique- dans lequel nous baignons, tous nous aspirons à l'union. Même l'individualisme ambiant est bien incapable de réfréner nos ardeurs en ce sens : chassons le naturel, il revient au galop ! C'est qu'avant d'être récupérée par les slogans idéologiques, l'union est une réalité qui est inscrite au plus profond du cœur de l'homme. Ici comme ailleurs, c'est à la source de la Genèse qu'il faut puiser. Depuis le péché originel, l'union -fille légitime et naturelle de l'unité- est un bien qui appartient à un paradis perdu. Tant qu'existait l'unité entre le Créateur et sa créature, l'union allait de soi : à l'air libre, elle menait à la communion.

______(2) Est-ce à dire qu'il nous faille renoncer à l'union, en s'appuyant à nouveau sur ce passage de la Genèse en Gn 3 24 : "Il bannit l'homme et il posta devant le jardin d'Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de vie." ? En admettant un instant ce postulat, comment expliquer alors ce souci de l'union qui perdure jusqu'à nos jours ? L'argument de la nostalgie n'est pas sans intérêt, mais demeure superficiel : elle est le signe d'une réalité plus profonde qu'elle ne doit pas masquer. Souvenons-nous que le jardin d'Éden n'est pas gardé par de cruels cerbères, mais par des chérubins : ces derniers nous interdisent d'accéder à l'unité à l'air libre. Mais nulle part est-il écrit qu'ils nous interdisent de creuser pour rechercher l'unité perdue. À cet effet, le glaive fulgurant pourrait se révéler un outil remarquable d'efficacité à condition d'en entretenir la flamme éclairante...
______N'est-ce pas un cœur d'enfant qu'il nous faut demander pour s'approcher d'une réelle union ? Un chérubin ne saurait-il pas baisser la garde, au contact d'un autre "chérubin" ? La Genèse elle-même est d'ailleurs L'ENFANCE de l'humanité...

(3) De nos jours, l'union est devenue la caricature d'elle-même. Ses succédanés idéologiques peuvent entretenir une certaine illusion, dont les limites s'identifient aisément dans son essence : une union-contre. L'exact opposé d'une véritable union : l'union-avec. Dans le premier cas, il s'agit d'une opposition ; dans le second, d'une communion.
______La puissance de l'union-contre est réelle, mais elle n'est que ponctuelle parce qu'artificielle : elle s'enracine sur une union-avec superficielle qui lui donne corps, sur une communion virtuelle fondée sur une opposition. Partie d'une idée, il lui faut survivre dans la réalité. Afin de remplir cet objectif, elle doit rencontrer une opposition extérieure : quelle que soit la légitimité de celle-ci (et c'est bien là le piège subtil), elle procédera instinctivement de la même structure basique : union-contre sous un vernis d'union-avec. Cette opposition extérieure viendra donc justifier l'opposition intérieure qui pourra ainsi se prévaloir d'une réalité tangible ! Le piège se referme sur une opposition qui alimente une autre opposition pouvant de la sorte trouver matière à régénération... en traversant les générations.
______La nostalgie de l'union-avec est inversement proportionnelle à la puissance de l'union-contre : l'une se nourrit de l'autre. Mais l'union-contre n'a en aucun cas les promesses de l'éternité : si elle s'inscrit -et se prolonge- dans le temps par la complicité involontaire de l'union-avec, elle se heurte tôt ou tard à ses propres limites. Quand la nature reprend ses droits, elle ne prend pas de gants ! L'union-contre se cristallise dans la violence avant de s'autodétruire, quitte à réapparaître plus tard sous une autre forme, telle le phénix renaissant de ses cendres : selon les circonstances, cela s'appelle une émeute, une guerre ou une révolution...
______Si elle répond à une logique aussi implacable que parfaitement huilée, la cristallisation de l'union-contre n'est PAS une fatalité. Maints signes avant-coureurs sont là, dont la fonction est justement de permettre de s'extraire d'un engrenage destructeur : la petite fée espérance n'a jamais dit son dernier mot.
______La politique de l'autruche a fait son temps. Les signes sont aujourd'hui moins subtils et plus précis.

______ (4)  Le signe le plus globalement partagé est celui de la... réunion. Qu'est-ce que la réunion, hors de sa définition fonctionnelle commune ? C'est un palliatif à un manque d'union-avec, une réaction (comme le laisse entendre le préfixe) à un excès d'union-contre. Quel que soit l'objet de la réunion, son dessein plus ou moins voilé est de tenter de rétablir une certaine union au sein d'une structure donnée. La difficulté est que la communication entre les participants ne garantit nullement leur communion : chacun porte en effet son propre passif d'union-désunion. L'union-avec et l'union-contre peuvent cohabiter chez une même personne. Quand survient un désaccord, celui-ci est rarement interprété comme étant le fruit de cette dualité : on préfère l'attribuer à la "pluralité" (faux-nez de la division) ou plus souvent à un manque de communication : la surenchère de cette dernière n'a pas d'autre fondement !
______Afin d'expliquer le relatif échec de la réunion, on n'apprécie guère d'en chercher les vraies raisons que sont les manques effectifs de communion. C'est dommage : cela permettrait d'économiser bien des énergies, bien des dispersions épuisantes et contre-productives. De fait, c'est la fuite en avant qui prévaut.
______Une réunion ne produit pas les résultats escomptés dans telle structure ? Celle-ci devient le bouc émissaire en étant soupçonnée d'insuffisance : on lui ajoute une superstructure, censée l'enrichir en suppléant à ses fragilités. Bien entendu, de nouvelles réunions sont programmées au sein de cette superstructure... avec parfois les mêmes participants qui -munis de plusieurs "casquettes"- courent ainsi de réunion en réunion ! Dès que la première superstructure montre à son tour des signes de faiblesses, on lui en superpose une autre, plus large encore, etc. (Plus c'est grand et plus cela rassure...) Nous nous débattons ainsi à l'intérieur de véritables monstres superstructurels, qui feraient hurler de rire les générations à venir s'ils n'étaient pas présentement générateurs d'insupportables (et évitables) drames humains.
______Parallèlement, la communication se multiplie... par infrastructures interposées qui ne manquent pas de générer à leur tour de nouvelles réunions. Simultanément, la communion diminue par la diversification de moyens de communication qui entrent en opposition : d'où cette apparence de manque de communication, sur lequel on s'interroge. Peut-être serait-il opportun d'organiser quelques réunions pour essayer de l'enrayer...
______Le signe dans le signe est à cet égard très révélateur. On a effectivement forgé il y a quelques années le néologisme suivant : la "réunionnite". Le suffixe à lui seul est l'aveu d'une pathologie ! C'est déjà un premier pas dans le bon sens. Un autre devient nécessaire, qui consiste à rompre avec un sophisme trop communément admis. Acceptons enfin que la multiplication des intelligences autour d'une table ne garantisse en rien la multiplication RÉELLE de l'intelligence d'une situation donnée. Ce peut être le cas si la diversité réelle des perspectives est exprimée... mais ce sera l'inverse si prédomine l'expression des divisions. L'art de distinguer la diversité de la division ne s'apprend guère en réunion...

 (5)  Autre signe, plus diffus : l'usage d'une locution courante, survenant à tout propos. À lui seul, ce signe révèle le degré de saturation des superstructures susnommées, élaborées comme de gigantesques molécules artificielles : elles s'atomisent ! Cette locution est tout simplement "rien à voir". Il suffit d'écouter la moindre conversation autour de soi pour s'en convaincre : RIEN n'a plus rien à voir avec RIEN ! L'expérience pourrait notamment être menée au cours d'une... réunion : combien de fois cette expression va-t-elle jaillir, plus ou moins enrobée ? "Mais voyons : cela n'a rien à voir !" "Rien à voir avec le sujet !" "Cela, c'est autre chose : rien à voir !" etc. Chaque structure semble ainsi n'avoir "rien à voir" avec une autre, c'est-à-dire qu'elle agit comme une alvéole soigneusement close, sans "voir" l'autre : elle se suffit à elle-même. Dès lors, les tentatives de communication de l'autre n'ont aucun intérêt pour elle. Quant à la communion, est-il encore utile de préciser qu'elle n'est plus qu'un lointain souvenir ?...
______In fine, il y a dans cette expression pire que de l'individualisme : s'il n'y a rien à voir, c'est de la CÉCITÉ volontaire. Ouvrir les yeux, c'est se réveiller...

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Écrit par MdT Lien permanent | Commentaires (0)

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